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Le retour en grâce de Agents of S.H.I.E.L.D. (Critique de la saison 2)

Le retour en grâce de Agents of S.H.I.E.L.D. (Critique de la saison 2)

Note de l'auteur

Boudée par une grande majorité des téléspectateurs, la première vitrine télévisuelle de Marvel n’a guère émerveillé les foules depuis ses débuts, chutant de manière vertigineuse depuis la diffusion de son pilote. Même lors de son très bon cross-over, juxtaposant alors la série à l’excellent Captain America Le Soldat de l’hiver, rien n’y fait. La sauce ne prend décidément pas. D’oripeaux narratifs encore salis durant cette première saison, c’est donc sans surprise que Coulson et ses agents se sont vus accueillis plutôt froidement par le public lors de sa reprise. Pourtant, le nouveau départ du show semblait cette fois-ci plus prometteur et confirme ce sentiment un peu plus tard par une teneur de la même mesure. AOS laissait entrevoir en effet qu’elle était capable d’exister par elle-même, et plus important encore, pour elle-même. Mais a-t-elle pu capitaliser son potentiel latent en une force narrative véritable lors du reste de l’année ? Indéniablement, oui. Et avec un talent certain qui plus est, qui repose presque totalement sur ses protagonistes et sur la dynamique qui en découle. Quoi de plus normal alors que de revenir sur chacun d’entre eux pour bien attester de cette volonté ?

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Des agents qui ont enfin de l’envergure

Dès sa première saison, la caractérisation de l’ensemble du cast a été une gageure catastrophique pour Agents of SHIELD. Quand bien même deux/trois idées vite expédiées suscitaient un quelconque intérêt dans l’intrigue, nous nous ennuyions ferme. La faute à notre manque d’empathie pour des protagonistes falots, sans envergure et qui peinent à nous emmener dans leurs aventures. Bref, passé la nostalgie de retrouver le défunt et ubër cool Phil Coulson, c’est la morne plaine narrative. Néanmoins, la trahison de Ward durant le dernier tiers de la saison a su déclencher une ruade suffisamment violente pour que commencent à craqueler ces portraits vitrifiés de clichés.

Tandem brisé

Quel-avenir-pour-Fitz-et-Simmons_portrait_w322Prenons le cas de Fitz/Simmons par exemple. Leur patronyme, accolé au coude à coude dans la saison 1, ne laisse aucun doute : ils sont tous deux une seule et même personne. Ils ne peuvent exister correctement en tant que personnages au-delà de leur modus operandi. Séparés violemment en début de saison 2, après la tentative d’assassinat avortée de Ward, le constat est dès lors évident : c’est bien la meilleure chose qui pouvait leur arriver ! Cela commence tout simplement par leurs nouveaux rapports. 

Quasiment en osmose permanente auparavant, leurs retrouvailles après des mois de séparation creuseront un peu plus le fossé après leur échappée belle. Ne serait-ce que dans le simple fait de s’exprimer l’un envers l’autre, la problématique pour l’ancien tandem est complexe car double. Si le trauma de Léo Fitz implique pour lui des difficultés d’élocution et d’adaptation, quand il ne perd pas pied avec la réalité, il se trouve dès lors amplifié par la gêne de Jenna Simmons quand ce dernier, pensant qu’il allait mourir, lui a avoué ses sentiments. Tous deux ne pouvant plus être liés comme auparavant, ils apprennent dès lors à devenir eux-mêmes. Chacun de leurs côtés, ils confrontent leurs points de vue : si Fitz comprend, à juste titre, Skye sur sa différence, Simmons, elle, la rejette pour des raisons logiques au vu des conditions qui ont entraîné la mort de l’agent Triplett. Tous deux assument aussi leurs décisions séparément (Simmons intègre le SHIELD 2.0, ce que Fitz refuse) pour finalement mieux se retrouver (Simmons ébauche une tentative de rapprochement affectif) pour finir sur un cliffhanger de dernière minute absolument sadique pour les deux personnages en les « séparant » une nouvelle fois. On notera aussi les multiples angles d’approches des scénaristes sur Fitz. Alternant un temps la schizophrénie et la lucidité, le scientifique est dorénavant capable d’un aplomb certain, voire même d’être sympathiquement badass. Le nerd gentillet s’est vu devenir un beau personnage, attachant, pourvu désormais d’une sacrée force de caractère, tel son fabuleux et génial « Science Biatch! » placé dans la meilleure des circonstances.

