Clandestine : le test à 4 mains (gauches)

Clandestine : le test à 4 mains (gauches)

Note de l'auteur

Créé par le petit studio indépendant danois Logic Artists dont c’est le second jeu, Clandestine est un jeu d’espionnage et d’infiltration au concept très original. En effet, s’inspirant du duo constitué par Ethan Hunt et Benji Dunn dans les derniers films de la licence Mission Impossible, les développeurs ont conçu Clandestine comme un jeu coopératif et asymétrique : l’un des joueurs y endosse le rôle d’opérateur sur le terrain, tandis que le second joue le hacker chargé de faciliter la progression de son coéquipier bien à l’abri dans son van et derrière ses écrans d’ordinateur.

Le concept nous a semblé super intéressant, nous avons donc joyeusement testé le jeu à deux au Daily Mars. Bruno a été désigné volontaire pour incarner Katya Kozlova, technicienne du FSB promue agent de terrain par les circonstances, tandis que Prof. Zikiki a endossé le rôle de Martin Symborski, analyste de la NSA et spécialiste de la surveillance et des réseaux informatiques. (En fait, nous avions commencé avec une répartition des rôles différente, mais les rêves de hacking de Bruno ont été vite anéantis quand il a fallu se rendre à l’évidence : tout le monde n’est pas fait pour l’infiltration !).

Clandestine_screenshot_03Avant de vous en dire davantage sur nos péripéties, un peu de background pour bien placer le contexte du jeu ! L’histoire de Clandestine se déroule en 1996, 5 ans après l’effondrement du bloc soviétique et la dissolution de l’URSS. Une série d’accidents et de meurtres va mettre tout le monde de l’espionnage sur les dents. En effet, des vétérans de la guerre froide ayant officié des deux côtés du rideau de fer sont assassinés aux quatre coins du monde. La CIA et le FSB décide alors de monter une cellule clandestine chargée d’élucider ces meurtres : The Kingsbridge Executive. Fer de lance de Kingsbridge, Katya et Martin vont être envoyés partout en Europe et en Amérique dans les missions les plus dangereuses afin d’identifier et d’éliminer cette menace.

Katya Kozlova : le regard de Bruno sur Clandestine

CL_Poster-4Ainsi, vous avez donc choisi d’aller affronter le danger sur le terrain plutôt que de passer votre temps dans un van puant la sueur, les yeux rivés sur vos écrans ? Comme récompense, vous voilà dans le rôle de la très belle (avec un peu d’imagination) et très mortelle Katya Kozlova, qui va se charger de la partie infiltration des opérations. On se retrouve donc dans un classique jeu à la troisième personne et il va vous falloir progresser, échapper aux caméras et à vos ennemis, et éventuellement les neutraliser à l’aide de tout un arsenal qui se débloque au cours du jeu ou à mains nues puisque vous êtes aussi une experte du corps à corps.

Dès les premières minutes de jeu, il est aisé de faire un double constat sur Clandestine !

D’abord, l’histoire du jeu est très bien écrite, tout en restant très classique. Une bonne histoire d’espionnage et de conspiration à l’échelle internationale avec ses twists et ses personnages hauts en couleur, de la paranoïa à tous les étages et une tension permanente. Le background est solide et s’étaye à travers les nombreux dossiers, mails et dialogues qu’on découvre au cours du jeu, nous faisant ainsi vraiment plonger dans ce monde d’espionnage clandestin et d’agents non officiels.

De plus, le jeu tient une autre de ses promesses : le scénario s’adapte à vos actions et à vos décisions. Il tient en particulier compte de l’empreinte que laisse votre équipe au cours de ses opérations. Selon que vous serez parvenus à accomplir votre mission tel un duo de fantômes ne laissant pas la moindre trace de son passage, ou que vous aurez au contraire semé les cadavres et fait de nombreuses risettes aux caméras pendant que votre hacker se faisait intercepter à répétitions sur le réseau informatique, vos adversaires seront plus ou moins conscients de votre existence, et préparés en conséquence lors de vos prochaines opérations. Je ne spoile pas trop mais cela peut transformer une mission que vous pensez totalement clandestine (et qui aurait pu le rester) en un énorme piège à andouilles tendu par un ennemi qui n’attend que votre venue… Vous voilà prévenus !

