#Critique Au cœur de Fukushima (T. 3)

#Critique Au cœur de Fukushima (T. 3)

Note de l'auteur

1507-1Suite et fin de ce document exclusif et passionnant sur l’après-catastrophe qui a frappé le Japon en 2011. Kazuto Tatsuta mène une sorte de double vie entre le statut de mangaka et celui d’ouvrier de l’extrême et nous relate tout cela dans un témoignage précieux sur ce que vivent les hommes là-bas. Au cœur de Fukushima n’a absolument pas vocation d’analyser, de critiquer ou de donner une quelconque opinion. Au contraire, c’est sa neutralité, sa description chirurgicale qui lui confère toute sa force. En trois tomes, le titre nous aura fait vivre en immersion totale, parmi ces travailleurs de l’impossible. Indispensable !

 

Ce troisième et dernier tome relate les événements survenus entre décembre 2012 et l’été 2015. L’auteur, Kazuto Tatsuta (c’est son pseudo) se voit obligé de quitter le site de la centrale après avoir reçu sa dose maximale de radiation sur une période donnée. Il retourne à Tokyo mais il a été tellement marqué par ce qu’il a vécu sur place, qu’il décide d’en laisser une trace. Et bien évidemment, le manga semble être un parfait support. De là commence l’histoire que vous tenez dans vos mains… Mais l’auteur, respectueux de ses collègues de travail et ne souhaitant pas s’attirer de problèmes, opte pour un pseudonyme et modifie quelques noms dans son récit. En dehors de cela, il décrit, cliniquement, absolument tout de la vie des ouvriers, de la schématisation des lieux en passant par le fonctionnement de tous les appareils, robots et équipements, rien ne lui échappe. Il en va de même lorsqu’il raconte sa période à Tokyo, en tant qu’auteur qui se fait peu à peu connaître. Il n’omet aucun détail multipliant les commentaires hors case. Cette capacité de reconstitution est absolument colossale et le travail fournit force le respect. D’autant que l’on sent à quel point l’auteur restitue les faits avec un profond respect et une grande sincérité. Il retranscrit, avec une humilité toute japonaise, son expérience en s’efforçant de rester le plus objectif possible. Loin de l’affect et du sentimentalisme, Au cœur de Fukushima est avant tout un reportage sur le terrain, doublé d’une tranche de vie autobiographique.

 

4880656_6_060c_2016-03-10-0cd0c45-12447-e2tp81_a9dcddfa10a0afc39a8be261050dbc20Il y a ici quelque chose de l’ordre de l’instantanéité. On a cette impression de lire une histoire en live, qui se déroule sous nos yeux, grâce à une habile mise en abîme. Kazuto Tatsuta aurait pu juste s’en tenir à son expérience sur le site de Fukushima, en tant que travailleur, mais il a préféré inclure dans son récit l’intégralité de cette expérience, l’écriture du manga incluse. Il relate presque simultanément ce qu’il vit et le laps de temps est tellement infime que l’on semble presque vivre les faits en temps réel. Cette immédiateté quasi journalistique confère à ce témoignage une réelle plus-value. Toutefois, s’il fallait trouver quelque chose à redire au titre, ce serait éventuellement au niveau de la masse d’informations que le mangaka nous balance. On se sent parfois submergé par tant d’annotations, de précisions et d’éléments décortiqués. De là, certains diront que le titre manque peut-être un peu d’âme, que cette incroyable description paraît trop froide et un peu mécanique. Mais entre les lignes, au détour d’une explication, l’auteur laisse transparaître sa vision, un regard unique sur ce qu’il vit. Sans vraiment le dire, il se confit au lecteur pour lui faire part d’une expérience qui l’a tellement marqué, qu’il ressent le besoin de la partager le plus vite possible. De mémoire, aucun autre manga ne s’était jusqu’alors emparer d’un sujet de la sorte avec autant d’envie. Avec beaucoup d’humanité et non sans une pointe d’humour, Kazuto Tatsuta nous offre un récit unique et incroyablement riche sur les ouvriers du nucléaire. Je vous l’ai dit, indispensable !

 

Au cœur de Fukushima (T. 3)

De Kazuto Tatsuta

Édité par Kana

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