Des transfuges peu coopératifs

Dans un tout autre aspect du traitement, la série s’en sort très bien aussi avec l’ajout de nouveaux visages au sein de la team. Qu’en est-il donc des renforts qui ont intégré l’équipe cette saison ?

latestHunter, mercenaire à la langue bien pendue, ne croit plus au SHIELD depuis la révélation de l’HYDRA en son sein. Perdant son ancienne leader et n’ayant d’autre refuge que de rejoindre l’équipe de Coulson, l’homme se montre sans vergogne envers quiconque, excepté lui-même. Seulement, sous ses airs mercantiles et sarcastiques, l’ancien lieutenant du SAS change. Quand le général Talbot essaie de le corrompre pour qu’il vende ses coéquipiers, il refusera son offre, inspiré par la loyauté indéfectible de Coulson. De même, s’il a l’occasion de quitter définitivement le SHIELD, il s’y résoudra pour ne pas quitter son ex-femme. Et même si cette dernière le « trahira » une nouvelle fois, c’est sans réfléchir une seule seconde qu’il ira à son secours malgré tout.

2Pour Mack, c’est l’inverse. Ingénieur paisible puis protecteur et ami de Fitz, sa « possession » par un artefact alien le rendra plus véhément à tout ce qui s’y rapporte. C’est donc avec grande méfiance qu’il côtoie Skye et Coulson par la suite, eux-mêmes impliqués dans tout ce qui touche aux extraterrestres. Agent double pour le « véritable » SHIELD, il finira par accepter, très difficilement, le bien fondé de ses derniers et ce, quasiment jusqu’à la fin. A l’inverse de la saison précédente, la mise en place de ces deux nouveaux personnages fut agréablement nivelée par le haut dans leur construction respective. Si Captain America the Winter Soldier amenait un tragique nécessaire dans la série, Agents of SHIELD prouve bien qu’en définitive, elle n’a pas besoin du soutien d’une quelconque franchise pour créer de bons protagonistes dès le départ.

Girl power

Autre registre important, déjà bien lancé avec Agent Carter en mid-season : la part belle faite à la gent féminine. Comme si Jed Whedon appliquait à la lettre la réponse aux frustrations permanentes de son frangin Joss, les héroïnes du show ont gagné énormément en personnalité. Le terreau scénaristique peu généreux de l’année passée à leur encontre a enfin pu faire éclore de belles plantes narratives, arrachant définitivement leur superficialité telle une mauvaise herbe omniprésente.

C’est donc avMING-NA WENec émoi que l’on découvre une May bien différente de l’espionne badass que nous connaissions. Lumineuse autrefois, sa vie a basculé tragiquement le jour où elle est devenue la fameuse « cavalerie ». Un surnom haï par cette dernière comme chacun sait, dont on saisit toute la portée maintenant et ce qu’il évoque tragiquement pour elle. Ce sont aussi ses soupçons envers Coulson qui saborderont aussi sa loyauté envers lui, en rejoignant un temps l’autre SHIELD et qui l’amènera a combattre Skye. Mais c’est aussi la gentillesse et la douceur de Simmons qui se voient bousculés. Privé de son alter ego qu’est Fitz, la scientifique n’hésite plus à se rendre sur le terrain, à prendre en défaut ses coéquipiers, voire à carrément préméditer un meurtre si nécessaire.

url2Et si Bobbi Morse joue les oiseaux moqueurs avec délectation à l’écran, son rôle continue néanmoins de s’étoffer grandement au cours de l’intrigue. Passant d’agent double à celui d’agent triple, d’experte en combat rapproché à celui de victime traumatisée qui veut quitter le SHIELD, l’espionne possède en effet un bien beau panel de facettes pour un personnage tout juste naissant. Chance que n’avait pas eu Skye concomitant stéréotypes très irritants dès le pilote. Mais heureusement, le cocon superficiel de la protégée de Coulson à pu enfin atteindre le stade d’une chrysalide nécessaire et salvatrice pour le public.

