#Critique Bob Weir – Blue Mountain (Legacy/Columbia)

#Critique Bob Weir – Blue Mountain (Legacy/Columbia)

Note de l'auteur

Un nouvel album solo de Bob Weir est un petit événement en soi, puisque malgré un nombre ahurissant de participations à divers groupes durant sa longue carrière, le dernier disque paru sous son nom propre date de 1978 ! Non pas que le bonhomme soit avare de sa musique, il l’a simplement toujours envisagée sous un angle collaboratif… Et comme nous allons le voir, malgré le fait que seul son nom orne la couverture, c’est une fois encore les copains d’abord.

1776b1dcÀ regarder le visage de vénérable vieillard qui illustre la pochette de Blue Mountain, on a du mal à se représenter Bob Weir tel qu’il fût pendant une bonne partie de sa carrière… De fait, il est presque inconnu sous nos latitudes, et ce même si le nom du Grateful Dead sonne familier aux oreilles de pas mal de gens qui lui associent plus volontiers celui du grand frère Jerry Garcia. Pas étonnant que le surnom The Other One (« L’autre gars ») lui colle à la peau !

Pourtant, l’importance de Bobby Weir au sein du Grateful Dead fut au moins aussi importante que celle de Garcia. Au niveau du son du groupe d’une part avec son jeu de guitare rythmique complexe, prompt à l’improvisation et au métissage des genres, et son timbre vocal plus adapté aux morceaux rock du Dead (Truckin’, Sugar Magnolia, One More Saturday Night, Mama Tried, etc.) qui se trouvent être par ailleurs leurs titres les plus populaires.

Salut beau gosse !

Salut beau gosse !

D’autre part, et les deadheads américains (et surtout américaines) le savent bien, Bob Weir apportait à l’image du groupe un petit côté sexy qui dénotait au sein de la meute hirsute des hippies californiens, à l’exception des Jefferson Airplane ou de Jim Morrison. Si la libération sexuelle devait avoir un visage attirant, ce serait celui de Bob Weir. Trivial, me direz-vous ?

Pas tant que cela et pour une raison simple… Tous les adonis des années 60 sont morts jeunes, enfants-fleurs fauchés comme autant de roses en pleine éclosion pour avoir voulu vivre trop vite et trop fort, victimes d’excès souvent motivés par des décennies de frustration issue des générations précédentes. Bob Weir a survécu à tout cela et la voix qu’il pose sur ces douze chansons qui nous occupent aujourd’hui, c’est un peu celle de tous les autres qui se sont tus.

Et comme souvent dans la carrière de Bob Weir, c’est une histoire de copains qui est à l’origine de Blue Mountain. En effet, lorsque les p’tits gars de The National avec qui Weir tournait lui confièrent adorer ses « chansons de cowboys », l’idée a commencé à germer, pourquoi pas après tout ? Sous l’influence de Josh Ritter, immense fan et ami de Weir et du producteur de la fine fleur du folk contemporain Josh Kaufman (Julia Stone, The National, Dawn Landes), tout ce petit monde s’est mis au travail et le résultat peut se résumer en un mot : miracle.

Bob Weir & The National

Bob Weir & The National

Blue Mountain, n’ayons pas peur des mots, est l’album que Bob Dylan aurait pu (aurait dû ?) enregistrer après Blood On The Tracks… Et si l’on veut chercher des symboles mystiques, on pourrait également se demander si quelques fragments de l’âme de Leonard Cohen qui commençait à s’échapper de son corps au moment de l’enregistrement de l’album ne se sont pas retrouvés délicatement éparpillés ça et là sur quelques-unes de ces chansons (Storm Country, Ghost Towns).

Mais ne brûlons pas les étapes, car le titre d’ouverture, Only A River, mériterait à lui seul un article entier. Folk classique inspiré explicitement par le traditionnel Oh Shenandoah (la rivière en question étant le Missouri), le titre fascine immédiatement par l’élégance de sa production, une pedal steel discrète qui hante les couplets, préparant le terrain pour une guitare électrique surgie de nulle part venant réchauffer l’atmosphère comme un feu de camp au cœur de l’hiver. Chef-d’œuvre instantané.

Atlanta - 17/03/2014

Atlanta – 17/03/2014

Et en parlant de feu de camp, que dire de Ki-Yi Bossie, archétype de la ballade au clair de lune, interprétée par un Bob Weir seul derrière sa guitare acoustique, soutenu cependant par quelques yodles de la part de quelques musiciens que l’on imagine assis en cercle autour de l’âtre ? Le tout en compagnie du fantôme de Dave Von Ronk, ronchonnant dans son coin, mais content d’être là quand même.

Chaque chanson de Blue Moutain justifierait à elle seule l’achat de l’album, du rockabilly et très Elvis période Sun Studios Gonesville au blues aride de Lay My Lily Down en passant par Darkest Hour, réponse américaine tardive au thème du When I’m Sixty-Four des Beatles, touchant et sincère comme l’accordéon limpide qui illumine le morceau de bout en bout.

Un demi-siècle donc, c’est le temps qu’il aura fallu à Bob Weir pour endosser le costume de barde/poète derrière sa barbe argentée et laisser un peu en retrait l’image de « l’autre gars du Grateful Dead », pour le meilleur n’en doutons pas un instant. Blue Moutain est plus qu’une réussite, c’est ce qu’on appelle vulgairement un classique instantané. Hippie-pip hourra comme dirait l’autre !

Partager