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Collants, bastons et fist-fucking (Critique de Deadpool de Tim Miller)

Collants, bastons et fist-fucking (Critique de Deadpool de Tim Miller)

Note de l'auteur

Armé de ses sabres et de blagues scatos, Deadpool affronte ceux qui l’ont transformé en mutant à tronche de pizza. Cool, trash et sanglant. En bref, un film qui ringardise les autres super-héros.

deadpool

(Attention, léger spoil de vannes dans les lignes qui suivent !)

Déjà vu un super-héros se faire sodomiser par sa fiancée avec un gode-ceinture, détourner la caméra quand il va torturer un bad guy, plaisanter sur le fist-fucking ou encore balancer des vannes, face caméra, comme « Vous voulez savoir à qui j’ai caressé les couilles pour avoir mon propre film ? ». La réponse est probablement non, les films de super-héros étant sérieux comme ma feuille d’impôt, premier degré, voire sinistres. Des titres ? Batman, Green Lantern, X-Men, Daredevil, Spider-Man et autres Wolverine. Plus fort, les vannes méta, dès le générique du début. Au lieu d’avoir le nom des acteurs ou des techniciens, des trucs potaches s’inscrivent sur l’écran comme « Réalisé par un blaireau surpayé » ou « Produit par des trous de cul ». Pas très fin, mais hilarant.

Adaptations bâclées ou grotesques de chefs-d’œuvre de DC ou Marvel, nanars XXL, machines à cash de multinationales comme Sony ou Disney, les films de super-héros ratissent le plus large possible. Ils évitent donc le sexe, la violence, les répliques vulgos (« Explicit lyrics », diraient nos amis rappeurs) pour séduire les nenfants du monde entier et leur faire acheter des kilotonnes de jeux vidéo, de pyjamas ou de figurines en plastoc. Pour Deadpool, les producteurs-comptables de la Fox ont choisi un positionnement marketing malin, qui pourrait leur rapporter des millions de dollars, malgré une mise de départ modeste : préserver le côté trash et hardcore de la BD avec un humour décalé, et viser un public (un peu) plus âgé. Un peu comme dans l’adaptation du Kick-Ass de Mark Millar. Les scénaristes – qui ont déjà écrit G. I. Joe (ouille) et Bienvenue à Zombieland (yes) se la jouent méta (Deadpool annonce au spectateur un money shot en se sectionnant la main), tricotent des blagues de cul (« Ce soir, branlette ! »), polissent des répliques cultes (« Je vais te faire ce que Limp Bizkit a fait à la musique dans les années 90 »), insistent sur les pets, les trous de balle et s’offrent de la nudité frontale comme on dit aux States. Du jamais vu ! Bon, ce n’est pas Citizen Kane non plus et le scénario n’est pas exempt de défaut. Le problème intrinsèque du film, c’est sa structure narrative. Il s’agit de raconter pour la 853e fois la genèse d’un super-héros. Bref, l’intrigue tient sur le string de Lady Gaga : atteint d’un cancer incurable, Wade Wilson, ancien mercenaire cool et bogoss, va être transformé en Deadpool puis se venger du bad guy très méchant qui l’a métamorphosé et qui a enlevé sa copine. Pour masquer le vide, certaines scènes (la baston sur l’autoroute, l’expérimentation-torture sur Deadpool ou la scène finale) sont étirées au maximum, les scénaristes jouent avec la temporalité et se lâchent avec leurs punchlines du troisième type.

deadpool defiguré

 

Côté mise en scène, c’est le réalisateur qui avait ciselé le sublime générique de Millenium de David Fincher qui s’y colle. Sûrement choisi par la Fox parce qu’il est à la tête d’un studio d’effets spéciaux, Tim Miller multiplie les bonnes idées, les trouvailles marrantes, les ralentis à la Matrix et avances rapides comme avec une vieille VHS pourrie. Contrairement à Avengers 2 ou Ant-Man, ses scènes d’action sont lisibles et excitantes. Et Miller a la bonne idée de mettre en avant Ryan Reynolds qui balance avec un débit mitraillette ses vannes sur Liam Neeson, Star Wars ou l’odeur des couches-culottes des vieux. Comédien assez exécrable qui a sévi dans d’innombrables nanars, Ryan Reynolds a œuvré pendant 11 ans pour donner naissance à cette version ciné de Deadpool dont il est coproducteur. Très intelligemment, il passe la moitié du film avec un masque sur la tronche ou le visage transformé en pizza pepperoni et il est épatant, avec un sens du rythme assez hallucinant.

Pour la faire courte, Deadpool est une vraie bonne surprise, un truc malpoli et régressif qui nous venge de tous ces nanars avec musclors en moule-burnes fluo. Du très bon mauvais goût. Et si par chance il cartonnait, je suis sûr que l’on devrait voir bientôt d’autres adaptations fun et hardcore de super-héros, à commencer par le Punisher. C’est pas une bonne nouvelle, ça ?

MARC GODIN



Deadpool (1h48) de Tim Miller avec Ryan Reynolds, TJ Miller, Morena Baccarin, Ed Skrein, Brianna Hildebrand et Gina Carano. Sortie le 10 février.

Et la critique de Jane McClane, c’est juste ici.

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