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Comme un poisson dans l’aquarium (Homecoming s1 / Amazon Prime Video)

Comme un poisson dans l’aquarium (Homecoming s1 / Amazon Prime Video)

Note de l'auteur

Après Lore, Amazon s’essaie à nouveau au jeu de l’adaptation d’un podcast. En l’occurrence, la conversion garde toute la substance de cette Homecoming qui n’est toutefois pas sans quelques menus défauts.

Comme pour de nombreux formats de créations, il est courant qu’un.e auteur.e signe une cession des droits pour une éventuelle adaptation télévisuelle. C’est désormais aussi le cas des scénaristes de podcast et notamment d’Homecoming, un authentique drama fictionnel pensé pour l’audio qui rencontra un vif succès fin 2016 (lire l’excellente chronique de Conundrum pour pErDUSA à son sujet). Sauf que chez Gimlet Media, qui produit ledit podcast, on s’est dit que pour une fois on allait essayer de le développer pour le petit écran par ses propres soins. Le contexte sériel étant ce qu’il est, Sam Esmail (Mr. Robot) et Julia Roberts ont accepté de participer au projet et Amazon ne pouvait plus que tendre les bras.

Seulement, vous vous en doutez, les choses ne sont pas d’emblée aussi simples. Il faut d’abord insister sur la valeur du matériau original. Homecoming est un podcast fascinant assorti d’un travail de sound design exceptionnel. Il bénéficie surtout d’un casting de voix remarquable avec Catherine Keener, Oscar Isaac, Amy Sedaris, David Cross ainsi qu’un intenable David Schwimmer. À partir de là, ce n’est déjà plus la même chose lorsqu’il faut convaincre les Roberts et Esmail.

Mais l’emballage Amazon agrémenté d’un attelage dispendieux ne font pas forcément bonne série, coucou The Romanoffs. Hors Gimlet a eu la bonne idée de confier l’écriture de la série à ses auteurs d’origine. Eli Horowitz et Micah Bloomberg ont eu tout loisir de décliner les épisodes, d’organiser la salle d’écriture et ce n’est pas anodin. D’autre part, l’apport de Sam Esmail — qui signe la mise en scène de l’ensemble de la saison — s’avère essentiel car ce récit repose sur un obstacle majeur : une dualité temporelle continuellement entremêlée.

Heidi Bergman (Julia Roberts) est une assistante sociale en charge d’un programme nommé Homecoming qui cherche à faciliter la réinsertion de militaires vétérans. Non seulement nous découvrons Heidi dans le vase clos d’une installation très moderne, mais aussi quelques années plus tard alors qu’elle est devenue serveuse dans un restaurant vieillot et vit avec sa mère. Pourquoi n’est-elle plus à la tête de Homecoming et que s’est-il passé entre temps ?

À une époque où l’usage du flashback est devenu l’une des grande calamité du format sériel, Sam Esmail fait de la cohabitation de deux narrations temporelles un petit bijou. Aux séquences très amples accompagnant les installations du complexe de réinsertion, viennent s’ajouter des pastilles proposées dans un format d’écran recadré (plus proche du carré que du 4:3) à l’image comme détériorée dans une apparente contradiction avec la chronologie. Esmail se complaît (parfois un peu trop) dans un geste formel à la fausse modestie qui souligne parfaitement ce thriller au mystère très Hitchcockien et la nervosité bien entretenue par des épisodes courts (30 minutes) hautement bingeables.

La dimension paranoïaque mais aussi le cast (Frankie Shaw, Bobby Cannavale) contribue à prolonger une certaine continuité avec Mr. Robot dans l’œuvre d’Esmail. Un casting toutefois relativement décevant si on le rapproche du travail de leurs homologues du podcast. Les subtiles trémolos de Catherine Keener ne trouvent pas d’écho dans la prestation au demeurant très honorable de Julia Roberts. Cannavale est également très loin de l’agressivité aboyée par David Schwimmer.

Mais cette Homecoming est une translation fidèle qui réplique soigneusement les enjeux du podcast. À commencer par l’importance des outils de communication et leur imperméabilité face au caractère permissif de la nature humaine. Sans trop dévoiler la nature du récit, elle pose aussi la question des responsabilités de laboratoire aux méthodes très discutables.

Au final, l’envergure très maîtrisée d’Homecoming contraste avec les tendances actuelles qui auraient voulu que Julia Roberts navigue en yacht de luxe. L’aquarium est spartiate mais totalement adapté à ce récit en eaux troubles très efficaces, lequel se prolongera puisqu’Amazon avait d’entrée commandé deux saisons.

HOMECOMING (Amazon) Saison 1 en dix épisodes
Visibles sur Prime Video dès le 2 novembre.
Série créée et écrite par Eli Horowitz et Micah Bloomberg.
D’après un podcast du même nom (Gimlet Media).
Épisodes réalisés par Sam Esmail.
Avec Julia Roberts, Stephan James, Bobby Cannavale, Shea Whigham, Dermot Mulroney, Jeremy Allen White, Sissy Spacek, Frankie Shaw et Alex Karpovsky.
Supervision musicale par Maggie Phillips.

Visuel : Homecoming © Anonymous Content, Gimlet Media, Universal Cable Productions

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