 Inhumaine(s)

urlUne jeune femme plus dure, plus forte et mieux entraînée dès le début de la saison. C’est ainsi que Skye réapparaît après les événements qui l’ont mis au pied du mur. Un changement drastique et somme toute logique après que son bien aimé se révèle être un membre d’HYDRA. Une blessure profonde entache donc la jeune femme, lui ouvrant dès lors une caractérisation plus mature et une personnalité plus forte. Et les scénaristes ne se sont pas arrêter là, en relançant son intérêt de manière plus conséquente, en ouvrant une bonne fois pour toutes les portes de ses origines, tout en la dotant d’une évolution supplémentaire. Skye est désormais une inhumaine, une création d’un peuple extraterrestre nommé Kree (que l’on rencontre la première fois au sein du MCU dans Les Gardiens de la galaxie). Obtenant des facultés psycho-sismiques qu’elle ne maîtrise pas, la série aura d’emblée le bon goût d’éviter l’écueil de la transformer bêtement en un simple personnage à pouvoirs. Au contraire, Skye va découvrir tout un peuple dans lequel elle peut enfin être elle-même, un endroit où les gens cesseront de la craindre. Un lieu aussi, qui mettra à mal sa loyauté envers le SHIELD, puisque elle se retrouve divisée entre deux mondes.

Loin de s’arrêter là, Agents of SHIELD va continuer d’élaborer Skye encore d’avantage. Redécouvrant un père foncièrement aimant, une mère qu’elle croyait morte puis retrouvant enfin sa véritable identité, la « rookie » ne cesse de croître avec ampleur au fur et à mesure de cette saison. Un quasi miracle au vu des tares calamiteuses que la demoiselle trimbalait depuis bien trop d’épisodes l’année précédente. Cerise sur le gâteau, en utilisant un vecteur officieux comme celui des X-men (les inhumains sont désormais les mutants du MCU), la série continue d’apporter de la manne au personnage, la transformant en pivot véritable du show. Dès lors, Agents of SHIELD va développer un nouvel univers sur les nombreux inhumains que nous découvrirons bientôt, avec Skye comme point d’entrée ainsi que la préparation future pour le film éponyme qui paraîtra en 2019. Que de chemin parcouru depuis la hackeuse sarcastique et agaçante débarquée dans le pilote, devenu dès à présent un agent de terrain opiniâtre, décidé et pleine de ressources !

agents-of-shieldPetite aparté nécessaire car il serait fâcheux d’oublier Raina. De la jolie jeune femme machiavélique et sans pitié que l’on connaît depuis ses débuts, elle finira par devenir honnête et sincère dès lors qu’elle comprendra et acceptera sa nature d’inhumaine, contrastant avec son apparence physique assez effrayante. Un paradoxe sous la forme d’une inversion de ses propres valeurs en quelque sorte. Et c’est d’ailleurs par sa propre mort, qu’elle-même avait pressentie, qu’elle dévoilera à Skye les véritables intentions de sa mère, amenant une bien belle rédemption pour l’ancienne criminelle à l’arrivée. Ce qui ne sera pas le cas pour tout le monde…

Le cas Ward

sky-et-ward-dans-agents-of-shield-saison-2Nous nous étions déjà attardés sur l’excellent traitement de l’ex-agent du SHIELD auparavant. Depuis, l’individu n’a cessé lui aussi de devenir chaque fois plus abouti, en jouant les grands écarts entre les deux camps. Il est donc intéressant de revenir sur ce qui le motive au sein de l’intrigue.

Hormis Skye, Ward se trouve être le personnage le plus travaillé depuis les débuts du show. Au travers de lui, nous avons eu accès à la quasi totalité de ce qu’il constitue en tant que personnage : son passé, sa famille, son enfance, ses errements, et ses choix. Ayant eu une fidélité sans pareil pour son mentor, unique référence proche à lui donner une direction véritable dans sa vie, l’agent double n’est pourtant habité que par une seule chose : être aimé. Délaissant la volonté de John Garrett tout en lui étant resté fidèle jusqu’au bout, Ward, devenu captif du SHIELD, joue la carte de la coopération. Un seul et unique leitmotiv à cette détention volontaire : Skye.

