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#Concert : Dropkick Murphys – Zénith de Paris – 16/17 février 2018

#Concert : Dropkick Murphys – Zénith de Paris – 16/17 février 2018

Note de l'auteur

Soirées exceptionnelles au Zénith de Paris la semaine passée puisque placées sous le signe du punk celtique, un sous-genre iconoclaste représenté avec fierté par les Dropkick Murphys depuis plus de vingt ans. Cerise sur le gâteau, le groupe de Boston est épaulé par leurs vieux complices des Flogging Molly ainsi que par un certain Glen Matlock dont le nom ne vous est peut-être pas familier même s’il a contribué à l’une des révolutions majeures du rock n’ roll, nous y reviendrons. En attendant, et au regard des risques de gueule de bois carabinée et de multiples contusions inhérentes aux concerts des Irlando-américains, vos rock critics préférés ont décidé de se partager la tâche en se rendant chacun à l’un des concerts afin de vous offrir une meilleure vue d’ensemble de l’ambiance au cœur du plus grand pub irlandais éphémère de Paris ! Let’s Go Murphys !

Vendredi 16 février – scRed

Curieuse famille que celle du celtic punk, mélange de Doc Martens et de bérets irlandais, de ceintures cloutées et de kilts écossais, où skinheads et punk à crêtes partagent leurs pintes sans que la situation ne dégénère ! Il faut dire que la France cultive depuis fort longtemps une affection toute particulière pour la culture irlandaise… Les ennemis de mes ennemis sont mes amis en quelques sorte et qui mieux que ces fous d’irlandais pourraient incarner notre éternelle rivalité avec la vieille Angleterre !

Mais il y a autre chose… Une certaine insouciance, une résilience face à l’adversité et une joie de vivre matérialisée par une musique traditionnelle aux rythmes entraînants et à la bonne humeur contagieuse. Théorisée par les Pogues au début des années 80, la variante punk de cette musique va trouver chez les Dropkick Murphys le parfait écrin avec un son plus moderne, l’inclusion d’instruments traditionnels (cornemuse, mandoline) et une agressivité héritée du mouvement hardcore.

Glen « Sex Pistol » Matlock

Cependant, lorsque Glen Matlock débarque seul en scène avec sa guitare acoustique pour inaugurer la soirée, exit la modernité, c’est une part de l’histoire de la musique punk qui se présente devant nous. En effet, même s’il est peu connu du grand public, il n’est autre que le bassiste historique des Sex Pistols ! Bien avant que Sid Vicious ne vienne prendre sa place suite à une incompatibilité d’humeur avec Johnny Rotten (et un légendaire désaccord artistique à propos des Beatles), c’est bien lui que l’on entend sur Anarchy In the UK !

Du coup, lorsque le bonhomme plaque les premiers accords de God Save the Queen, c’est bien plus qu’une chanson qui résonne dans l’enceinte du Zénith. Même en version acoustique, le venin est toujours actif. Au-delà du message provocateur (et même si le fascist regime est toujours en place), en regardant le vénérable sexagénaire martyriser sa guitare, c’est bel et bien l’un des sauveurs d’un rock n’ roll devenu pantouflard et bourgeois qui se trouve devant nos yeux !

Flogging Molly

Certes, au-delà du symbole, la prestation de Matlock n’a rien d’inoubliable… Entre reprises et compositions discutables, c’est surtout l’homme qui fascine par son histoire. C’est donc avec une immense gratitude pour son héritage et un certain soulagement pour nos oreilles que l’on accueille les Flogging Molly afin de rentrer un peu plus dans le sujet qui nous occupe !

Et le groupe emmené par Dave King, version californienne du mouvement celtic punk aux USA, va se faire un devoir de chauffer la salle à la mode irlandaise. Ne disposant que de 45 petites minutes, les Flogging Molly vont aller à l’essentiel, une douzaine de titres incluant les classiques Drunken Lullabies, Float, What’s Left of the Flag et une version émouvante d’If I Ever Leave This World Alive dédié aux victimes des attentats du Bataclan. On appelle ça un sans faute.

Le temps d’aller faire avec modération le plein de bière (qui, cette fois-ci, ne se retrouvera pas en rupture de stock comme ce fut le cas il y a deux ans pendant le même concert, les organisateurs auront retenu la leçon !) et voilà que retentit l’hymne des Sham 69 If the Kids Are United, signe que les choses sérieuses sont sur le point de commencer !

Pour avoir vu les Dropkick Murphys un bon paquet de fois, votre serviteur ne peut que s’incliner… Non seulement leur prestation de ce soir est la meilleure à laquelle il m’ait été donné d’assister, mais la liste des titres joués surpasse également tous les autres concerts que j’ai pu voir !

Le Vert Du Décor

Piochant allègrement deux ou trois titres dans presque chacun de leurs albums, le groupe va aligner autant de classiques attendus par le public (The State of Massachusetts, Going Out In Style, Johnny I Hardly Knew Ya, Rose Tattoo, The Hardest Mile) que de chansons plus confidentielles n’ayant jamais fait l’objet de singles (Heroes From Our Past, Gonna Be a Blackout Tonight, Worker’s Song, Famous for Nothing).

