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#Critique 115° vers l’épouvante : un coup de maître(s)

#Critique 115° vers l’épouvante : un coup de maître(s)

Note de l'auteur

Pur plaisir de lecture, ce roman d’aventure fantastique invoque Clark Ashton Smith, H.P. Lovecraft, G.K. Chesterton et J.-H. Rosny aîné, ainsi que les mânes de Jean Ray et d’Edgar Poe, pour un récit échevelé et passionnant qui inaugure la nouvelle collection « Les Saisons de l’étrange ».

L’histoire : De mi-mai à mi-juin 1925, une équipe d’aventuriers, complétée par le père Brown et le jeune Billy Babbridge, lutte contre les séides de Tsathoggua afin de les empêcher de réveiller l’entité aux atours de crapaud velu gigantesque. L’aventure les emmènera de l’Irlande jusque dans l’océan Indien, le long de cette étrange diagonale de 115°.

Mon avis : Premier roman d’une nouvelle collection des Moutons électriques, baptisée « Les Saisons de l’étrange », et premier coup de maître de Lazare Guillemot. On pourrait aussi écrire « coup de maîtres », tant l’auteur y multiplie, avec gourmandise et talent, les références aux grands auteurs de la littérature de l’imaginaire : Clark Ashton Smith et Howard Philips Lovecraft (Tsathoggua, créé par Smith, et la langue interdite de Cthulhu, notamment), G.K. Chesterton (le père Brown) et J.-H. Rosny aîné (l’aventurier américain Hareton Ironcastle, sa fille Muriel et son neveu Sidney).

Un cocktail détonant que complètent des éléments repris d’une mythologie plus classique (dieux celtiques, rois et géants mythiques, mégalithes escamotées) et de la religion catholique (l’archange Michael). Et, surtout, un cocktail dosé avec art et électrisé par une narration inspirée et pleine de souffle.

Une dynamique transversale en quelque sorte incarnée par l’azimut de 115°, qui relie l’île de Skellig Michael au large de l’Irlande, le Mont-Saint-Michel, Imperia sur la Riviera italienne, la vallée des Lions en Basse-Nubie, et au-delà. La voie était toute tracée pour une course contre la montre, émaillée de découvertes, de combats contre des créatures inédites (poissons-gorilles, méduses-visages, et ces étranges oiseaux blanchâtres qui poussent de lugubres « Tekeli-li ! », rappelant Edgar Allan Poe et Lovecraft).

Le tirage de tête de « 115° vers l’épouvante »

Le procédé de « mécanisme mythique » à l’œuvre dans ce roman est d’ailleurs parfaitement exprimé par l’un de ses personnages, le père Brown (lire l’extrait ci-après). L’ecclésiastique, qui forme un duo par la force des choses avec le jeune Billy, n’est d’ailleurs pas tout à fait sans rappeler Harry Dickson flanqué de son fidèle second, Tom Wills, des romans de Jean Ray. Il me semble même que le fantôme de l’écrivain belge, auteur de romans fantastiques magnifiques et de nouvelles passionnantes, plane sur ce livre. Et ce n’est pas, pour moi, le moindre des compliments.

L’extrait : « « (…) Alors, après avoir vu cette ombre, je me demande… Et si une espèce de ‘mécanisme mythique’ était à l’œuvre ? Comme une réponse que ce pays tout entier, arbres, rivières, rochers compris, apporterait à ces événements ? Une réaction que ses anciens habitants auraient déjà observée, et qui serait à l’origine de la légende du Roi Corbeau ? » Il leva les yeux au ciel. « Je vous assure que tout ce que mon esprit a de rationnel regimbe à ce que mes lèvres articulent ces paroles. Tout de même, la coïncidence me semble… ahurissante. J’effleure du doigt un glyphe certes peu connu, mais désigné depuis le Moyen Âge comme ‘le Sceau du Géant’, dans une salle où la tradition locale ‘loge’ l’un de ces êtres fabuleux… Et, presque aussitôt, l’ombre de quelque chose qui ressemble assez à l’idée que nous pourrions nous faire d’un colosse des temps anciens se manifeste. » »

115° vers l’épouvante
Écrit par Lazare Guillemot
Édité par Les Moutons électriques

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