latest2S’évadant un temps pour assassiner son frère et ses parents, qu’il juge responsable de la direction qu’à prise sa vie, il ne réintégrera Hydra que pour mieux aider celle qu’il aime de l’intérieur, même si cette dernière ne convoite que de l’abattre à la moindre occasion. Ce qu’elle fera. Comprenant alors qu’il a perdu définitivement Skye, Ward se trouve alors une véritable âme sœur, une jeune femme ex-agent du SHIELD, avec laquelle il s’enfuira. Et si, de prime abord, il cherche alors la rédemption véritable auprès de son équipe, ce n’est que pour mieux capturer Bobbi Morse afin de prouver à sa dulcinée ce qu’il est prêt à faire pour elle. L’amour, encore et toujours, est bien la seule volonté qui anime Ward. Et c’est en tuant sa nouvelle compagne par mégarde, dans un piège savamment créé de toutes pièces par May, qu’il franchira pour de bon l’ultime ligne qui pouvait encore le retenir d’être du bon côté. L’homme n’a définitivement plus rien à perdre. Il est prêt à aller jusqu’au bout et juste pour lui-même. C’est là tout l’intérêt de Ward dans son entier. D’un statut globalement positif ressortant de la saison 1, puis neutre dans la saison 2, sa direction foncièrement négative consacrera à faire de lui un antagoniste de tout premier ordre dans la saison 3. Voilà un personnage complet, qui a gagné ses galons de méchant véritable grâce à un processus de maturation intelligemment calibré. Il est fin prêt pour affronter définitivement ses anciens camarades du SHIELD, puisque lui-même sera à la tête d’une équipe. Et en tant que leader, il se trouve en mesure pour en découdre d’égal à égal avec son ancien boss, Phil Coulson, ni plus ni moins que le phare de toute la série.

Au commencement était Coulson

AgentCoulsonIsDown-Avengers3A l’instar d’Agent Carter durant les années 50, Phil Coulson symbolise la boussole du MCU dans sa partie moderne. De personnage-témoin dans la phase 1 (Iron Man 1 et 2, Thor, plus les deux One-shots Marvel), il devient central lors de son décès dans Avengers. Catalysant l’esprit d’équipe qui manquait à ces derniers lors de leur combat contre Loki, c’est bel et bien son décès mais surtout sa résurrection qui dirigera Agents of SHIELD dans son entier. Et si cette saison possède une direction beaucoup plus claire et surtout une intrigue bien mieux préparée, c’est avant tout dû au travail préparatoire effectué concernant le renouveau de l’espion le plus cool du monde. Agent de terrain, bras droit de Nick Fury, leader de sa propre équipe, puis directeur du SHIELD, Phil Coulson n’en finit pas de cumuler un nombre incroyable de « casquettes » au fur et à mesure que l’univers partagé de Marvel s’étend. Il est LE catalyseur mythologique de l’univers Marvel, le véritable point d’ancrage du MCU, et encore plus depuis Agents of SHIELD, dans lequel le personnage devient un véritable moteur narratif pour le show.

Coulson-writing-0699cPreuve en est que l’individu a cumulé à lui tout seul un nombre impressionnant d’enjeux et d’événements lourds de conséquences durant seulement deux saisons. Tué puis ressuscité, enquêtant sur sa nouvelle condition et sur sa mémoire effacée, c’est en récupérant ses souvenirs qu’il devient alors obsédé par un plan qu’il retrace sans cesse, pour finir par devenir, au fur et à mesure, déficient mentalement. Cette dégradation le poussera alors à se rapprocher de la solution de son problème, celui de la ville des inhumains, ce qui révélera à Skye sa nature véritable, déclenchant alors de nouvelles conséquences pour les membres de son équipe. Plus tard, confrontant un Shield 2.0 tout en voulant éviter une guerre entre humains et inhumains, on découvre que Phil Coulson travaille, en parallèle et en secret, avec Nick Fury pour aider les Avengers, mettant à mal la confiance de ses propres coéquipiers. Sa main sectionnée (douloureusement !) un peu plus tard, voilà qu’il s’apprête à monter une équipe d’intervention particulière composée d’humains et d’inhumains (alias les fameux Secrets Warriors). Ouf ! L’intérêt de ce cheminement de longue haleine, s’il lui procure un intérêt indéniable sans cesse croissant en tant qu’individu, est d’embarquer dans son giron les autres membres de l’équipe au travers des événements auquel il décide de prendre part. Par ses choix, sa quête et sa découverte de la vérité, la pléthore de personnages qu’il côtoie à ses côtés bénéficie des épreuves de leur leader et leur permet d’obtenir une caractérisation bien mieux travaillée, et surtout, infiniment plus aboutie.