N’oubliant pas de mettre l’accent sur leur dernier album en date, le public du Zénith aura également droit à une poignée de morceaux à tendance pub songs (The Lonesome Boatman, I Had a Hat et surtout une version reprise en chœur du traditionnel chant de supporters You’ll Never Walk Alone qui fit ressembler pour un moment la salle de concert au stade d’Anfield à Liverpool) ainsi qu’à une petite surprise sous la forme d’une reprise énervée du Folsom Prison Blues de Johnny Cash.

Scene (ou)verte

Mais la véritable apothéose, le petit chef-d’œuvre de cette soirée, sera sans aucun doute le rappel. Attaquant bille en tête une version survitaminée de The Boys Are Back, et déclenchant par là même un pogo d’anthologie dans la fosse qui n’a jamais mieux porté son nom, les Dropkick Murphys vont prendre tout le monde à revers en enchaînant sur un Kiss Me, I’m Shitfaced (« Embrasse moi, j’suis bourré ! » ) fort à propos vu l’état du public, qui verra ledit public envahir la scène à la demande du groupe !

Comment mieux conclure cette soirée, une fois la scène remplie de fans bien allumés, qu’avec un I’m Shipping Up to Boston fédérateur, histoire de dépenser les dernières miettes d’énergie qui pourraient rester dans nos muscles déjà endoloris ? C’est donc complètement vidés mais heureux que nous quittons les lieux sur l’air du My Way de Frank Sinatra, conscients d’avoir vécu un truc pas ordinaire.

Chaque concert des Dropkick Murphys est une fête, c’est admis. Mais ce soir, les petits gars de Boston ont placé la barre très haut. Je me demande bien ce qu’ils réservent à ma chère Jessie pour demain soir…

 

Samedi 17 février – Jessie

18 heures 30. Les abords du Zénith semblent clairsemés. Les Dropkick Murphys auraient-ils épuisé tout ce que Paris compte de punk hier soir ? Que nenni ! Les fous sont déjà massés devant la colossale scène. Il faut dire que ce n’est pas tous les jours que les premières parties sont des artistes aussi réputés que Glen Matlock et les Flogging Molly.

Si l’ancien bassiste des Sex Pistols laisse le public tout aussi pantois que la veille, le groupe californien n’est pas la pour se la couler douce. Perdue devant la scène, l’innocente fan de rock que je suis s’attend à ce que leur set, sans aucun doute effréné, ressemble à n’importe quelle première partie : grouillant d’une énergie qui ne se libèrera qu’APRÈS un précieux combo entracte/troisième bière. Raté. À peine les vrais faux Irlandais ont plaqué leurs premiers accords que ça commence à mosher. Il ne reste plus qu’à laisser tomber le gobelet – perdre un euro – et nouer maladroitement sa veste avant de se jeter dans la mêlée ! Les sourires se dessinent. Les bleus aussi. Et si c’était le début d’un rêve ?

Quarante-cinq minutes – et un bon litre de sueur plus tard – vient l’heure de la première décision la plus importante de la soirée : fendre la foule pour aller s’houblonner ou rester sagement à sa place ? Courageuse mais pas téméraire – et à jeun – je ne bouge pas d’une Doc Marteen. Quelques vingt minutes plus tard, les lumières s’éteignent. The Foggy Dew engloutit le Zénith. Face à Sinéad, les Sham 69 ne font pas le poids, avouons-le !

M’enfin, parlons peu, parlons chiffres. Également gratifiés de vingt-quatre morceaux, la vérité est ailleurs : le set de samedi était meilleur et puis c’est tout ! Par quoi est donc motivée cette mauvaise f… analyse fine, me direz-vous ? Et bien mes chers compagnons, par cinq occurrences punk celtiques toutes aussi avérées que profondément subjectives.

Petit un : les Dropkick n’ont pas attendu le rappel pour jouer The Boys Are Back. Troisième chanson d’un set tout aussi varié que son prédécesseur (rendons à César…), l’hymne électrique à donner aux mosheurs et mosheuses un sérieux coup de pied au derrière. Ce n’est pas qu’on en avait besoin, mais au point où on en était, ça ne peut pas faire de mal.

Petit deux : Non seulement les Dropkick aiment leur public, mais ils le connaissent bien. Les dix chansons que l’on retrouve dans les deux sets de leur escapade parisienne sont soit des valeurs sûres essorées par le Top 50 ou des reprises traditionnelles dont les rythmes endiablés réveilleraient les morts.

Le petit trois tient en trois titres : Blood, The Warrior’s Code et Curse of a Fallen Soul. Y a-t-il besoin d’en dire plus ?

Petit quatre : Techniquement, on a eu le droit à trois morceaux de plus que nos confrères les plus impatients, et ce grâce à un medley estampillé Do or Die de toute beauté. Bien qu’ils aient vingt ans dans les pattes, les « Boys on the dock » assurent. Comme la MAAF… Et le pire, c’est que je ne peux même pas blâmer l’alcool.

Et le meilleur pour la fin… Si la supportrice du Liverpool FC en moi n’a pas eu le plaisir d’entendre probablement la meilleure version de You’ll Never Walk Alone du gosier de ses perpétrateurs, elle s’est bien vite consolée quand le public a entonné le chant mythique en quittant le Zénith. Sans grand respect pour Sinatra, des centaines de fans engourdis de joie émergent dans le froid parisien. Ils n’ont que faire de ce qui s’est passé ou non la veille. Ils se préoccupent encore moins de ce qui se passera demain. Et si c’était ça l’exemple à suivre ?

 

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