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Ce n’est qu’un au revoir (Analyse critique du 3.13 de Agents of S.H.I.E.L.D.)

Ce n’est qu’un au revoir (Analyse critique du 3.13 de Agents of S.H.I.E.L.D.)

Note de l'auteur

Cet article contient des spoilers

Avec grande émotion, Agents of S.H.I.E.L.D. a su marquer au fer rouge les esprits lors de son épisode intitulé « Parting Shot ». En consacrant son récit à emmener deux des agents les plus appréciés de la série à faire leurs adieux, cette dernière voit sa physionomie être amputée. Retour sur une sortie en grande pompe, aux allures de business plan sur le long terme.

On le redoutait, on le pressentait, mais nous n’imaginions pas l’événement arriver aussi vite. L’équipe de Phil Coulson vient de perdre deux de ses membres les plus appréciés : Bobbi Morse et Lance Hunter. Un coup de tonnerre face à cette découverte, mais somme toute modéré il faut bien l’admettre. Un an auparavant, la chaîne ABC prévoyait en effet une destinée déjà bien précise pour les deux ex-mariés, afin qu’ils puissent convoler librement vers leurs propres aventures en les préparant pour un spin-off à venir intitulé Marvel’s Most Wanted. Avant de revenir sur leur chant du cygne au sein de Agents of S.H.I.E.L.D., spéculons d’abord sur ce projet futur qui laisse songeur, tant au niveau stratégique que créatif.

Depuis ses débuts dans l’univers partagé Marvel, le M.C.U., la chaîne ABC se conforte dans une direction unique, celle de la série d’espionnage. Au travers des séries Agent Carter ou Agents of S.H.I.E.L.D., les audiences de ces dernières peinent encore à convaincre. La première est quasi au bord de l’annulation après des scores en chute libre durant sa seconde saison. Quant à la deuxième, elle draine depuis l’ouverture de sa troisième saison en septembre quelques 4,9 millions de fidèles mais continue inexorablement sa dégringolade pour se retrouver en dessous de la barre de 2,8 millions depuis la semaine dernière. Une chute drastique qui, malgré tout, n’empêche pas Agents of S.H.I.E.L.D. d’obtenir une quatrième saison, galvanisée par des audiences boostées en replay et des résultats très corrects sur les 18 – 49 ans, sans compter l’apport de la fructueuse syndication* dont elle pourrait bénéficier à terme. ABC croit donc suffisamment dans ce que génère la fanbase de Phil Coulson et ses agents pour se permettre de se délester de son attachant duo d’espions en les réintroduisant dans une série analogue.

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On comprend évidemment l’intérêt pour ABC de procéder de cette façon. L’intronisation tardive de ce « buddy tv » providentiel dans la seconde saison de Agents of S.H.I.E.L.Dcréa en effet une connivence surprenante avec les téléspectateurs. Si Bobbi Morse prodiguait déjà une certaine attente, étant une figure bien connue des comics sous le sobriquet de Mockingbird, la vraie surprise vint surtout de Lance Hunter (Nick Blood). Individu de 4 ème plan dans sa version papier, le mercenaire bénéficie ici d’un traitement d’un tout autre niveau. Trublion de service au verbe facile, à mi-chemin entre l’opportuniste et le loser, l’ex-agent du S.A.S. apporta un vent de fraîcheur bienvenu au sein de la série grâce à son humour grinçant en toutes situations. Hunter n’a cessé de gagner une sympathie grandissante auprès du public depuis sa première apparition. D’un postulat négatif à ses débuts, l’individu a beaucoup évolué depuis. Son rapprochement difficile avec son ex-femme Bobbi Morse (Adrianne Palicki) lui procurait en plus une sympathie certaine, tant le pauvre homme s’est vu maintes fois manipulé par cette dernière, même si ce fut pour de bonnes raisons. Quoi qu’il en soit, ce duo à la Mr. and Mrs. Smith fonctionne à l’écran avec une efficacité indéniable, se détachant de l’équipe du shield grâce à une dynamique plaisante. Mettre donc sur le devant de la scène ce duo contrasté semble être un potentiel certain pour ABC.

