#Critique Alien : Covenant

#Critique Alien : Covenant

Note de l'auteur

Dans l’espace, personne ne vous entend ronfler. Partis sur une planète lointaine, des colons se font boulotter par des bestioles en images de synthèse. Pas vraiment inspiré, Ridley Scott, 80 ans aux fraises, radote et se plante. Pire qu’un mauvais film, un film inutile.

Alien 4

 

C’est la déception de l’année ! Et une énigme. Comment Ridley Scott, le réalisateur visionnaire d’Alien, Blade Runner, Gladiator, La Chute du faucon noir ou Cartel, a-t-il pu foirer son coup dans les grandes largeurs ? Pourtant, sur le papier, le projet avait de la gueule. Près de 40 ans après le premier Alien, le huitième passager, quatre ans après le très ambitieux Prometheus, Sir Ridley, 80 ans en novembre prochain, réalisait un nouvel Alien, jonction numérique et ambitieuse entre Prometheus et son classique absolu de 1979. Bref, le film imparable, le Graal de la SF. Depuis des mois, les fans étaient en transe et les bandes-annonces sentaient bon le chestbuster et le gore qui tâche. Mais quand le film débarque enfin sur les écrans, c’est la débandade, un truc pathétique, irregardable, le pire volet de la saga (oui, oui, pire que la merdasse de Jean-Pierre Jeunet, j’te jure).

AlienLe problème majeur d’Alien : Covenant, c’est son scénario misérable, trépané. La première heure est un remake pénible d’Alien version 79, puis, on essaie de raccorder péniblement sur Prometheus, et enfin les membres d’équipage se font boulotter les uns après les autres dans l’indifférence générale (bah ouais, on a oublié de leur donner la moindre personnalité, ce ne sont que de la chair à bestiole baveuse, donc on s’en tamponne le xénomorphe). Les responsables de l’histoire de Covenant sont Jack Paglen, auteur de Transcendance, immortel chef-d’œuvre avec Johnny Depp, et… c’est tout, associé à Michael Green, scénariste de Green Lantern ! Première question. Pourquoi donner la plume à de tels bras cassés, des mous du bulbe, des pisse-copies aussi peu inspirés ? Pour structurer cette diarrhée, on a embauché un pro, le dramaturge John Logan (Gladiator, Spectre, Rango…) et l’obscur Dante Harper dont c’est le premier scénario, sans oublier quelques script doctors non crédités au générique. L’histoire est donc d’une incroyable paresse – des astronautes affrontent des créatures étranges sur une planète hostile – et les scénaristes peinent à tenir le spectateur éveillé. Après les 50 premières minutes d’un insoutenable ennui, les plumitifs semblent ne s’intéresser qu’aux androïdes, celui de Prometheus, et sa version upgradée, David et Walter. Pour raconter quoi ? Pas grand-chose, si ce n’est que la partie humaine du robot est la plus défaillante. Donc, on voit Michael Fassbender rouler une pelle à son clone plus évolué, lui apprendre à jouer du pipeau (La Flûte enchantée ?), puis se lancer dans une conversation gay friendly avant un combat de kung-fu (oui, oui) avec câbles. C’est sûr, ce n’est pas 2001, L’Odyssée de l’espace… Pour masquer le vide et tenter de relever le niveau, un scénariste a dû fouiner sur Wikipédia et éjacule un (mince) vernis culturel et une série de références lourdaudes avec un robot qui cite Lord Byron, Ozymandias de Shelley, le Paradis perdu de Milton, et écoute L’Or du Rhin de Wagner…  Robot pour être vrai ? Pas vraiment ! S’il y a une morale bête à bouffer du foin (« If we are kind, it will be a kind world »), il manque des scènes qui font peur, de la folie, de la démesure ou un peu d’ambition, comme dans Prometheus. La réussite du premier Alien, c’est également qu’il y avait un seul et unique monstre, dieu de la mort et du sexe, créature terrifiante, infernale, obscène, et pas des bestioles interchangeables. Bref, c’est con comme un « film » Marvel et les scénaristes foirent même le twist final, que tu as compris 15 minutes avant qu’il ne soit révélé !

