#Critique : Atomic Blonde

#Critique : Atomic Blonde

Note de l'auteur

Bons baisers de Berlin. Au temps de la guerre froide, Charlize Theron explose des agents secrets à coups d’escarpins dans la gueule. Une série Z bas du front et poussive. 

 

Ce n’est plus un été, c’est un champ de ruines. Des titres ? La Tour sombre, Transformers 253, Moi, moche et méchant 496, Dunkerque (ouuuups), Baby Driver, Valérian, La Momie, Baywatch, Le Roi Arthur… J’ai l’impression que jamais le cinéma n’était tombé aussi bas. Avec la bande annonce d’Atomic Blonde, je m’étais mis à espérer (un peu) : Charlize Theron en guerrière badass qui balance des gnons à arracher la tête de Mike Tyson, qui se déshabille, qui continue à distribuer des beignes, qui roule des gamelles à la sublime Sofia Boutella… Le tout sur une musique délicieusement vintage (Killer Queen) et emballé par le metteur en scène non crédité de quelques séquences du premier John Wick, David Leitch, réalisateur des scènes d’action de Captain America : Civil War, cascadeur émérite, doublure de JCVD ou de Brad Pitt sur Fight Club. Bon, trêve de suspens, le film est une GROSSE KATASTROPHE (ça se passe en Allemagne, humour), le xième accident industriel de l’été.

Atomic 3Atomic Blonde est inspiré d’une BD obscure (certains critiques comiques emploient l’expression roman graphique, j’adore !), The Coldest City. Pour l’adaptation, deux cadors du scénario : Kurt Johnstad, qui a déjà adapté l’œuvre de Frank Miller avec 300 et sa suite, et Antony Johnston, venu du monde du jeu vidéo qui n’a JAMAIS écrit un scénar pour le cinéma. J’avoue que j’ai toujours du mal à comprendre les producteurs qui choisissent des bras cassés pour écrire leurs projets… Ici, les deux gars adoptent une structure en flashback complètement superficielle, qui ne tient absolument pas la route suite à la révélation finale. Il est question d’une belle blonde, Lorraine Broughton, espionne du MI6, envoyée à Belin alors que le Mur est en train de s’écrouler. Elle doit enquêter sur la mort d’un agent infiltré, un ancien amant, et récupérer une liste qui doit révéler les identités d’agents secrets de Sa Majesté. Bon, c’est l’intrigue de 450 000 films d’espionnage, mais avec en cadeau bonus un agent double dont tu devines la trahison au bout d’une minute de présence à l’écran. On est loin de John Le Carré… Mais surtout, comment imaginer une seconde qu’une histoire aussi mal écrite, aussi stupide, avec un récit basé sur les enjeux de la Guerre froide, puisse intéresser qui que ce soit ? C’est plutôt construit comme un porno, avec une grosse scène tous les quarts d’heure et du blabla entre les séquences hardcore pour meubler. J’ai même l’impression que le réalisateur a imaginé ses scènes de baston et qu’il a demandé ENSUITE, comme c’est souvent le cas, à ses ouvriers du livre de les relier avec une histoire plus ou moins plausible. Pour meubler, les deux scribouillards font donc les malins : un cinéma d’art et d’essai projette Stalker de Tarkovski, ils montrent Charlize Theron le plus possible à poil (je prends mon bain, je m’habille, je mets mes collants, je reprends un bain, je me déshabille, je rereprends un bain), écrivent une scène de lit un peu chaude entre Charlize et Sofia Boutella… Comme ça, les confrères pourront parler de divertissement pop…

 

Atomic Blonde (2017)Au niveau de la mise en scène, c’est moche comme du Guy Ritchie, avec un montage réalisé par un épileptique défoncé au Red Bull et à la coke. Visuellement, c’est aussi palpitant que les vacances de Macron à Marseille… Ce qui intéresse David Leitch, ce sont les séquences d’action. Il y a donc quelques courses-poursuites, des doubles saltos, des gunfights et de la distribution de mandales. Mais, c’est assez radin dans l’ensemble, très loin de la frénésie d’un John Wick ou de The Raid, et étant peu concerné par l’histoire ou les persos, c’est peu dire que l’on s’en tamponne le coquillard. Néanmoins, il y a UNE séquence hallucinante dans Atomic Blonde, une baston dans un immeuble entre Charlize et une horde de nuisibles (qui ont l’air plutôt balèzes en krav maga, quand même). Un plan-séquence de dix minutes avec une série de coups hyper violents, de cascades, de chutes… C’est assez dingue, comme chez Paul Greengrass ou un film hongkongais. Un vrai morceau d’anthologie saignant, même si le plan-séquence s’avère être un faux, a priori bidouillé numériquement. Un écrin pour Charlize Theron qui, si je lis les critiques qui ont recopié le dossier de presse, s’est entraînée pendant des mois et a perdu deux dents (ça c’est du journalisme, coco). Égérie de Dior (« J’adooooore »), Charlize est productrice du bouzin et elle a fait développer le script pendant cinq ans (tu imagines !). Pour montrer qu’à presque 50 balais, elle est mieux gaulée que Beyoncé, capable de mettre une branlée à The Rock ou Keanu Reeves, ou qu’elle pourrait jouer un jour dans un truc qui soit autre chose qu’un pub pour un parfumeur ou une série Z ? « Le talent, c’est parfois surfait », déclare t-elle dans le film. Tu es sûre Charlize ?

 

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Atomic Blonde
Réalisé par David Leitch
Avec Charlize Theron, John Goodman, James McAvoy, Eddie Marsan.
Sortie en salles le 16 août 2017.

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