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#Concert #Interview Zeal & Ardor au Glazart (Paris – 19 avril 2017)

#Concert #Interview Zeal & Ardor au Glazart (Paris – 19 avril 2017)

Note de l'auteur

Pour le lancement de la tournée de Zeal & Ardor, le Daily Mars a eu l’occasion de s’entretenir avec Manuel Gagneux, le grand ordonnateur de ce projet musical pour le moins pas banal, à mi-chemin entre black metal et musique noire. Ce qui avait commencé comme un « cap ou pas cap » il y a presque trois ans sur Internet allait donc achever sa mue, le 19 avril dernier, pour devenir un « vrai » groupe de scène. Bref, pour citer George Clinton, Bootsy Collins et leur bande d’apôtres du P-Funk : « let’s take it to the stage! ».

Parfois, trop rarement, dans la vie, tout est trop simple. Qui a déjà fréquenté des musiciens – ou des artistes en général – sait qu’avec eux, tout peut très vite devenir atrocement compliqué. Avec ses yeux vairons et sa dégaine de troubadour hirsute, Manuel Gagneux, l’homme derrière le groupe Zeal & Ardor (Z&A), est tout en décontraction. Il répond brièvement, sans emphase, à nos questions. Tellement simple que c’en est presque désarmant. Sous ses dehors détendus, on peut néanmoins sentir affleurer ce qui pourrait s’apparenter à une pointe d’appréhension.

Après un concert d’échauffement à Bâle, en Suisse, quatre jours plus tôt, en cette fin d’après-midi (du mercredi 19 avril), l’Américano-Suisse est à quelques heures de son baptême du feu pour la tournée « Devil Is Fine », avec tambours et trompettes (et ce n’est – malheureusement – pas qu’une expression).

Que de chemin parcouru pour un groupe dont l’histoire avait commencé comme un pari de musicien fin soûl : pourquoi ne pas mélanger metal extrême (du death et du black) avec de la musique noire (des spirituals et du blues) ? Gagneux avoue que « c’est “bizarre” [en français dans le texte] parce qu’on n’avait pas imaginé qu’on se retrouverait à jouer sur scène. On est très enthousiaste… et un peu nerveux aussi. »

« Ce spectacle, c’est le produit de la collaboration entre différents artistes et des gens… étranges. Ce sont des amis et j’ai eu la chance qu’ils acceptent de partir en tournée avec moi. Ils viennent d’un peu partout : du metal mais aussi du blues et même du théâtre. Par exemple, la personne qui s’occupe des lumières participe beaucoup aux répétitions. Il fait un boulot incroyable. »

Malheureusement, nous n’aurons pas le loisir d’assister à un spectacle « total » ce soir-là, eu égard au fait que le plafond de la salle de concert est trop bas pour y intégrer certains éléments scéniques.

En effet, pour ceux qui ne connaissent pas le Glazart, c’est une sorte de hangar, coincé en bordure extérieure de Paris entre un pont de chemin de fer, le boulevard périphérique et le canal de Saint-Denis. Pour être tout à fait honnête (même si la salle est au demeurant très chouette et son acoustique étonnamment bonne), question feng shui, ça va demander encore un peu de travail pour atteindre la parfaite harmonie.

Mais, avant de pouvoir profiter de la prestation de Z&A, il faut d’abord souffrir un début de soirée un brin longuet. Les Français de Pensées nocturnes, notamment, nous gratifient d’un set mortellement ennuyeux, avec leur black metal (soi-disant) avant-gardiste, égayé à grands renforts d’accordéon… et de la fameuse trompette dont il était question un peu plus haut.

Les groupes se succéderont devant un public parisien amorphe et surtout un peu bébête. Des spectateurs « dissipés » ont du mal à laisser au vestiaire leur humour potache d’élèves ingénieurs en informatique de la première partie (les Clermontois de Pryapisme et leur metal électro-progressif).

Zeal & Ardor en concert au Glazart à Paris le 19 avril 2017 (photographie de Caroline van der Velden)

© 2017, Caroline Van der Velden

Sur les coups de 22 heures 30, après une mise en place méticuleuse, les petits Suisses font leur entrée en scène. La prestation durera un peu plus d’une heure. Emmenée par un Manuel Gagneux très investi – et tout en intériorité, comme on dit pour les acteurs – limitant les échanges avec son public au minimum minimorum.

Le groupe présente une configuration peu commune pour un groupe de rock – et à plus forte raison un groupe de black metal, fut-ce du black peu orthodoxe – avec deux choristes (mâles). Cette polyphonie – parfois un peu surchargée d’effets, notamment de réverbe – est bien étayée par le jeu extrêmement puissant et précis d’une bassiste qui fait trembler les murs avec ses quatre cordes.

Sur scène, Zeal & Ardor est à l’image de la pochette du disque que sa tournée est chargée de promouvoir : un peu vert. Si l’interprétation ne prête le flanc à aucun reproche sérieux, le concert, dans son ensemble, est sujet à deux faiblesses. Tout d’abord, les enchaînements entre chaque morceau sont trop longs et silencieux et nuisent au rythme du show. L’autre souci, quant à lui, est plus inhérent à la musique du groupe elle-même. Si c’était indubitablement une bonne idée d’avoir intégré des éléments de pop avec – au-delà des seules parties en voix claire – sa construction et ses accroches, à ses compositions, au bout d’un peu plus de soixante minutes, la « formule » Zeal & Ardor a tendance à montrer un peu ses limites.

Les morceaux ont tous un air de famille qui a tendance à se faire un peu trop manifeste. Mais, comme s’il était conscient de ses limites, Gagneux semble assumer totalement la curieuse situation de tourner pour promouvoir un album dont il n’est pas pleinement satisfait et qui n’était même pas destiné à être publié en l’état.

« Je considère Devil Is Fine comme quelque chose de très expérimental, une esquisse. J’en suis très content mais il y a une grande marge de progression, à la fois en termes d’écritures et de production. Je suis sûr que je peux écrire et enregistrer de meilleures chansons. C’est mon ambition. C’est pour ça que je n’ai pas voulu réenregistrer ces titres, déjà parce que je suis quelqu’un qui s’ennuie facilement et parce que si je l’avais fait, ça n’aurait réglé que le problème de la production, pas celui de l’écriture, pas les deux. C’est quand je n’aurais plus d’idée que ce sera le temps de laisser tomber. »

Ce n’est pas si fréquent qu’un plan se déroule sans accroc. Ce n’est pas si fréquent non plus d’assister à la naissance à la scène d’un groupe surtout quand ce groupe présente autant de potentiel que Zeal & Ardor.

Zeal and Ardor Setlist GLAZART, Paris, France 2017

 

 

Pochette de l'album "Devil Is Fine" de Zeal and ArdorZeal & Ardor
Devil Is Fine
disponible depuis le 24 février 2017
chez MVKA/Caroline
et en concert
le 6 mai à Guéret
au festival Metal Culture(s)
www.zealandardor.com

 

 

Bonus : au milieu de l’énumération de ses influences musicales, avec Mr Bungle, Frank Zappa, Portishead et Bonobo ou, dans un registre plus « metal » Burzum, Darkthrone ou Naglfar, Manuel Gagneux a également attiré notre attention sur la reprise du Sacre du printemps d’Igor Stravinsky par le groupe allemand Golem.

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