Ciné Vintage : le western

Ciné Vintage : le western

Note de l'auteur

La collection Ciné Vintage aborde le cinéma par le biais des genres en associant un livre et un DVD. Le volume consacré au western assume les qualités et les défauts de tout “beau livre”, satisfaisant avec une certaine originalité les attentes du lecteur en quête de découverte du genre. On est beaucoup plus circonspect quant au DVD joint, qui propose, à titre d’exemple, un film médiocre dans une qualité idoine.

 

Le Bon, la brute et le truand

Le Bon, la brute et le truand

Plutôt que de prétendre à une illusoire exhaustivité, les historiens du cinéma et documentaristes Christophe Champclaux et Linda Tahir Meriau organisent leur ouvrage comme un parcours à travers le western – genre bien plus actuel qu’on le pense parfois – afin d’en donner une impression, une idée, et même, une sensation. Résultat, ils nous épargnent le cours magistral et on les en remercie. Mais la spécificité de leur approche a ses bons et ses mauvais côtés.

 

 

Le livre

L’iconographie est très belle. Non mais vraiment, très belle ! Les reproductions de photos d’exploitation offrent dès les premières pages une entrée en matière idéale, les illustrations qui ponctuent les articles (des affiches, notamment) en rendent la lecture agréable, et les nombreuses photos commentées des paysages mythiques permettent de saisir le souffle de l’Ouest. Chouette.

CinéVintageWestern

En termes de texte, c’est un peu plus déroutant. Le titre même du chapitre “Petite histoire du western” annonce la couleur : il s’agit de traverser plus d’un siècle d’histoire en chevauchant les périodes, les principaux noms, les thèmes et les tendances. L’historien fait son boulot, permettant aux lecteurs familiers du genre de réviser leurs classiques – il y a de belles choses sur La Prisonnière du désert, entre autres – et à ceux qui le découvrent d’en percevoir l’essentiel, au risque d’approximations. On s’étonne par exemple que Mon nom est personne et Un Génie, deux associés, une cloche soient désignés comme les deux derniers westerns de Sergio Leone. Le maestro les a certes produits et, concernant le second surtout, coréalisés, mais les réalisateurs Tonino Valerii et Damiano Damiani, qui n’y sont quand même pas pour rien, auraient au moins dû être mentionnés.

CinéVintageAffProiesLa balade se poursuit avec le portrait d’un acteur emblématique du genre, en l’occurrence Clint Eastwood. S’il apparaît tardivement dans l’histoire du western, l’acteur-réalisateur s’avère un choix judicieux que les auteurs, qui hésitaient avec John Wayne, justifient par une volonté de traitement équitable entre western américain et italien, afin de parcourir l’ensemble des territoires du genre. On est preneurs, d’autant que ce chapitre n’est pas avare de ces petites histoires qui nous rapprochent des plateaux de tournage. Attention, là aussi, de déroutantes imprécisions demeurent, comme à propos de Sierra Torride de Don Siegel, dont on parle sur tout un paragraphe sans que le titre ne soit jamais donné. C’était un quiz ?

Passons sur la drôle de mise en page des deux chapitres ci-dessus, alternant la “Petite histoire du western” en page de gauche et “Clint Eastwood, le dernier pistolero” sur celle de droite, pour en venir à la meilleure partie du bouquin : l’interview de Budd Boetticher. En fait d’interview, il s’agit de propos recueillis au cours d’une discussion à bâtons rompus lors d’une rétrospective au Festival d’Amiens, en 1987. Avec son franc-parler ponctué de “assholes” et autres “son of bitch” (c’est traduit, je vous rassure), ce grand maître de la série B raconte merveilleusement sa vision du western. A propos du CinemaScope par exemple : “Le Scope, c’est un format formidable si on sait s’en servir. La plupart des réalisateurs mettent l’acteur à droite, l’actrice à gauche, et ils se font la misère pour essayer de remplir au milieu. Moi je les place ensemble dans un coin du cadre, et je remplis le reste avec des arbres ou des rochers.” Le seul défaut de ce chapitre, c’est sa brièveté.

La Rivière rouge

La Rivière rouge

Le DVD

Bonne idée de mettre des images qui bougent dans un livre de cinéma ! Du côté des documentaires contenus sur le DVD, outre John Wayne la piste d’un géant (26’), retenons Les Territoires du western (52’) qui observe le genre à travers les grands paysages de Monument Valley, les Studios Old Tucson et les décors extérieurs d’Almeria, en allant à la rencontre des vétérans des tournages de l’époque.

CinéVintageValléeVengeanceEt puis il y a le film, que les auteurs ont déniché dans la période de l’âge d’or du western, à ce moment où, sa chevauchée fantastique terminée, le genre a suffisamment mûri pour donner le meilleur de lui-même. Au programme, un long métrage de Richard Thorpe. On n’a aucun a priori contre ce réalisateur multitâches qui s’est autant illustré, avec plus ou moins de bonheur, dans le film noir (La Force des ténèbres, très bon) que le film de cape et d’épée (Le Prisonnier de Zenda) ou encore le musical cucul pour Esther Williams ou Elvis Presley.

Mais, problème, le western de Thorpe ici présenté, c’est La Vallée de la vengeance. Daté de 1951, ce film d’un puritanisme qui n’est déjà plus si représentatif du genre à ce moment-là – on est trois ans après La Rivière rouge de Hawks, et Anthony Mann s’apprête à faire L’Appât – vaut certes pour son aspect documentaire sur la vie d’un ranch, mais pâtit fortement de son rythme à deux de tension et d’une désolante sous-exploitation de ses acteurs, notamment le trop rare Robert Walker dans ce qui est déjà son antépénultième film. Il y a bien des paysages à foison, ce qui colle avec l’angle majeur de ce livre/DVD, mais la copie est beaucoup trop pâlotte pour leur rendre justice et, surtout, le format est tronqué : le film est présenté en 1.33 alors qu’il est tourné en 1.37 ! Certes, de multiples contraintes entrent en jeu dans le monde de l’édition DVD – a fortiori au prix abordable auquel est proposé ce livre/DVD – mais franchement, un petit western de Boetticher aurait été tellement plus à-propos en guise de complément du livre… A condition d’être au bon format, bien sûr.

 

CinéVintage WesternLe Western, de Christophe Champclaux et Linda Tahir Meriau.

Collection Ciné Vintage, éditions Le courrier du livre, 176 pages et 1 DVD, 24,90 €.

 

 

 

 

 

 

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