« Contes de l’au-delà » : Shyamalan décrypté

« Contes de l’au-delà » : Shyamalan décrypté

Note de l'auteur

couv-Shyamalan_Pulsio-corrL’histoire : Contes de l’au-delà, le cinéma de M. Night Shyamalan est une étude sur l’oeuvre du cinéaste d’origine indienne depuis Praying with anger à After Earth. Une étude transversale en sept chapitres qui traite de la gestion de l’angoisse, l’idée de vie après la mort, le côté asiatique ou encore de la place de la fable et de la communauté. Une partition écrite à sept mains, par des journalistes, philosophes, tous cinéphiles.

Mon avis : Avant tout, je tiens à dire que je fais partie de ceux qui ont découvert Shyamalan avec Sixième sens, adoré La jeune fille de l’eau, conspué Signes et Le Village, flippé dans Phénomènes. Je ne suis pas pour autant une grande fan du cinéaste même si je le suis toujours avec intérêt, car il possède un vrai style, une patte.

Et ce livre se propose de décrypter cette patte. Sept articles qui portent des regards de façon transversale et permettent d’apprécier les obsessions de l’humain derrière la caméra. Non seulement celle pour la famille, la réalisation par la victoire contre la peur, l’usage des éléments… Il ne s’agit pas de redorer l’image du réalisateur – ses travers sont rapidement abordés, sa présence dans ses films aussi, l’erreur ou presque d’un film comme After Earth (brocardé comme il le faut par notre Dr. No ici) –, mais de comprendre une trajectoire qui semble être montée très haut et descendu dans une spirale sans fin.

Et si c’est une réussite, le livre donne en effet envie de revoir la filmographie de M. Night Shyamalan. C’est surtout une avancée dans les livres sur la théorie du cinéma. On a envie de voir des ouvrages comme celui-ci, qui est un peu court certes, sur tous les grands hommes raconteurs d’histoires. Contes de l’au-delà, c’est la proposition de passer un temps à réfléchir une fois les crédits de fin terminés, d’aller au-delà de l’image et de réfléchir sur les sens donnés à l’écran, à travers le temps et les oeuvres. Parce qu’un artiste se raconte dans toutes ses oeuvres, c’est aussi le cas dans des films de cinéma. Et cela montre qu’en France aussi, nous avons de très bons analystes, auteurs, théoriciens du cinéma.

superm-night-shyamalangiLe livre ne revient pas du tout sur la vie de M. Night Shyamalan. C’est un choix, de ne voir l’homme derrière la caméra qu’à travers celle-ci. Le seul défaut peut-être est que, vu que le livre est un ensemble de sept articles, écrits par sept personnes différentes, il peut arriver quelques redondances, dans les rappels des films, de leurs histoires et de leurs thèmes, surtout si on lit ce livre dans l’ordre de lecture. Il n’est pas non plus obligé d’avoir vu tous ses films car les résumés sont assez bien faits. Par contre… SPOILERS sur toute sa filmographie. You’ve been warned.

Si vous aimez : le cinéma, M. Night Shyamalan (même un seul de ses films), l’analyse de l’image et de la symbolique.

Autour du livre : M. Night Shyamalan, what else ? Ouvrage réalisé sous la direction d’Hugues Derolez, diplômé en psychologie et histoire du cinéma.

18945558Extrait : « Phénomènes, After Earth et Le Dernier Maître de l’air évoquent plus ou moins directement l’hypothèse Gaïa. Très controversée, cette théorie scientifique apparue au début des années 1970 considère la Terre comme un super-organisme capable de se rééquilibrer sous la menace humaine : face à la pollution notamment, la Terre, porteuse d’un souffle vital, réagirait contre les hommes. Cette théorie de l’écologie anglais James Lovelock fait directement écho à un épisode du Mahâbhârata, longue épopée hindoue de plus de 80 000 strophes dans laquelle, lors d’une bataille opposant tous les peuples, la survie de la Terre, personnifiée sous le nom de Bhûni, est en jeu. Pacifique de nature, Bhûmi intervient pourtant lors du conflit en bloquant le char du guerrier le plus arrogant afin de le tuer. C’est ce qui semble arriver dans Phénomènes ; à la télévision, reprenant le champ lexical de l’hypothèse Gaïa et l’idée hindouiste d’une révolte de la planète, les scientifiques parlent d’un « acte de la nature que l’on ne comprendra jamais » ou encore d’un « avertissement, comme une allergie ». L’humanité apparaît comme un virus, un parasite polluant qu’il s’agit de remettre à sa place. Lorsque Zhao, le méchant du Dernier maître de l’air, s’attaque à l’équilibre de la Terre par simple goût du pouvoir, le ciel s’assombrit ; les hommes n’ont plus accès aux esprits, la Lune rougit et la Terre prend toutes les apparences des Enfers. After Earth pourrait être la suite de Phénomènes, dans le cas où les humains n’auraient rien fait pour se réconcilier avec leur planète, provoquant une catastrophe naturelle qui les aurait obligé à s’exiler sur la planète Nova Prime. »

Sortie : le 20 février 2015, aux éditions Vendémiaires, 149 pages, 20 euros.

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