Clandestine_screenshot_15Second constat tout aussi aisé à faire : niveau moteur de jeu, Clandestine, ce n’est pas le top du top ! Les graphismes sont datés et peu riches en détails, l’animation est moyenne et souvent pas très naturelle. En bref, si vous avez fait vos armes d’infiltrateur sur Deux Ex: Human Revolution ou Assassin’s Creed Unity, le choc risque d’être violent ! Bon ce n’est pas non plus horrible et on s’y fait assez vite, même si parfois la téléportation de votre personnage dans le dos de l’ennemi qui arrivait devant vous pour lancer l’animation de votre attaque sournoise risque de vous arracher une petite larme…

Parlons un peu gameplay maintenant, car c’est quand même la grande originalité du titre ! En effet, se retrouver dans un jeu d’infiltration dépourvu d’une mini map, de la position des ennemis et dans lequel on dépend entièrement de son coéquipier pour ouvrir une porte est réellement nouveau, et très désarçonnant. C’est d’autant plus compliqué que Clandestine n’est pas un jeu facile, et que la confrontation tourne rarement à votre avantage. Si vous êtes surpris à un endroit où vous n’avez rien à faire (que vous tombiez sur une sentinelle ou soyez repéré sur les caméras), vous voilà bon pour des renforts ennemis en pagaille, un état d’alerte qui met fin à votre potentielle couverture, et vos chances de survie sont rapidement en chute libre.

Clandestine_screenshot_05Vos meilleures options seront donc la discrétion et, si vous ne pouvez éviter la confrontation, l’attaque par surprise. Cela signifie que vous allez devoir vous adapter au rythme du jeu, et plus concrètement à celui de votre coéquipier. On n’avance pas dans Clandestine au petit bonheur la chance ! On laisse tout d’abord au hacker le temps de faire un tour d’horizon pour qu’il se familiarise avec les lieux, qu’il repère les éventuels gardes en utilisant les caméras, et qu’il hacke le réseau informatique pour obtenir les codes des premières portes sur votre chemin.

Puis, on progresse tout en douceur en suivant ses directives et en s’assurant qu’il prenne le contrôle des caméras de surveillance qui pourraient vous découvrir. Écrit comme ça, cela peut paraître simple. Il n’en est rien ! L’exercice demande une communication et une coordination que vous devrez forger ensemble et le plus souvent par l’erreur !

Vous étoufferez ainsi un petit rire lorsque votre hacker vous dira de poursuivre maintenant vers le bas (de la carte tactique dont vous ne disposez pas) et essaierait de contenir votre énervement lorsqu’il vous enverra droit dans le champ d’une caméra qu’il n’avait pas repérée (parce qu’elle est au niveau du dessus dans le grand atrium) ou face à un garde qu’il n’a jamais localisé.

Vous aurez aussi de savoureux moments, lorsque ce dernier vous proposera de ne pas bouger de votre salle car un garde passe dans le couloir, ignorant simplement que vous n’êtes séparé de ce dernier que par une large baie vitrée (et non par un mur largement moins transparent) !

Clandestine_screenshot_13Dès lors, même si le jeu peut parfaitement se jouer en solo (en basculant d’un personnage à l’autre, et il devient alors étrangement bien plus facile), l’expérience de jeu unique qu’offre Clandestine se vit vraiment à deux ! Le jeu n’est pas simple, loin s’en faut, et il vous faudra de nombreux essais pour parvenir à votre but, plus encore si vous tentez de réussir à traverser le jeu en laissant une empreinte minimale de votre passage (autant vous le dire, cela n’a pas été notre cas !). Mais, malgré un moteur de jeu daté, Clandestine réussit du coup a offrir une ambiance unique et un gameplay réellement novateur et intéressant. On se laisse d’autant plus emporter que le scénario est bien ficelé, comporte une bonne variété en termes d’ambiances et d’environnements, et donne ainsi envie de poursuivre pour en révéler les tenants et aboutissants. Une excellente découverte !

Note de Bruno : 4/5

 

Martin Symborski : le regard de Prof. Zikiki sur Clandestine

En raison de vos contre-performances sur le terrain, vous voilà relégué dans le van pendant que madame se pavane devant les caméras. Ce n’est pas grave, vous avez le contrôle des panneaux électriques et des valves du circuit de vapeur… Et un accident est si vite arrivé ! (Bruno)

CL_Poster-5Autant le dire tout de suite, Clandestine ne révolutionne pas le genre de l’espionnage, et ce n’est pas son scénario cliché qui va y changer quelque chose. Durant les années 90, une équipe spéciale qui regroupe des agents américains et russes est à la poursuite d’une organisation criminelle fantôme similaire au SPECTRE du dernier James Bond (critique du Dr No ici et Critique de Philippe ici), voire même de Mission Impossible: Rogue Nation. Les missions vont vous conduire dans les quatre coins du monde avec un vrai effort de la part des développeurs de proposer des environnements variés et des gardes qui parlent la langue locale. Malgré cela, on reste très loin du niveau d’un Metal Gear Solid (article de Florian ici et ici) ou d’un Splinter Cell. C’est dommage parce qu’on ressent vraiment un effort de la part du studio de proposer une histoire de conspiration sérieuse et crédible.