Cette séparation du groupe va aussi permettre de résoudre un autre problème qu’Agents of Shield commencait à rencontrer au fil de cette troisième saison : un surplus de personnages. Cette année s’articulant autour de la création d’une équipe à venir au sein même du Shield, les Secrets Warriors, la série n’en finit plus de cumuler les nouvelles têtes qui viendront servir de renforts le cas échéant. Elle ne pouvait que tendre vers cette échappée belle pour Bobbi et Hunter, ne pouvant risquer l’encombrement d’individus dans un tel récit chorale. Marvel’s Most Wanted devient finalement la solution pour résoudre cette difficulté en ôtant deux membres importants de l’équipe sans les perdre définitivement. Dès lors, il ne reste plus qu’au spin-off d’obtenir un planning adéquat, en évitant de rentrer en concurrence avec les maigres audiences d’Agents of S.H.I.E.L.D. La solution semble d’ores et déjà toute trouvée.

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Quoi de mieux alors que de remplacer une série à l’audimat fébrile par une fiction aux protagonistes appréciés et soutenus par le public ? Comme dit plus haut, Agent Carter, l’autre série estampillée espionnage de la chaîne, va mal, justement. D’habitude programmée en plein hiatus de Agents of S.H.I.E.L.D., soit de janvier à février, il est fort possible que Most Wanted vienne combler le manque laissé par l’espionne en talons dès le début de l’année 2017. Sans compter que l’actrice principale, Hayley Atwell, a signé il y a peu pour le rôle principal d’un nouveau pilote… sur ABC.

Néanmoins, on peut aussi se faire l’avocat du diable et imaginer qu’ABC se tire une balle dans le pied. Après tout, on accepte rarement de voir les personnages que l’on aime quitter notre série fétiche. Voir Angel vivre loin de Buffy Summers et de Sunnydale fut assez difficile à accepter, qui plus est pour un résultat pas tout le temps heureux. Le risque est donc grand que la série se voit coupée d’une part de son adn, et donc d’une partie de son identité. Ensuite, l’incompréhension demeure quand la chaîne insiste à rester dans le domaine de l’espionnage au vu des piètres résultats d’Agents of S.H.I.E.L.D. et d’Agent Carter. Le catalogue Marvel contient un catalogue riche de plus de 7500 personnages ! On s’étonne encore que ABC ne désire pas exploiter de manière plus ambitieuse un tel vivier, pendant que Netflix entasse les succès de son côté en valorisant pleinement Daredevil ou Jessica Jones. L’ironie veut d’ailleurs que le synopsis de Marvel’s Most Wanted orientera Bobbi et Hunter sur un terrain de jeu similaire à la saison 2 de Agents of S.H.I.E.L.D. , où ils étaient déjà pourchassés puisqu’appartenant à un S.H.I.E.L.D. désavoué par l’état américain depuis Captain America Le Soldat de l’hiver. La tâche risque d’être ardue pour rendre les pérégrinations du couple passionnantes dans leur propre univers. Bien sûr, nous apprendrons à mieux les connaître, à découvrir leurs passés respectifs. En cela, la caractérisation des ex-agents devra être exemplaire. Mais vu de loin, on imagine pour l’instant le projet plutôt chiche dans l’intention.

 

LE CHANT DU CYGNE DE BOBBI ET HUNTER

 

