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#Critique Arkane : Pierre Bordage à l’assaut de la fantasy

#Critique Arkane : Pierre Bordage à l’assaut de la fantasy

Note de l'auteur

Pierre Bordage signe dans ce premier volume la mise en place d’un monde étrange, où deux jeunes adultes vont devoir sauver leur monde… s’ils parviennent à sauver leur peau !

7346187lpw-7364022-jpg_4130756L’histoire : Elle, c’est Oziel, fille d’une des familles régnantes de la ville d’Arkane. Arkane, véritable ville labyrinthe, où les riches et puissants vivent en haut, les autres descendent dans les bas-fonds de la ville, tel un tableau de Brueghel où il est difficile de se promener, face aux assassins, et autres créatures prêtent à vous tuer. Mais la fille chérie, à peine sortie de l’adolescence, va devoir pourtant y plonger, après le massacre de son clan, duquel elle est miraculée. Lui, c’est Renn, un enfant du fleuve qui depuis deux ans, tente d’enchanter les pierres en compagnie de son maître. Sa route va croiser celle d’Orik, un guerrier venu mettre en garde Arkane : la guerre approche.

Mon avis : Pierre Bordage nous entraîne dans un récit haletant, et sans aucun temps mort. Certes, nous ne sommes pas face à un ouvrage qui redéfini la fantasy : nous sommes dans un monde presque clos, celui d’une ville immense, au cœur d’une plaine où vivent des paysans. Mais ici ou là, des créations nous entraînent à leur suite, comme le Laz, labyrinthe qui divise les Hauts de la ville et les classes subalternes, ou une étrange organisation sociale, cruelle même avec les enfants des grandes familles, et des religions qui font frissonner.

Oui. Mais s’il faut critiquer ce livre, pourquoi parmi toutes les histoires possibles et imaginables, où deux héros grandissent chacun de leur côté, c’est sur la fille que l’on fait planer les menaces les plus tragiques de viols et sévices, ainsi que le péché de vanité ? Certes, c’est pour mieux les faire grandir, et Renn n’est pas en manque d’épreuves à traverser. Épreuves guerrières, qui s’approchent d’une sociabilité masculine beaucoup plus classique. C’est l’un des plus grands défauts de la fantasy (ça et les prénoms à tréma ou le trop-de-créatures-qui-tue-la-créature, mais Pierre Bordage échappe à cette deuxième scorie), et on tombe dedans en plein. Aucune amitié féminine en vue, et les femmes des Hauts comme du peuple sont des créatures bien tristes à suivre, malgré quelques prises de conscience salutaires du narrateur.

Pierre Bordage

Pierre Bordage

Arkane – La Désolation est la première partie d’un diptyque, dont on attend de voir si le deuxième volume redresse un peu la barque. C’est dommage, car le monde, le rythme, les combats comme les personnalités des héros, sont très intéressants, et on a envie d’en savoir plus. On aime se promener dans cette ville médiévale décatie, dont la fin semble s’approcher inexorablement. Et de voir une héroïne, une femme, dont la victoire entraînerait celle de toutes les autres femmes (en tout cas, c’est notre espoir).

Si vous aimez : On ne peut s’empêcher de penser au Douze rois de Sharakhaï de Bradley P. Beaulieu. Pour son héroïne sans peur et animée par l’esprit de vengeance, dans une ville comme une prison.

Autour du livre : La journaliste de France Inter, Clara Dupont-Monod, a mené un entretien de trente minutes sur Arkane avec Pierre Bordage dans son émission, L’Amuse-bouche.

Extrait : « Elle se souvint du visage émacié de son père, croisé la veille dans un couloir après le dîner, et du regard douloureux dont il l’avait enveloppée. Il avait perdu le sourire, depuis que le Conseil des Sept avait condamné Matteo, son fils aîné, au bannissement perpétuel dans les Fonds, mais jamais elle n’avait lu une telle désolation dans les yeux clairs du patriarche Nunzio. La rumeur s’était propagée les semaines précédentes d’une alliance entre les maisons de l’Aigle, de l’Ours et du Dauphin. Il ne s’agissait pas, elle en prit conscience avec une brutalité suffocante, de l’une de ces querelles absconses et futiles qui agitaient régulièrement les familles régnantes comme les risées l’eau des bassins : l’exil de Matteo n’avait été que la première étape d’un projet mûrement réfléchi et proche de son aboutissement.
On avait décidé d’abattre le Drac.
Jamais l’une des familles régnantes n’avait été menacée de disparition au long des siècles ayant suivi la fondation d’Arkane. Elles avaient subi à tour de rôle d’importants revers de fortune, affronté les scandales, les complots, les tourmentes, mais elles étaient toujours parvenues à se redresser, avec ou sans l’aide des autres. »

Arkane – I. La désolation
Écrit par
Pierre Bordage
Édité par
Bragelonne

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