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Heroic Fantasy en rodage (Critique des Chroniques de Shannara 1.01 / 1.02)

Heroic Fantasy en rodage (Critique des Chroniques de Shannara 1.01 / 1.02)

Note de l'auteur

Article certifié sans spoilers.

L’histoire : Notre civilisation a été détruite. Bien des centaines d’années plus tard, le destin de la Terre se voit désormais régi par quatre races : humains, trolls, gnomes et elfes. L’arbre Ellcrys qui retient les démons depuis la dernière guerre entre les peuples il y a 30 ans, se meurt. Chaque feuille qu’il perdra verra la libération d’une nouvelle engeance maléfique. Une princesse caractérielle, un druide puissant et un semi-elfe peu dégourdi devront s’allier pour trouver un moyen de restaurer Ellcrys et dans la foulée, éviter une énième apocalypse…

A propos de la série : Les Chroniques de Shannara est une adaptation des romans de Terry Brooks, écrivain de longue date dans l’heroic fantasy. Le projet est porté par un retour en grandes pompes de Alfred Gough et Miles Millar, le duo à l’origine de Smallville mais aussi plus récemment, avec Into the Badlands pour AMC. La série exploitera le deuxième tome de la trilogie, Les Pierres elfiques de Shannara, paru en 1982. On y retrouve au cast John Rhys-Davies (Le Seigneur des anneaux, Sliders), Manu Bennett (Arrow), Austin Butler (Arrow, Life Unexpected) ainsi que d’autres jeunes acteurs assez peu connus comme Poppy Drayton ou  Ivana Baquero. Le tout est chapeauté par Jon Favreau (Iron Man) à la production et réalisé par Jonathan Liebesman (Ninja Turtles, La Colère des titans… Mais non, partez pas ! Restez quoi !). Le choix d’adapter directement le second livre plutôt que le premier, L’Épée de Shannara, est volontaire. L’auteur ne voyant pas l’intérêt pour les téléspectateurs de subir une trame ne comportant aucun personnage féminin, il préféra tirer un trait dessus (et puis pour le proposer à MTV, c’est aussi plus difficile à vendre en fait).

Shannaracasting6 L’avis : Heroic fantasy et MTV font-ils bon ménage ? Car après que Warner ait perdu les droits d’exploitation de l’œuvre de Terry Brooks en 2010, s’il y a bien un network que l’on n’attendait pas derrière le projet, c’est bien celui-ci. MTV donc. Trois lettres qui font frémir, quand on sait ce que représente l’acquisition d’un univers littéraire aussi dense que celui de l’univers de Shannara, étalonné au travers de plusieurs cycles sur presque 40 ans d’écriture. Acoquiné au network d’ailleurs, le curriculum vitæ de ces chroniques laisse dubitatif quand on en prend connaissance.

Avec les créateurs de Smallville aux commandes, un cast majoritairement teenage et un Jonathan Liebesman en parfait yes-man de circonstance cumulant les navets-succès intersidéraux (World Invasion – Battle  Los Angeles), le pire était, dès lors, à craindre. Et pourtant, pourtant… Les Chroniques de Shannara dévoile en fin de compte une entrée en matière qui ne se défend pas si mal, loin d’être exempt de défauts bien sûr, mais qui mérite un joli coup d’œil.

 

Dont acte. Dès les premiers plans, notre pupille justement, se retrouve ensevelie sous un monceau de stock-shots tous aussi splendides les uns que les autres, nous mettant immédiatement la puce à l’oreille sur les lieux de tournage de la série. Dans le monde de Shannara, clairement, on ne cherche aucunement à farder les emprunts de la saga mondialement connue dans laquelle la Terre du Milieu a pris son essor. Un parallèle pour lequel Terry Brooks ne masque absolument pas sa filiation, puisque revendiquant en partie sa (trop ?) grande inspiration de la saga de J.R.R. Tolkien*. Et donc, inexorablement, quoi de mieux que la Nouvelle-Zélande pour accueillir une série d’heroic fantasy en son sein ?

Dans la contrée désormais mythique qui a vu naître l’hexalogie de Peter Jackson, Les Chroniques de Shannara, tel un élève bien appliqué, ne se prive donc pas pour faire miroiter plus que décemment les pupilles des téléspectateurs que nous sommes. D’effets de lumière majestueux où viennent remplir le cadre de cartes postales toutes plus magnifiques les unes que les autres, le travail du chef op’ Michael Bonvillain (Bienvenue à Zombieland) mérite à ce titre largement d’être souligné. Passant d’une nature luxuriante et foisonnante à des architectures superbement travaillées ou des lieux ravagés bien connus (comme le Space Neddle de Seattle), la série bénéficie d’un cachet certain et ne se prive pas de l’étaler plus que de raison.

AllanonCharacterProdiguant donc des atours graphiques très agréables et d’un budget confortable, on restera plus circonspect parfois, à la découverte de quelques tenues qui frisent le cosplay bon marché, quand ce ne sont pas les postiches d’oreilles elfiques au rabais qui nous arrache la rétine lors d’un plan serré.

Même constat lorsque l’on s’attarde sur la partition de Felix Erskine. Même si elle demeure globalement très agréable, elle n’en reste pas moins parfois un peu à côté de ses pompes quand le monde de Shannara vient s’y greffer. Presque un décalage en quelque sorte, où l’émotion que l’on tente de nous prodiguer retombe parfois comme un soufflet. Un parti pris sonore donc plus contemporain, qui tente de moderniser un genre qui s’y prête forcément difficilement, à l’image du Ladyhawke de Richard Donner (que j’adore soit dit en passant).

