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Les mois d’été sont meurtriers (Coup de chaud, de Raphaël Jacoulot)

Les mois d’été sont meurtriers (Coup de chaud, de Raphaël Jacoulot)

Note de l'auteur
Les bons thrillers français sont trop rares pour qu’on se permette de passer à côté ! Sous ses faux airs de whodunit, Coup de chaud restitue toute la dimension tragique du fait divers en conduisant patiemment pulsions, besoins et désirs à leur inévitable confrontation.

Coup de chaud AFFAu cours d’un de ces étés où la campagne se retrouve écrasée de chaleur, méfiance, rancœurs et haine se cristallisent autour de l’idiot du village. Mais il vaut mieux ne pas trop en dire au sujet d’une intrigue qui n’est pas le premier intérêt d’un film où elle remplit très bien sa fonction de colonne vertébrale. C’est plutôt du côté des personnages que le troisième long métrage de Raphaël Jacoulot, à nouveau écrit avec la scénariste Lise Macheboeuf, bat son plein. Entre les agriculteurs cupides et passionnés, le maire dépassé par les événements, l’artisan trop citadin pour trouver sa place, la gentille petite vieille pleine de sagesse et les petits cons qui s’emmerdent, il y a Josef, ixième fils d’une famille de ferrailleurs plus ou moins marginalisée. Il est brave, Josef, débonnaire et affectif, mais il n’a pas tous ses neurones. Incontrôlable, il peut aussi faire peur, surtout maintenant qu’il en pince pour une fille avec laquelle il n’a aucune chance.

 

Un village français

Ainsi dépeint, ce village ressemble à ceux de pas mal de fictions lambda et, la canicule aidant, on se souvient d’autres étés, meurtriers ou en pente douce, il y a une éternité. Mais on est ici très loin du romanesque déployé par le tandem Japrisot-Becker ou des stéréotypes de Gérard Krawczyk. S’ils ont tous leur part de responsabilité dans l’écheveau qui piège peu à peu le bouc émissaire, les personnages de Coup de chaud ne sont pas qu’une fonction. Leurs passions, matérialistes ou idéalistes, plaident l’indulgence : peut-on accuser l’un ou l’autre alors que chacun n’est qu’un rouage d’une machine qui le dépasse ? Une machine vivante, humaine et assoiffée, que seul le fait divers pourra rassasier.

 

Du noir en pleine lumièreCoup de chaud PIC2

Ni reproches, ni angélisme, le risque de tenir un point de vue neutre est d’aboutir à un film trop mécanique, n’est pas Haneke qui veut. Coup de chaud évite à peu près cet écueil en restant lucide sans pour autant déresponsabiliser. Et si la description de ce petit monde semble un peu clichée, c’est sûrement parce que ce village du Sud-Ouest ressemble à n’importe quel autre village, Jacoulot croquant sans folklore ce décor anonyme pour souligner la banalité du mal qu’il abrite. Moins appliquée que dans Barrage (2006), moins oppressée par son scénario que dans Avant l’aube (2011), sa caméra est aussi plus humaine, évoquant le Bruno Dumont de Flandres ou de P’tit Quinquin dans sa manière d’élaborer un plan intense à partir d’un motif vulgaire, d’élever l’ordinaire par le cadre et la lumière.

Quatre à cinq ans entre chaque film, soit Raphaël Jacoulot prend son temps, soit il n’a pas d’autre choix. Ça lui réussit puisqu’il s’améliore d’un film à l’autre mais le genre – thriller, film noir, polar, appelle ça comme tu veux – étant ce qu’il est en France, ce serait quand même pas mal d’avoir de ses nouvelles un peu plus souvent !

 

Coup de chaud, de Raphaël Jacoulot (1h58). Avec Jean-Pierre Darroussin, Grégory Gadebois, Karim Leklou, Carole Franck…

Sortie salles le 12 août 2015.

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