#Critique Alix – L’or de Saturne de Martin, Valmour et Venanzi

#Critique Alix – L’or de Saturne de Martin, Valmour et Venanzi

Note de l'auteur

Dans une Rome du premier siècle av. J.-C. très agitée, Alix et Enak se débattent pour sauver la réputation de César. Face à Pompée et à ses sbires, y parviendront-ils ?

indexL’histoire : la guerre civile entre César et Pompée guette. Ce dernier met sur pied une machination pour forcer le premier à entrer dans Rome avec (ou sans) son armée. Ce qui le rendrait hors-la-loi et mettrait fin au duumvirat. Alix et Enak sont les otages de ce piège visant à contraindre leur mentor, Caius Julius Cesar, à lui piquer son butin, celui qui lui sert à payer ses troupes. Mission périlleuse pour les deux acolytes.

Mon avis : Jacques Martin peut se reposer en paix. Son œuvre, Alix, est entre de bonnes mains. Que ce soit celles de Venanzi ou Valmour pour l’occasion ou d’autres tels François Corteggiani ou Mathieu Breda. Depuis 2010 et la mort du créateur, il en sort un par an et la facture est plutôt de bonne composition.

L’or de Saturne n’y échappe pas. Basée sur des faits historiques, cette BD se situe aux alentours de -49 av. J.-C. Alix et Enak sont les marionnettes d’une guerre de pouvoir entre les deux consuls. Pompée, allié des sénateurs, veut forcer César, soutenu par la plèbe et en conquête en Gaule, à franchir le Rubicon, comme l’expression qui deviendra consacrée.

Il multiplie les manœuvres pour l’obliger à rentrer à Rome. Soit désarmé pour le tuer, soit avec son armée, qui deviendrait illégale, pour le combattre… Afin d’achever de lui forcer la main, ses affidés, des traîtres dans l’entourage de César, dérobent le trésor qui doit servir à payer les armées et qui est détenu dans le temple de Saturne. Enak devient la proie de ces comploteurs, ce qui oblige Alix à risquer mille périls pour libérer son ami et protéger son consul.

L’intrigue est posée. On y adhère. Il y a même un petit vent de folie puisque l’histoire se déroule lors des Saturnales. En hommage au dieu éponyme, ces fêtes se déroulaient en décembre et encourageaient à l’affranchissement des barrières sociales. Maîtres qui deviennent esclaves et lycée de Versailles.9782203070967_2

L’or de Saturne témoigne également de l’importance des orateurs dans la Rome antique. Cicéron, réputé pompéien, est la cible d’une cour assidue de César pour convaincre le Sénat de ne pas lui tourner le dos. L’avocat n’a toujours pas rendu sa réponse. La possibilité d’une suite non annoncée ? À voir.

Ce tome montre également qu’Alix n’est pas qu’un célibataire endurci. Sa plastique avantageuse et son port altier ont l’art d’enchanter Tullia, la fille de Cicéron. Les deux flirtent, se rapprochent mais ne consomment pas leur union. Ils semblent se donner rendez-vous dans un autre tome. Alix plaît (Adrea, la Milf du Dernier Spartiate ou Lidia, la sœur d’Octave, dans Roma, Roma) et ne semble donc pas de bois. C’est rassurant.

Ce 35e opus est une réussite, son scénario une vraie force. Vivement le 36e.

Si vous aimez : l’histoire romaine et les romans policiers. Et si très jeune vous avez dévoré L’Affaire Caïus d’Henry Winterfeld. Bon, vous n’avez pas eu le choix mais la prof de français du collège Jules Ferry qui vous l’a collé entre les pattes en cinquième a quand même rudement bien fait.

En accompagnement : Les paradoxes des Stoïciens de Cicéron. Un petit pamphlet pas trop sérieux contre César. Bon, faut avouer qu’on ne l’a pas lu mais ça en jette quand même. On vous promet de le lire un jour.

9782203070967_1Autour de la BD : c’est la troisième collaboration de Marco Venanzi au crayon (mais aussi au stylo) dans la série Alix après L’Ombre de Sarapis et Le Testament de César. Trait précis et fidèle aux origines, il est dans la lignée des dessinateurs qui s’y sont essayés. Seule incongruité, pourquoi dessiner à l’identique Labienus, un fidèle de César qui va changer de camp, et Marc Antoine, un allié indéfectible ?

Pierre Valmour au scénario, c’est franchement fouillé, c’est retors, ça marche.

Extraits : « Petreius ? »

« Je dois saluer ton suicidaire courage, Alix ! Ma plèbe t’a épargné, mais tu n’échapperas pas au jugement de la République pour ce vol ! »

« De quel vol parles-tu, Petreius ? Jamais César n’aurait commis pareil forfait. Et moi, pas davantage ! »

« Toi, j’en suis sûr. Pour ton maître, je ne serais pas si péremptoire. Labienus n’a pas dû beaucoup insister pour qu’il accepte mon plan, ton si vertueux César ! »

Sortie : 26 octobre 2016, Casterman, 48 pages, 11,50€.

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