WilCharacterPhotoDans son récit, Les Chroniques de Shannara propose avant tout autre chose une exposition. C’est là le principal canevas de l’adaptation de Terry Brooks à la vue de ce pilote de presque une heure et demie. Peu d’action, pas mal de parlotte et beaucoup d’éléments à placer pour rendre concret l’univers. Voire peut-être trop dirons nous. Mais cela n’enlève finalement rien au rythme de l’ensemble. Une intronisation finalement efficace au travers de trois points de vue, dont la réunion providentielle entre protagonistes s’établira assez rapidement. Le cast demeure correct et plutôt convaincant, largement relevé par la présence des acteurs vétérans que sont John Rhyes-Davies (Coucou Gimli !) en roi des elfes, ainsi que l’imposant Manu Benett en druide gandalfien.

Dans la foulée, crevons d’emblée l’un des petits abcès narratifs qui égrène un tant soit peu toute cette jolie entreprise qui vient juste de prendre forme : l’originalité n’est pas de mise ici, tout du moins pas pour l’instant. L’heroic fantasy, de près ou de loin, affiche un ensemble de codes spécifiques ingérés et digérés depuis longtemps et généralement connu de tout un chacun. L’intrigue est donc, sacrément balisée, presque prévisible et applique à la lettre un mode d’emploi carré, que l’on attend de voir sortir des sentiers battus dès les prochains épisodes. Même si la série dévoile sous ses drapés d’heroic fantasy, des relents de S.F. post-apocalyptiques, ils sont pour l’instant bien trop timorés pour prétexter un semblant de nouveauté. Un mode d’emploi donc, que l’on acceptera ou que l’on rejettera mais qui demande évidemment un peu de tolérance et un brin de patience pour lancer les enjeux correctement. Cloisonnant son histoire avec une première saison de dix épisodes qui exploiteront entièrement le second livre de la trilogie, nous aurons au moins l’agréable sensation qu’elle n’engendrera aucune frustration une fois celle-ci terminée, voire annulée.

EventineCharacterEn s’emparant d’un tel mastodonte éditorial, MTV, non-content de lancer une nouvelle fiction, cherche donc à voir plus loin, plus grand. L’été dernier, quelques signes avant-coureurs montraient déjà une direction plus ambitieuse de la chaîne, en adaptant un film au format série avec le teenage slasher Scream. Une volonté de s’engager dans un marché où la série devient un marché de niches, et où l’heroic fantasy en est son véritable parent pauvre.

Car si nous devions frictionner un peu notre mémoire, on constate assez tristement que l’heroic fantasy en série télé, ça craint. Voire beaucoup. Sans citer nécessairement le seul titre pouvant faire figure d’exception que tout un chacun connaît avec du Westeros et des dragons dedans, on peut remonter aux calendes grecques pour se rappeler la dernière fois qu’un projet d’heroic fantasy télévisuel a fait vibrer notre imaginaire depuis longtemps (bon Lucy Lawless et sa relation LGBT avant-gardiste dans Xena c’était cool, mais ça date). Les dernières incursions du genre ont, au mieux, extrapoler des scories fantaisistes en se basant sur un nom célèbre (Merlin) ou au pire, flinguer littéralement L’Épée de vérité de Terry Goodkind avec le blafard et craignos Legend of the Seeker. Raison de plus pour donner une vraie chance au monde de Terry Brooks et dans la foulée, à MTV pour bien faire.

Les Chroniques de Shannara ne prétend donc pas être la panacée d’un genre en voie de disparition pour la petite lucarne, seulement à tenter de réactiver un genre poussiéreux qui mériterait bien mieux que le sort qu’il subit actuellement (d’ailleurs, fuyez pauvres fous ! Xena‘s reboot is coming!). Gough et Millar délivrent une prestation somme toute honorable, surtout dans la forme, moins dans le fond, avec beaucoup de Tolkieneries dedans et une petite couche un poil trop superficielle pour emballer le tout. Ce n’est peut-être pas assez pour le moment. Mais au vu du paysage mortifère de l’heroic fantasy dans le domaine télévisuel, c’est déjà rudement bien en fin de compte.

Episode 3 ? : Au vu des dernières secondes de l’épisode 2 et de tout l’univers encore en friche à découvrir, ça me ferait bien mal de m’arrêter là !

 

* Quand son premier livre, L’Épée de Shannara est sorti en 1977, Terry Brooks a du subir les foudres des critiques tant son récit et son univers proposait des similitudes très flagrantes à celui du Seigneur des anneaux.

The Shannara Chronicles – MTV (USA)
Première diffusion française sur Syfy France le 12/01/15 à 22h15
Saison 1 Episode 1  : “The Chosen » – Partie 1” / Episode 2  : “The Chosen » – Partie 2”
Créée et écrite par : Alfred Gough et Miles Millar.
Épisode réalisé par : Jonathan Liebesman
Chef opérateur : Michael Bonvillain
Compositeur : Felix Erskine  / Générique d’ouverture « Until We Go Down » par Ruelle
Avec : John Rhys-Davies, Manu Bennett, James Remar, Austin Butler, Poppy Drayton, Ivana Baquero

 

 

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