#Critique : Attention, chute de pierre ! (Le Chalet / France 2)

#Critique : Attention, chute de pierre ! (Le Chalet / France 2)

Note de l'auteur

France 2 « ose » une minisérie de genre dans sa case très policière du lundi soir en prime time. On ne saurait trop les encourager dans cette voie, mais l’exécution de ce thriller est si archaïque qu’il n’y aura pas grand monde pour défendre Le Chalet.

On ne va pas se mentir. Sortir du sacro-saint duo d’enquêteurs ou de la comédie familiale (cf. Clem dont la saison 8 est diffusée à la même heure sur TF1) est une gageure pour la série française. Arte tente bien de placer quelques banderilles (vous avez encore quelques jours pour voir l’excellent triptyque J’ai 2 Amours en replay) avec ses moyens limités, mais le format ne surprend rarement personne sur le paysage audiovisuel français.

Surprendre, c’est pourtant ce que tente de faire France Télévisions avec Le Chalet, du moins sur le papier. Pas de policier à l’horizon, mais un thriller entre les Dix Petits Nègres d’Agatha Christie et le slasher. Oui, vous avez bien lu, la chaîne publique tente ici un récit affilié au genre de l’horreur !
Le Chalet en question se trouve à Valmoline, petite bourgade isolée au milieu de contreforts montagneux. Six habitants y réceptionnent donc treize invités pour des retrouvailles qui vont rapidement prendre un tour inquiétant. Alors que le convoi de voitures transporte les visiteurs de la gare vers le chalet, un éboulement vient briser le pont qui sert de seul point d’accès à leur destination. Qu’est-il arrivé aux précédents locataires de la bâtisse ? Comment le groupe va-t-il s’en sortir ?

Avant de nous projeter sur une narration séparée entre deux époques, Le Chalet s’initie par un procédé de type flashforward dans lequel l’un des personnages est interrogé par une psychologue. Le principe est ensuite répété par brèves séquences disséminées pour renforcer le caractère énigmatique des rebondissements à venir. Ce système (qu’on a pu déjà voir tel quel dans La Trêve par exemple) n’est pas de trop pour dynamiser un début de série très/trop diesel.

Éboulement. Mais Le Chalet ne fait illusion à aucun moment. Dans une séquence — forcément importante — que l’on peut apercevoir dans la bande-annonce ci-dessous, une chute de rochers brise donc une bonne partie d’un pont défraîchi juste après le passage des invités en voitures. Mais plutôt que de s’en éloigner au plus vite, le conducteur d’un des véhicules ne trouve rien de mieux que de s’arrêter sur la partie du pont encore debout. Et comble du comble, les différents personnages viennent se rassembler ensuite près du gouffre, toujours sur la même parcelle de pont branlante !
On imagine alors sans mal que pour la beauté du décor et le contraste de cette voiture bleue au milieu d’un d’un environnement verdoyant, certains auront vite oublié toute logique comportementale. Mais tout de même, la séquence est une offense à toute forme d’intelligence humaine. Comment a-t-on pu laisser passer une scène aussi rédhibitoire ?

La suite est heureusement moins grossière, mais les ficelles ne surprendront guère. Les choix formels sont tout simplement désespérants. Les échanges s’enchaînent avec une subtilité et un savoir-faire évoquant dangereusement les productions AB de la grande époque. Le Chalet n’a sans doute pas les moyens de nous faire du Versailles, mais les choix de composition sont constamment désespérants.

Au final, peut-être que ce Chalet trouvera son public. Peut-être que les frissons d’une deuxième partie de saison plus sombre auront convaincu quelques téléspectateurs égarés. On a tout de même du mal à comprendre comment une si belle ambition de départ s’est si lamentablement effondrée.

LE CHALET (France 2) minisérie en 6 parties,
diffusée dès le 26 mars.
Série créée et écrite par Camille Bordes-Resnais et Alexis Lecaye.
Réalisée par Camille Bordes-Resnais.
Avec Catherine Vinatier, Nicolas Gob, Émilie de Preissac, Marc Ruchmann, Thierry Godard, Chloé Lambert, Philippe Dusseau, Blanche Veisberg, Éric Savin, Agnès Delachair, Mathieu Simonet, Maud Jurez et Nade Dieu.
Musique originale de Samuel Hercule.

Visuel : Le Chalet © Dajma Prod./France Télévisions.

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