Mais revenons à l’épisode en question. Si nous étions au courant que Bobbi et Hunter devaient nous quitter par obligation, nous imaginions assez mal comment, de manière décente et intelligente, Agents of S.H.I.E.L.D. allait organiser le départ des deux espions. Pourtant, nous devrions commencer à en avoir l’habitude : l’équipe de Jed Whedon sait gérer ses effets d’annonce, encore plus lorsqu’il s’agit de préparer la sortie de ses personnages. Au travers d’un récit évidemment centré sur ces derniers, nous comprenons à demi-mot qu’ils ne peuvent vivre l’un sans l’autre. Mais pour le salut de leur couple qui fut en proie à tellement de crises, ils ne peuvent aussi rester indéfiniment au sein du SH.I.E.L.D. Leur relation est devenu si précieuse au fil du temps qu’elle importe plus que tout. Si pourtant ils forment un tandem antinomique au possible, ce dernier demeure incroyablement fonctionnel. Opposés et complémentaires, âmes sœurs et âmes damnées, mariés puis divorcés…  Bobbi et Hunter se reposent sur leur capacité à croire en l’autre avant tout, malgré les traîtrises nécessaires de l’une par le passé et l’appât du gain (très variable) pour l’autre. Comme le signifie à juste titre l’interrogateur russe pour les faire craquer : « Votre point faible, c’est l’autre ! ». Certes, mais dans sa diatribe, il néglige aussi une évidence : L’autre est entretemps devenu leur point fort. Indissociables, inséparables, après avoir traversé ensemble les pires épreuves, tous deux forment donc un bloc indestructible.

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C’est donc logiquement que la construction du récit se dessine de manière irrémédiable pour leur départ. Condamnés à se sacrifier afin d’éviter une crise diplomatique entre les USA et la Russie, Bobbi et Hunter agissent alors de concert pour résoudre les complications de leur ingérence en Sibérie. C’est donc une fois de plus par leur décision commune qu’ils prendront la lourde décision de quitter définitivement l’agence en se désavouant. Ce choix révèle aussi leur volonté de protéger le SH.I.E.L.D., qui n’a toujours pas d’existence officielle et doit éviter d’être exposé à tout prix. Ils devront donc tout quitter,  tout abandonner, sans se retourner… une fois de plus ensemble.

Une idée grandiose. L’identité d’Agents of S.H.I.E.L.D s’appuie d’abord sur la complicité de ses personnages, de leur unité. Il aurait été ridicule de créer une situation conflictuelle avec les membres de l’équipe pour provoquer leur départ. La série doit alors trouver un moyen crédible et définitif pour les empêcher de revenir ou de contacter Coulson en cas de problèmes, pour qu’ils puissent désormais exister par eux-mêmes. Avec sensibilité et justesse, Agents of S.H.I.E.L.D. propose un moment de grâce dans ses adieux. Dans un silence contenu, d’échanges de regards prudents, les membres de l’équipe, dans une retenue déchirante, trinqueront une dernière fois ensemble. La pudeur des sentiments, qui abritent l’amitié de l’équipe à bonne distance, volent en éclat. Les larmes de Bobbi deviennent alors les nôtres. Le summum de l’émotion culmine alors quand Mack, puis Coulson ferment la danse et quittent la scène. Définitivement, Agents of S.H.I.E.L.D signe ici l’un de ces plus beaux moments, ce qu’elle a de meilleur à offrir dans la caractérisation de ses protagonistes. Je ne peux d’ailleurs réprimer l’envie de vous faire partager à nouveau la séquence de ces adieux déchirants. Chapeau bas les artistes ! Salute !

Bobbi Morse et Lance Hunter s’en sont allés. Passé l’amertume de leur départ, nous devons, à l’instar des Agents du S.H.I.E.L.D., continuer à avancer en leur absence. La série se retrouve désormais amputée d’une partie importante de son A.D.N., au moment où la connivence de ses membres demeurait la plus solide. Le retour de Ward version inhumaine et les prémices d’une division à venir au sein de l’équipe durant Captain America Civil War, mettront sans nul doute à rude épreuve la cohésion de l’équipe de Phil Coulson…

  • Syndication : Terme utilisé pour vendre un programme à des chaînes du câble et du satellite ou dans des stations locales indépendantes. Il s’agit d’une sorte de second marché qui achète les séries ayant déjà atteint les 100 épisodes et les diffuse du lundi au vendredi pendant une saison entière. (Cf Les Miroirs de la Vie de Martin Winckler)

 

Marvel’s Agents of S.H.I.E.L.D. Saison 3 épisode 13  « Parting Shot  »

Écrit par : Paul Zbyszewski

Avec Clark Gregg, Ming-Na Wen, Brett Dalton, Chloe Bennet, Iain De Caestecker, Elizabeth Henstridge, Nick Blood, Adrianne Palicki, Henry Simmons, Luke Mitchell

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