Néanmoins, le jeu se laisse découvrir avec plaisir à condition d’y jouer en coop. Même s’il est possible d’y jouer en solo, le gameplay particulier et asymétrique de Clandestine prend vraiment tout son sens en duo. Alors que Bruno jouait le rôle de l’espionne punk russe sur le terrain, j’étais dans la peau d’un hacker à lunettes américain du nom de Martin Symborski (très loin du charisme de Stanley dans Opération Espadon).  Le concept de jouer un hacker est original et intéressant. Le risque était, bien sûr, d’avoir un gameplay trop passif et ennuyeux par rapport à son compagnon sur le terrain. Et bien à ma grande surprise, les développeurs ont réussi à rendre la jouabilité du hacker excitante et parfois même stressante (surtout si vous jouez avec Bruno). Clandestine n’est pas vraiment un jeu facile et demande une très bonne coordination entre les deux compères. Il faut planifier son approche et surtout prendre son temps.

hackerPour vous aider, Martin dispose de quatre écrans différents : une carte tactique avec l’emplacement des caméras et ennemis, une console pour envoyer des messages à votre acolyte et afficher les objectifs de la mission, une carte du réseau informatique où vous pourrez pirater l’accès de portes et ordinateurs et pour finir une vision des caméras. Vous l’aurez deviné, être un hacker dans Clandestine n’est pas de tout repos et il faut savoir être multitâche. Jongler entre les différents écrans peut vite devenir stressant quand l’espionne russe (aka Bruno) est entourée d’ennemis. De plus, le fait de ne pouvoir prendre qu’une seule caméra à la fois peut vite tourner au cauchemar quand vous faites face à un tir croisé de ces saloperies.

hacker2En plus d’empêcher que votre compagnon se fasse repérer, la prise de contrôle d’une caméra permet de repérer les ennemis afin de les avoir sur la carte tactique. Une fois sur la carte, vous pouvez les taguer avec un numéro pour que votre ami puisse avoir une idée de leur position. Mais, petit bémol, Martin peut taguer uniquement quatre adversaires. Un peu embêtant quand le nombre d’ennemis est bien supérieur. Pirater le réseau informatique permet quant à lui de débloquer le code de sécurité de certaines portes ou ordinateurs qui sont indispensables à l’avancée de la mission. Toutefois, vous ne serez pas seul sur le réseau puisque l’administrateur (en d’autres termes, l’antivirus) va vous pourchasser pour vous éjecter en dehors du système. À chaque fois que vous aurez piraté un nœud sur le réseau, l’antivirus va patrouiller dans la région à la recherche de failles afin de vous débusquer. Plusieurs outils (limités) sont toutefois à votre disposition pour ralentir l’administrateur système le temps de hacker plusieurs portes.

Clandestine_screenshot_02Et c’est précisément là que réside toute la difficulté de jouer le hacker dans Clandestine. Imaginez un instant que votre complice sur le terrain soit au milieu de plusieurs patrouilles en attendant que vous débloquiez l’accès à une porte de sécurité. En même temps, vous devez contrôler une, voire plusieurs caméras pour les empêcher de repérer votre ami, mais en plus vous devez vérifier que les patrouilles ne s’approchent pas trop près de notre petite espionne russe en jean. Ce n’est pas terminé ! Au même moment, l’administrateur système est sur votre cul et ne vous lâche pas. C’est bon ? Vous avez l’image dans la tête ? Clandestine m’a donné plus de suées qu’un FPS nerveux ou un jeu d’horreur puisque chaque erreur est fatale (et vous amène les grognements d’un Bruno pas content).

Au final, jouer le hacker n’était pas passif comme je l’aurais imaginé et j’ai ressenti autant de stress et de tension que le joueur sur le terrain. Il faut ajouter à tout ça une IA qui n’est pas vraiment réaliste, mais assez coriace surtout dans certaines missions. Mais la plus grosse difficulté, et curieusement le côté fun du jeu, vient de la capacité de coordination entre les deux joueurs (chat vocal indispensable pour bien communiquer et surtout bien vous engueuler). Certains duos seront aussi bons que Q et James Bond, d’autres comme Bruno et moi auront plus l’allure d’un Johnny English en mission avec OSS 117. Alors oui, comme vous pouvez le voir sur les captures d’écran, les graphismes sont immondes et les animations dépassées. Sans être méchant, le moteur graphique me rappelle un jeu de PS2 en fin de vie. Autant dire que les graphismes ne sont clairement pas l’argument de vente numéro un du jeu. Cependant, Clandestine fait partie de ce petit club de titres à la plastique horrible mais au gameplay profond et gratifiant. Est-ce que le jeu vaut son investissement ? Oui, sans aucun doute, à la condition d’y jouer à deux. Entre énervements et rigolades, Clandestine se révèle être finalement un très bon jeu coopératif comme on en fait plus aujourd’hui.

Note de Prof. Zikiki : 3/5

Clandestine

Développé et édité par Logic Artists
Prix : 23 euros sur Steam

 

 

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