 

Alien 8tL’autre grand responsable de cet échec sans nom, c’est Ridley Scott himself. Dans le magazine Première, il déclare sans rire : « Les quatre premiers Alien sont des films très simples : qui va mourir en premier ? C’est tout. Ça a toujours été des films de série B pour moi. Faits avec des moyens de série A, certes, mais des séries B. » Sauf que le premier Alien, malgré son concept de film de drive-in, était transcendé par la thématique de la pénétration (des corps) et de l’expulsion (des corps, du vaisseau) et le talent de ses géniteurs : Scott qui fait suinter la peur grâce à sa science de la mise en scène (et le hasard, car sur le plateau, les costumes de l’alien partaient en lambeaux et se déchiraient pendant les prises… d’où la décision de Scott de montrer l’alien le moins possible à l’écran, comme Spielberg avec Les Dents de la mer), la beauté des combinaisons spatiales de Moebius, la diversité des planètes dessinées par Christopher Foss, et le monstre hyper-sexué de H. R. Giger, échappé de ses cauchemars « biomécaniques », qui explose les poitrines, défonce les crânes avec sa mâchoire érectile. 40 ans plus tard, Ridley Scott est incapable de retrouver l’inspiration, le génie qui l’habitait à l’époque. Il manque le sexe malade, ce monde de pénétration et d’orifices béants, les ténèbres, la folie. Dans l’original, Scott filmait des huis clos, les couloirs labyrinthiques d’un vaisseau spatial rouillé, sombre, une planète mystérieuse, dangereuse, rongée par les ténèbres et une tempête de pluie noire, la désolation, la mort. Ici, on a l’impression d’être dans un doc de National Geo. Scott balade ses caméras en plein air, dans de somptueux paysages qui évoquent l’Islande, puis cadre plein pot des aliens de synthèse en haute définition, générés par des ordis dernier cri, mais qui perdent à la fois leur mystère et leur ambiguïté.

 

Alien 7Pour la première fois de sa carrière, Scott bâcle des séquences entières, qui sont parfois illisibles, comme celle de la baston entre Katherine Waterston et une créature sur la plateforme d’une navette ou le combat entre les deux robots. Certaines sont ridicules (un agent pathogène, alien microscopique, qui pénètre dans le conduit auditif d’un malheureux), d’autres déjà vues (le face hugger, la queue de l’alien qui pénètre entre les jambes de la jeune fille sous la douche…) et les attaques des monstres sont tout bonnement banales, sans mystère ni inspiration. J’avais discuté avec Giger qui m’avait assuré détester le monstre en image de synthèse d’Alien3. Et il avait raison ! Ça ne fonctionne pas ! Le chestbuster est ridicule et les aliens numériques de Covenant, plus ou moins bien ciselés, n’ont jamais la beauté païenne, infernale du monstre de 1979.

L’interprétation finit de couler l’entreprise. Les acteurs sont aussi charismatiques qu’un fond de cassoulet congelé (notamment l’inexpressive Katherine Waterston et le curé cul serré Billy Crudup), mais surtout, ils n’ont rien à jouer, leurs personnages étant des silhouettes, de l’apéro pour xénomorphe en chaleur. Quant à Guy Pearce et James Franco, ils ont à peu près 30 secondes de présence à l’écran. On est content pour Ridley Scott qui va pouvoir se payer une belle maison de retraite sur la Côte d’Azur, mais je ne suis pas sûr de lui pardonner un jour d’avoir déféqué sur un de mes plus beaux cauchemars cinématographiques.

 

Alien affiche

Alien : Covenant
Réalisé par Ridley Scott
Avec Katherine Waterston, Billy Crudup, Danny McBride, Demián Bichir.
Sortie le 10 mai 2017

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