Mais si l’individu et ses subordonnés gravitent en tant que moteur de l’intrigue principale, il faut bien convenir que Agents of SHIELD, l’an passé, manquait sacrément de conflits internes valables. Globalement causé par le problème de son statut d’interventionnisme mondial (le SHIELD est une cellule plus légitime que n’importe quel NSA ou CIA), il a fallu détruire définitivement l’agence la plus puissante du monde pour pousser ses principaux protagonistes dans leurs retranchements.

 

 Une légitimité ennuyeuse

latest La saison 1 construisait son équipe autour d’une officialisation totale, puisque qu’elle travaillait pour le gouvernement. L’équipe agit pour le bien de tous, ses décisions ne sont donc pas vraiment à remettre en question étant donné son célèbre acronyme. L’introduction de Skye en son sein, possible générateur de conflit, si elle inquiète au départ les membres de la Coulson’s team, ne créera en fait que peu d’impacts négatifs, chacun d’entre eux étant vite rassuré à son sujet. Au pire, ils seront agacés par la désinvolture de la jeune femme mais ça n’ira pas plus loin. Cette précédente saison se concentre donc avec simplisme sur l’opposition des caractères, des personnalités de chacun, plutôt que sur leur vécu et leur vie propre expliquant plus profondément ce qui motive chacun d’entre eux. Excepté Ward bien sûr, le reste de la team ne bénéficiera pas d’un quelconque traitement plus affirmé jusqu’aux événements de Captain America, Le Soldat de l’hiver. Le problème de ce postulat formaté, c’est que le mal sera fait et demeurera irrattrapable durant les deux tiers de la saison, car beaucoup de téléspectateurs ont quitté le navire en cours de route. Une belle gageure qui a crée les errances d’un récit fort maltraité par des personnages bien trop en surface, impliquant par la force des choses, une caractérisation dénuée d’ambition, la dernière ligne droite de la saison les sauvant des abîmes du néant dramaturgique. Un vrai comble pour une série d’espionnage où duperies et secrets devraient être le maître mot durant tout le récit (la série Alias en est l’une des meilleures références à ce sujet, et ce dès son extraordinaire pilote).

11043390_863579640373552_8851958280567521596_o1-888x456La saison 2 lui opposera alors le schéma inverse, en faisant exploser cette fameuse légitimité et donner du corps à tout le récit durant la saison. Poursuivi par l’armée, et devenue hors-la-loi, la team se voit malmenée plus d’une fois par ceux qui devraient être ses alliés dans son combat contre HYDRA. À peine le général Talbot commence à être convaincu du bien fondé de l’équipe de Coulson, qu’un SHIELD 2.0 apparaît alors, se définissant comme le véritable SHIELD et comme le détenteur du destin de feu l’organisation de Nick Fury. Cette légalité pour l’équipe, définitivement mis au ban en tant que telle, continue dans cet affrontement fraternel entre factions identiques, chaque membre choisissant un camp qui lui semble, une fois n’est pas coutume, légitime donc. Et même une fois le quiproquo réglé, le problème du bien fondé du libre arbitre des inhumains relancera alors une discorde supplémentaire, voire même une guerre à venir durant la saison prochaine.

latest L’intérêt de ce nouveau postulat qui mise énormément sur le désaccord, est bien sûr évident : générer du conflit tous azimuts, auprès des héros de la série, qu’ils soient des « anciens » ou de nouvelles recrues. En effet, grâce à des différends internes forts bien pensés, cette dissension bienvenue va jouer grandement en la faveur de TOUS les personnages. Mensonges, manipulations, différences de points de vue, conflits verbaux, voire affrontements physiques… La série d’hier au tracé narratif de pacotille et teinté de marveleries a dès lors pris fin quand elle a décidé de jouer la carte de la divergence. Grâce à un engagement dans lesquels oppositions et secrets deviennent les maîtres mots de l’intrigue, Agents of SHIELD prouve qu’elle peut générer un antagonisme fort, qui manquait cruellement au récit depuis ses débuts, et cette saison ne l’en illustre que plus brillamment. Ce sont bel et bien ces tiraillements, ces hostilités, qui consacrent finalement la série à prouver son existence en tant que telle et à faire vivre pleinement ses personnages.

