#Concert : Bob Dylan – Zénith de Paris – 20/04/2017

#Concert : Bob Dylan – Zénith de Paris – 20/04/2017

Aller voir Bob Dylan en concert pourrait s’apparenter à lécher une lame de rasoir en espérant ne pas se couper avec. Il existe un tel fossé entre l’image que chacun se fait du barde lorsque l’on aime sa musique et la réalité du personnage sur scène que la crainte d’une déception est toujours présente. Et cela fait cinquante ans que ça dure !

Enfin, 52 ans exactement, lorsque Dylan décida de faire évoluer sa musique d’un folk traditionnel vers des sonorités plus rock’n’roll avec l’album Bringing It All Back Home (1965) et le fameux Subterranean Homesick Blues. Qui curieusement donne son nom à la version européenne du disque, ne me demandez pas pourquoi !

Toujours est-il que le passage de Dylan à l’électrique ne fut pas du goût de tout le monde. Accusé de « trahir » le mouvement folk en succombant aux sirènes de la musique pop pour de basses raisons mercantiles, Dylan se voit même hué sur scène lors du festival de Newport en 1965. De nombreuses légendes courent sur cette prestation par ailleurs, de Pete Seeger voulant couper les câbles de la sono au public de puristes vomissant le nouveau style du barde.

Bob Dylan à Newport - 1965

Bob Dylan à Newport – 1965

La vérité est pourtant beaucoup moins romantique ! En effet, le problème majeur de ce concert pour ses fans n’était pas l’orientation musicale de Bob Dylan mais plutôt le son en lui-même de fort piètre qualité qui ne permettait pas de comprendre les paroles chantées par le poète, ainsi que le peu de chansons jouées par le groupe en raison d’un temps de passage limité et des nombreux ajustements chronophages nécessités par les différents instruments électrifiés.

Mais pour « la voix de sa génération », le résultat est le même. Profondément meurtri, il en retira une détermination indéfectible à faire exactement ce qu’il voulait, et peu importe les réactions du public.

Ce soir au Zénith de Paris, la qualité du son ne sera pas mise en cause. Pas plus que l’attitude du personnage d’ailleurs ! Vêtu d’un costume sobre et de son éternel chapeau blanc, Dylan ouvre son set avec Things Have Changed, ambiance désertique empruntée à Leonard Cohen avec qui il partageait le casting de la bande originale du film Wonder Boys dont la chanson est tirée.

Presque invisible derrière son piano (le bonhomme refuse la présence d’écrans vidéo dans la salle depuis plusieurs années), Dylan enchaîne sur deux versions réarrangées de Don’t Think Twice It’s Alright et Highway 61 Revisited et miracle, il semble… s’amuser ! Il se lève, prend une posture à la Jerry Lee Lewis, sa voix se fait moins rocailleuse, on croit rêver !

Une impression confirmée par Beyond Here Lies Nothin’, samba bluesy mélancolique extraite du génial Together Through Life (2009), transition idéale avec une nouvelle partie du répertoire du maître qui fit pousser les hauts cris à pas mal de gens, une série de reprises de Frank Sinatra. Quoi de plus éloigné de l’image du jeune homme timide avec sa guitare acoustique que celle du crooner millionnaire ? Une fois de plus, Dylan s’en fiche.

I Could Have Told You, Melancholy Mood, All or Nothing at All, il quitte son piano pour s’emparer d’un pied de micro et danse comme s’il se produisait sur la scène d’un casino de Las Vegas dans les années cinquante ! Et force est de constater que l’image, si incongrue soit-elle, est très plaisante à regarder.

6812841_part-par-par6339830-1-1-0Dylan offrira tout de même à son public quelques réminiscences du passé, un Tangled Up in Blue anthologique poussant encore plus loin le paradoxe entre l’apparente légèreté de la musique et le sujet dramatique qu’elle raconte, Desolation Row habillé d’un costume rock’n’roll qui lui sied comme un gant (même si votre serviteur, soyons honnête, reste fidèle jusqu’à la mort à l’originale) et un rappel en forme de fan service avec l’éternel Blowin’ in the Wind et un Ballad of a Thin Man terriblement d’actualité au vu de la situation politique aux États-Unis.

Au final, on sort de ce concert avec un sentiment étrange, celui de n’avoir pas vu le spectacle attendu mais d’avoir été témoin d’autre chose, une certaine impression de liberté. Les gens de ma génération n’auront jamais eu la chance de voir la légende Bob Dylan telle qu’elle s’est construite au cœur des sixities, mais le barde nous transmet un message d’une autre nature, en opposition avec les grosses machines à nostalgie qui répètent le même schéma depuis un demi-siècle.

Aucun jugement de valeur par ailleurs, aller voir Paul McCartney chanter les Beatles reste un plaisir immense ! Dylan nous propose simplement une autre voie et nous dit en substance de ne pas vivre dans le passé, ce qu’il a toujours fait si l’on y réfléchit bien. Car The Times They Are A-Changin’, les temps changent.

 

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