#Critique Assassin’s Creed : Le sot dans le vide

#Critique Assassin’s Creed : Le sot dans le vide

Note de l'auteur

Entre le XVe siècle et 2016, un gentil Assassin à capuche affronte de méchants Templiers. Kung fu, saut de l’ange et yamakasis vintage : un nanar boursouflé et bas de plafond. À fuir… 

 

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L’année se terminait tout doucement, en beauté (Premier contact, Rogue One, Manchester by the Sea) et soudain, c’est la cata, l’accident industriel, le souillage de froc ! Michael Fassbender vient maculer les écrans et surtout nos yeux avec sa bouse intitulée Assassin’s Creed. Après Street Fighter avec JCVD, Prince of Persia et autres Tomb Raider, la malédiction du jeu vidéo semble avoir encore frappé. Mais ces résidus ressemblent à des compressions de César à côté de cette chose insignifiante et mal odorante.

 

Tout d’abord, une question. Pourquoi, quand on a 150 millions de dollars de budget, choisir de bons scénaristes alors que l’on peut en avoir des mauvais ? Pourquoi embaucher trois scribouillards comme Michael Lesslie, scénariste de Macbeth et de trois courts métrages, Adam Cooper (Le Transporteur Héritage, Divergente 3) et Bill Collage (Divergente 3, Exodus) ? Pour vous donner un aperçu de la bêtise abyssale de leur script (sûrement réécrit jour après jour sur le plateau), je vais tenter de vous résumer le chef-d’œuvre…

L’action se déroule entre l’Espagne du XVe siècle et 2016. Condamné à mort, Michael Fassbender se retrouve dans un centre mystérieux (comme dans Nikita), un labo tip top, avec des tas de machines qui clignotent et Marion Cotillard qui tire la tronche. Grâce à une technologie révolutionnaire, l’Animus, qui permet de décoder la mémoire génétique inscrite dans l’ADN, Fassbender va plonger dans les souvenirs de son ancêtre, Aguilar – sa capuche, ses poignards, ses tattoos – membre de la société secrète des Assassins. Le but de Cotillard et surtout de son méchant papounet à l’air fourbe (le pauvre Jeremy Irons, en roue libre) : que Fassbender se souvienne où son ancêtre a caché la pomme d’Eden, qui contient les germes de la violence et l’ADN du libre arbitre, rien que cela. Une pomme mythique sur laquelle les Templiers veulent mettre la main pour éradiquer le libre arbitre et établir une dictature. Bon, à ce moment-là, n’importe quel spectateur avec un Q.I. de plus de 25 se doute que les « scénaristes » ont fumé leur cachet, puis du crack et enfin la moquette. Sérieusement, quel producteur peut lire un tel scénario jusqu’à la fin, financer un tel torche-cul, comment peut-on monter une superproduction avec idée aussi débile, pire que du Luc Besson ? Comment peut-on penser qu’un spectateur va aimer cette chose ? Et que l’on ne vienne pas m’objecter que le film est fidèle à l’intrigue du jeu. Ce qui marche – peut-être – en jeu vidéo (se balader dans un open world, faire des bonds, se bastonner…) ne fonctionne pas obligatoirement sous la forme d’un film, on le sait depuis Super Mario

 

assassins-creed-03Le papa de cet Assassin’s Creed, avec sa belle tête de winner, s’appelle Alain Corre, le patron européen d’Ubisoft. Et il a osé déclarer : « Nous n’allons pas gagner beaucoup d’argent avec Assassin’s Creed. C’est plus une question de marketing et c’est bon pour l’image de la marque. Même si nous gagnons de l’argent, ce n’est pas le but de ce film. » Bon, Corre est un peu devin : c’est sûr, avec une daube pareille, il ne va effectivement pas gagner beaucoup de pognon, il ne faut pas prendre les spectateurs que pour des jambons… Deuxièmement, j’ai rarement vu autant de cynisme dans une déclaration à la presse. Le but n’est donc pas de faire un film, voire un bon, mais d’expulser une espèce de produit d’appel marronnasse, une bande-annonce de luxe pour attraper de nouveaux joueurs (70 € en moyenne l’épisode) pour faire connaître cette franchise.

Le second responsable de cet échec intégral, c’est Michael Fassbender. Excellent acteur, il alterne les œuvres exigeantes avec son pote Steve McQueen ou les grosses machines hollywoodiennes (X-Men). Clairement, qu’a-t-il à gagner avec Assassin’s Creed ? Rien, à part du fric ! Pour incarner Aguilar, Fassbender a demandé en plus de son cachet un poste de coproducteur. Et fait embaucher une partie de l’équipe d’un de ses précédents films, l’excellent Macbeth, notamment le cinéaste Justin Kurzel (Les Crimes de Snowtown), Marion Cotillard ou encore le formidable chef opérateur australien Adam Arkapaw (Top of the Lake, Animal Kingdom). Et tout ce beau monde – des gens talentueux devant et derrière la caméra – se retrouve à démouler une série Z à la fois débile et interminable. Dans une cité espagnole recréée numériquement, on assiste, effaré, aux exploits d’un cascadeur (ou d’une doublure digitale) qui remplace Fassbender et qui s’envoie en l’air comme un yamakasi, escalade les façades, surfe sur les cordes à linge (j’te jure !), avec des infra-basses qui font vibrer les fauteuils. Fassbender, fou de son corps, passe la moitié du film torse nu ou en T-shirt, avec ses biceps hypertrophiés. Et entre deux séances de parlotte incompréhensible, il écarquille les yeux, fout sa capuche et fait du kung fu (au XVe siècle c’est marrant, on se croirait dans cette daube intitulée Le Pacte des loups). En fait, ce n’est plus un film, c’est une diarrhée…

Pendant la projection, je repensais à une interview du comédien français Vincent Lindon. Il évoquait la toxicité de certains gros films qui te laissent une sensation de divertissement, mais qui te contamine, t’empoisonne le cerveau à force de mesquinerie, de bêtise et de violence. Une parfaite définition d’Assassin’s Creed.

 

 

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Assassin’s Creed

Réalisé par Justin Kurzel

Avec Michael Fassbender, Marion Cotillard, Jeremy Irons.

 

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