Une qualité formelle plus aboutie.

Souvent mise de côté, la plastique d’une série mérite plus souvent que l’on s’y attarde. Surtout lorsque le résultat concernant Agents of SHIELD se voit bigrement tiré vers le haut cette saison. Ce n’était pas gagné pourtant. Si les débuts nous paraissent lorgner d’un résultat à peine passable, on ne peut nier qu’un bel effort a été produit à certains moments, pour ne pas être littéralement galvanisé par une ambition soudaine dans le dernier tiers du show. Certes, les sfx continuent toujours d’être le parent pauvre mais indubitablement, l’action catatonique de l’année dernière a littéralement été mise au placard par une volonté de défourailler à l’écran, avec une belle démesure jubilatoire. Chorégraphies plus abouties, actions pêchues, voire franchement violentes, pouvoirs dans tous les sens, plans séquences généreux… Le résultat général supplante sans problème la mollesse de sa première saison, qui faisait peine à voir les trois quarts du temps. Et c’est encore plus vrai lors de son final, que l’on aurait presque envie de comparer face à un certain film, celui d’un robot fou qui affronterait les héros les plus puissants de la terre…

Agents of SHIELD VS Avengers l’ère d’Ultron : un final aux antipodes

Si le second opus des Avengers passait son temps à faire miroiter les rétines au détriment de nos neurones, il est intéressant de le mettre en parallèle au long épisode de fin de saison de AOS, car celui-ci remplit par contre complètement son office. Là où Joss Whedon canalise son énergie dans un vidéo-ludisme mercantile et bardé d’enjeux narratifs précaires, Jed Whedon et son équipe insuffle ici une énergie époustouflante pour son grand finish ! Entre un sauvetage in extremis de Mockingbird et une mort évitée de très peu pour Hunter, une Skye affrontant cinq clones à elle tout seule ainsi que sa propre mère, sans oublier une baston Mack-Coulson-Fitz versus Gordon, impossible de souffler une seule seconde ! Une envolée spectaculaire qui implique une action d’envergure mais qui ne se conforte pas qu’à cela. Les implications personnelles sont légions, les retournements de situations nombreux, les surprises s’enchaînent, le tout se concluant par un dialogue émouvant entre Skye et son père, bardé d’une nouvelle équipe à venir ainsi que d’une disparition choquante pour Jenna Simmons dans les toutes dernières secondes ! Les véritables actions héroïques, les moments badass et la peur de voir un personnage disparaître sont ici réels. Là où on se contrefichait du climax de Avengers L’Ere d’Ultron, du à sa narration factice, de son vilain en fer blanc qui se fera poutrer 4 fois (!) avant que l’on en finisse, d’un décès sans intérêt et d’un happy end amenant un minimalisme évident, Agents of SHIELD lui, redresse la barre avec panache ! Derrière son petit écran, le show peut être fier du travail accompli et du chemin parcouru depuis ses débuts, en concluant avec un magnifique paroxysme très énergique et ouvrant sur de nombreuses pistes et d’attentes à venir.

 

La série née des quelques bribes d’Avengers se voit enfin devenir elle-même une source matricielle pour la maison des idées sur grand écran. En s’affranchissant presque totalement des films, elle crée désormais la matière première qui servira de réservoir mythologique pour l’expansion de son univers partagé, comme le future Inhumans, qui sortira en 2019. On attend aussi avec impatience sa croisée des chemins avec Captain America Civil War, qui, sans nul doute, amènera de magnifiques dissensions dans l’équipe. Honnêtement, on peut que confirmer que Agents of SHIELD n’est ni plus ni moins qu’une série totalement miraculée. Quand elle voit de quoi elle est partie et ce qu’elle est devenue, c’est juste incroyable !  Et l’avenir est prometteur grâce à une direction encore plus inhumaine, une team consacrée aux Secrets Warriors et un Ward remonté comme jamais ! La saison 3 de Phil Coulson et de ses agents deviendra, à ne pas en douter, celle de sa consécration ! Agents of SHIELD biatch!

 

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