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Mini Music Review : Cradle of Filth – Hammer of the Witches (Nuclear Blast Records)

Mini Music Review : Cradle of Filth – Hammer of the Witches (Nuclear Blast Records)

Note de l'auteur

Dans la famille des groupes dont nous n’attendions plus grand chose, il y avait Marilyn Manson, Paradise Lost… et (un peu) Cradle of Filth. 2015, année des grandes résurrections ? Il semblerait. Le groupe anglais nous revient avec un tout nouveau line up et gonflé de bonnes intentions. Le résultat demeure perfectible mais le Berceau de la Pourriture semble tourner le dos à la lumière au bout du tunnel.

La notion de groupe dans Cradle of Filth a toujours souffert d’une géométrie variable. Il y a Dani et les autres. Des autres qui changent régulièrement. Mais des autres indispensables à l’entité Cradle of Filth comme Dani n’a rien de l’homme-orchestre. Et ces « autres », à force de jouer aux chaises musicales ont fini par plonger l’inspiration du groupe dans une impasse. Un Darkly, Darkly, Venus Aversa anecdotique (la capacité de cet album à ne laisser aucune emprunte, aucune trace, est formidable) et surtout Manticore and the Other Horrors, sommet d’embarras et parfait diptyque avec leur projet synthético-symphonique Midnight in the Labyrinth comme illustration d’une direction qui manque cruellement d’un capitaine et d’un cap. Devant un problème, a priori, insoluble, Cradle of Filth imagine une solution alexandrenne et tranche le nœud. Exit guitaristes (dont l’inusable Paul Allender), claviériste, chanteuse… Et place à de la chair fraîche. De nouveaux autres, qui entendent bien donner du sens à la bande à Dani.

1000x1000Il semble qu’il faudra chercher la thématique générale du côté de l’Allemagne. Que ce soit la référence directe au Malleus Maleficarum (traité de dominicains allemands durant l’inquisition), l’introduction qui évoque la Nuit de Walpurgis (fête païenne de l’ancienne Germanie) ou encore la référence au crépuscule des dieux (Götterdämmerung), dernier des quatre opéras que constitue le Der Ring des Nibelungen de Richard Wagner, la nouvelle pièce (plus ou moins) conceptuelle des anglais visite la mythologie des terres teutonnes (et nordiques). L’Allemagne pour le lieu, la gente féminine en point de focale. La femme au(x) pouvoir(s). C’est ce que semble indiquer le titre de l’album. Comme une réponse au Malleus Maleficarum, Cradle of Filth remet le marteau dans les mains des intéressées. Quand il faut taper sur la fonction cléricale, les anglais répondent toujours présents. Et quel meilleur outil sinon la masse ? Dani, le gnome diabolique, aime retourner les grandes figures/icônes/récits théogoniques dans ses textes afin de les éclairer par un point de vue opposé, dévié et intéressé. Les sorcières passent de victimes à bourreaux dans une lecture, forcément, gothico-folklorique. Les femmes ont souvent habillé les concepts des anglais, de Erzebeth Bathory (Cruelty & the Beast) à Lillith (Darkly, Darkly, Venus Aversa), quoi de plus normal que de mettre en musique ces armides.

Entre les nouveaux autres et les thématiques familières, entre la nouveauté et les traditions, comment allait s’exprimer Hammer of the Witches ? Les guitares semblent prendre les commandes et mener la barque. Malgré le début un peu trompeur de Yours Immortality où six cordes et clavier partagent l’affiche, ces derniers sont les grands sacrifiés de cet album… sans que ce soit un drame. Comprendre, Hammer of the Witches réussit là où Nymphetamine s’était planté dans les grandes largeurs : ne pas ressentir l’effet du vide. Après l’emphatique Damnation and a Day et ses arrangements symphoniques imposants, le sixième album sonnait bien creux comme si l’ingé-son avait oublié de mixer les claviers. Ashok et Rich Shaw en se montant régulièrement l’un contre l’autre dans une lutte homérique de riff black’n heavy parviennent à combler le manque. Et Lindsay Schoolcraft ne jouant pas tout à fait dans la même catégorie qu’un Lecter ou un Martin Foul, sa relégation en arrière-plan s’avérera un mal pour un bien.

La grande star de l’album, le pourfendeur de l’inquisition, possède un manche et six cordes. Entre tremolos diaboliques, soli percutants et riffs heavy, le spectre est large sans jamais sombrer dans la démonstration. Dani lui-même leur laisse parfois la lumière pour offrir des breaks musicaux dignes de Dusk and Her Embrace. Depuis Midian, Cradle n’avait jamais sonné aussi brutal, thrashy et catchy à la fois. On se prend à rêver d’un groupe qui pourrait tutoyer à nouveau les sommets mais l’on retrouve par moment la réalité comme sur Right Wing of the Garden Triptych où les anglais retrouvent de mauvaises habitudes. Le virus n’est pas éradiqué, il plie sous le poids de formidables morceaux comme Deflowering the Maidenhead, Displeasuring the Goddess ou Blackest Magick in Practice et son riff entêtant et ses parties de guitares à couper le souffle. Ce dernier résume bien un album qui marche parfois sur un fil et manque de peu de tomber. Les titres plus faibles (The Vampyre at my Side, Hammer of the Witches) posent toujours problèmes dans leur attitude un peu désarticulé où de belles idées côtoient le gouffre de l’ennui.

Cela commence à sonner comme une vieille rengaine cette année : était-il possible d’imaginer les anglais aussi haut ? Si Hammer of the Witches n’est pas parfait (trop long et irrégulier), il offre de quoi se satisfaire d’un nouveau line up qui ne semble pas là pour enfiler des perles. Non, le chapelet devrait exploser si Dani parvient à stabiliser sa formule actuelle. En attendant, il est inutile d’écouter ce nouvel opus couvert de honte à l’idée de passer pour un vieux nostalgique. Cradle of Filth a enlevé sa muselière et entend hurler au monde, dans un cri de cochon égorgé, qu’ils sont de retour.

Cradle of Filth – Hammer of the Witches (Nuclear Blast Records), sorti le 10 juillet 2015.

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