#Concert Opeth – Le Trianon – 21/11/2016

#Concert Opeth – Le Trianon – 21/11/2016

Note de l'auteur

Presque un an jour pour jour après leur prestation mémorable à l’occasion des vingt-cinq ans d’existence du groupe, Opeth réinvestit Le Trianon pour défendre leur nouvel album Sorceress, chroniqué quelque part dans ces pages. Un disque honnête, mais, avouons-le, un poil décevant. C’est donc avec une certaine appréhension que votre serviteur gravit les marches de la mythique salle parisienne pour aller à la rencontre de ce que la Suède a offert de mieux au monde depuis Dolph Lundgren et les Krisprolls…

Il faut dire que ce fameux concert anniversaire d’Opeth avait laissé des traces dans les mémoires de tous ceux qui y ont assisté. Plus de deux heures et demie de spectacle, l’intégralité de l’album Ghost Reveries, et même quelques improvisations à la demande du public ! Ce qui était un petit événement en soi, lorsque l’on connaît l’organisation quasi maniaque imposée par Mikael Åkerfeldt à son groupe, tant en studio que sur scène. Ce soir-là, Opeth avait été à la hauteur de sa légende, cela va être difficile de faire mieux !

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Amalie Brunn (Myrkur)

Mais pour le moment, place à Myrkur qui a la lourde tâche d’ouvrir les hostilités, ce qui n’est pas un vain mot lorsque l’on a posé une oreille attentive sur le premier album de la belle, sobrement intitulé M. Car Myrkur est un one woman band, un projet personnel emmené par la délicieuse Amalie Bruun, ex-mannequin, danoise exilée à New York et éprise d’un Black Metal agressif à souhait rehaussé d’une touche de lyrisme proche du pagan. En bref, par Odin, ça envoie ! Mais ce soir, Myrkur a décidé de se la jouer acoustique, seule au piano ou à la guitare, tout juste accompagnée par deux choristes. Et force est de constater que ça fonctionne diablement bien. En une poignée de chansons (dont les sublimes Byssan Lull et Jeg erGuden, I er Tjenerne), tantôt chantées en danois, tantôt en islandais, la jeune femme aura envoûté un public pas forcément acquis d’avance.

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Nosferatu, Phantom Der Nacht, Werner Herzog (1979)

C’est donc dans cette ambiance éthérée, entre grâce et rêve éveillé, que résonne l’introduction désormais classique de chaque concert d’Opeth, le Through Pain To Heaven de Popol Vuh tiré de la bande originale du Nosferatu, Fantôme de la nuit de Werner Herzog. Cette précision semble superflue, mais elle a pourtant son importance, car ce film reflète parfaitement la vision artistique de Mikael Åkerfeldt, faite d’errances, de solitude, enveloppée d’une ombre lugubre et morbide. Dans le chef d’œuvre d’Herzog, Nosferatu symbolise la Peste, une maladie porteuse de morts, mais indifférente au concept du bien et du mal, une notion qui hante en permanence la musique d’Opeth.

À l’instar de Sorceress qui ouvre le bal, lorsqu’Åkerfeldt proclame Sow your death seed and reap the dying lands (Sème ta graine de mort et fauche ces terres agonisantes). Et là, miracle, ce titre, qui sonnait certes bien sur album malgré un léger manque de chaleur, prend une tout autre dimension en live. Au-delà de la précision chirurgicale de l’interprétation, une constante chez Opeth, le fameux petit supplément d’âme se fait sentir et se reflète sur le visage des musiciens ! Mais c’est qu’ils auraient presque l’air heureux les mecs !

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Mikael Åkerfeldt

Sans reprendre son souffle, le groupe enchaîne sur une version impitoyable de Ghost Of Perdition, en mode « Toi qui entre ici, abandonne tout espoir » ! OK, on a compris, Opeth est en forme ce soir ! Et ne se départit pas de l’humour à froid qui caractérise Mikael Åkerfeldt, lorsque celui-ci introduit Demon Of the Fall par un souvenir qui l’a manifestement marqué. Apparemment, la presse française avait décrit le titre à l’époque comme « ennuyeux et banal », ce qui amène le chanteur à s’excuser par avance de nous imposer cela !

Après un dernier crochet par Sorceress avec The Wilde Flowers, une nouvelle fois grandement améliorée par son passage par le live, Opeth nous gratifie d’un doublé gagnant Face Of Melinda/Windowpane, deux des compositions les plus élégantes du groupe, donnant momentanément au Trianon des airs de temple païen et permettant à chacun de respirer un bon coup avant de plonger dans la dernière ligne droite, à savoir les quatre singles majeurs que sont Cusp Of Eternity, The Drapery Falls, Heir Apparent et The Grand Conjuration.

img_7806Après une (très) courte pause, il est temps de conclure le concert sur le traditionnel Deliverance et ses quatorze minutes de violence pure émaillée de breaks assassins… Passage obligé qui signifie pour le public qu’il est l’heure de donner ses dernières forces dans la bataille, comme une décharge géante d’adrénaline matérialisée par le riff final du morceau façon mitrailleuse lourde.

Au final, Opeth semble avoir compris les désirs de ses fans et les avoir pris en compte… Si le groupe ne pratique plus le Death Prog qui l’a rendu célèbre sur ses albums les plus récents, il ne rechigne plus à en jouer sur scène comme c’était encore le cas il y a quelques années. Et ce, sans aucune frustration. Du coup, tout le monde y gagne ! Les musiciens qui n’ont plus ce besoin de justifier leur changement d’orientation artistique et le public qui sort du concert heureux d’avoir retrouvé son groupe ! Vivement la prochaine…

Photographie Une : Peggy Cremin – Blackstage

 

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