#Critique Balkany company de Renaud Dély et Fred Coicault

#Critique Balkany company de Renaud Dély et Fred Coicault

Note de l'auteur

Après avoir repris la ville aux cocos en 1983, les époux Balkany ont mis Levallois-Perret en coupe réglée. Ont vécu une existence mouvementée, connu des très hauts et des très bas et ont eu (et ont encore) maille à partir avec les tribunaux. Les auteurs nous plongent avec bonheur et humour dans le destin d’un couple pas comme les autres. Et heureusement d’ailleurs.

L’histoire : Complices de toujours, Isabelle et Patrick Balkany règnent sur Levallois depuis près de 35 ans. Un couple atypique, entre un beau parleur et une grande gueule, rattrapé par une justice enfin soucieuse du mélange des genres. Champion du RPR, le binôme est aussi le boulet d’une droite en recherche d’honorabilité.

Mon avis : C’est une vraie petite sucrerie que cet album de fin d’année. Un roudoudou, qui comme le veut la chanson, nous coupe les lèvres et nous nique les dents. On aime ça, on aurait du mal à s’en passer, mais ça ne nous fait pas que du bien… Faut avouer que le sujet s’y prête. Patrick Balkany, comique troupier sans vergogne, souvent cash, qui maîtrise bien la notion pas si complexe de servir et de se servir. Mais l’édile de Levallois ne serait pas celui qu’il est sans Isabelle Smadja, son épouse à la ville depuis 1976. Le couple a à peu près tout connu dans son existence : l’irrésistible accession, les forts coups de tabac, les déchirures, les traîtrises et les retrouvailles. C’est un binôme exceptionnel au premier sens du terme et on le suit pas à pas.

Renaud Dély parvient à nous faire rire et sourire d’un sujet qui ne l’est pas. C’est la plus belle de ses réussites. On se gondole devant les exploits de ce « m’as-tu-vu quand je baise » au 365 Magnum diligent et turgescent ; on ne cesse de compter les casseroles accrochées à ses basques et on n’arrive pas franchement à lui en vouloir. C’est peut-être l’effet pervers de cette BD, elle rend l’ami du Petit Nicolas presque pas totalement antipathique. C’est un exploit vu le pedigree de cet animal politique qui ne fut pas sensible qu’aux intérêts de la République.

Le titre est aussi fort bien trouvé car au-delà des bouches qui se tordent, c’est un décryptage acéré de la stratégie et de la méthode employées par les Balkany pour accéder et se maintenir au pouvoir. Deux êtres condamnés à se perdre et à se retrouver.

En accompagnement : La musique que j’aime de l’ami de toujours Johnny Hallyday.

Si vous aimez : L’île de Saint-Martin et notamment la villa Pamplemousse, l’un de ses joyaux.

Autour de la BD : Ce n’est pas la première fois que Renaud Dély s’attaque au genre. Hollande et les deux femmes, Sarkozy et les riches, C’est dur d’être de gauche… souvent avec son complice Aurel chez Glénat. Fred Coicault est un caricaturiste de premier plan aux travaux éclectiques. Adepte de Franquin, cela se voit dans ce bouquin.

Extraits : « Ça de l’appétit, j’en ai, ouais ! Et les rouges, ils ne m’ont jamais fait peur. Je suis sûr que je les bouffe sans problèmes. J’ai jamais pu les encadrer les cocos. Rapport à mon paternel qui venait de Hongrie. »

« Et comment comptez-vous vous y prendre, jeune homme ? »

« Fastoche ! Je vais aller voir tout le monde. Serrer toutes les mains, faire des bisous aux gosses, cajoler toutes les petites vieilles, les couvrir de cadeaux… »

« Très bien, très bien, mais ça coûte cher, tout ça… »

« Pas de problème, j’ai les moyens, vous savez. »

Écrit par Renaud Dély
Dessiné par Fred Coicault
Édité par Delcourt

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