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#Critique Bois d’ombre : la fantasy française au haut niveau

#Critique Bois d’ombre : la fantasy française au haut niveau

Note de l'auteur

bois-ombreIl y a des livres, des séries, comme ça, à peine ouvertes qu’il faut les dévorer. Nous voilà happer dans leur univers, impossible de décrocher. Dans le bus, à la fin d’une soirée, en se levant le matin. Ils sont rares et pourtant, Nathalie Dau a réussi ce pari.

L’histoire : Ceredawn a réussi à entrer au Séminaire. Il doit se plier aux ordres des supérieurs, s’il veut réussir à affronter Bois d’ombre et réaliser la prophétie. Il doit survivre tout en cachant sa nature, de mage bleu et de semi-rive pour ne pas attirer la convoitise des hommes ou leur haine. Enfant fée, innocent et sauvage, il est soutenu dans cette épreuve par son frère, qui se cache dans la ville, sous l’identité d’un forgeron. Hélas, les hommes et les prophéties sont bien cruels.

Mon avis : Après un premier tome qui nous avait mis l’eau à la bouche (la critique ici), Nathalie Dau transforme l’essai avec Bois d’ombre. À travers l’histoire de Ceredawn, elle attaque aussi l’histoire de la discrimination, la misogynie et l’homophobie, la peur de l’autre et des haines nourries par des religions devenues politiques. Dans ce roman de plus de 450 pages, elle utilise la magie comme un révélateur de la société dans lequel évoluent les personnages et qui pourrait répondre en miroir au nôtre. Le tout, sans en faire un exercice didactique. Chaque problème est à plusieurs facettes, chaque personnage est pétri de contradiction.

Ce roman est aussi et avant tout l’histoire de deux frères, que l’on suit en parallèle. Si Cerdric, l’aîné, a le droit de parler à la première personne selon les chapitres, c’est avec distance que l’on suit Ceredawn, l’enfant de la forêt qui va grandir trop vite. Car Bois d’ombre met avant tout en scène des enfants, enfants qui grandissent trop vite, victimes des adultes et de leurs préjugés. La violence n’y est jamais gratuite : elle a un coût sévère, et les victimes en souffrent dans le temps. Sans vouloir dévoiler trop de l’intrigue, Nathalie Dau montre que certaines violences ne sont pas que des ressorts scénaristiques faciles pour faire avancer rapidement une histoire, mais ont des impacts à vie. Leurs victimes, tout comme les bourreaux ne sont pas des êtres unidimensionnels. Par ailleurs, elle redresse la barre des personnages féminins, qui dans le premier tome étaient par trop en retrait. Ces femmes prennent de nouvelles places, deviennent maîtresses, magiciennes, souillons ou bréonnes, complexes, héroïques ou lâches. Elles sont aussi plus nombreuses, tout simplement.

Nathalie Dau aux Imaginales en 2016.

Nathalie Dau aux Imaginales en 2016.

Pour finir, c’est de la fantasy écrite en langue française. C’est-à-dire que l’autrice parvient à jouer avec les mots, à les manier, à utiliser le « tu » ou le « je » et le « vous » pour s’amuser sur les différentes profondeurs de texte, jouer avec la proximité du lecteur et l’un ou l’autre des personnages. Il faut dire que ce sont eux, leurs chemins, qui nous fascinent par-dessus tout. Plus les épreuves approchent et plus il faut s’endurcir. Nathalie Dau ne raconte pas les combats, ou alors très rapidement. Elle préfère nous parler du chemin accompli et de celui qui reste à parcourir, de façon plutôt anti-paroxystique. Ce sont leurs évolutions et non pas leurs combats qui rendent hommes et femmes intéressants. Vivement la suite du voyage !

Si vous aimez : les histoires de frères qui se soutiennent, s’exaspèrent, se combattent, s’aiment et se déchirent. Oh, et aussi les prophéties, qui ne sont jamais vraiment ce que l’on avait prévu.

Autour du livre : L’autrice est aussi membre d’un groupe, The Deep Ones, qui réunit auteurs et musiciens et propose des concerts live avec lecture de textes issus de l’imaginaire.

Extrait : « Mon cœur se serra soudain. L’enfant grandissait. Plus que six années, et il deviendrait adulte. Quelle place aurais-je dans sa vie ? À quoi servirais-je, s’il décidait qu’il n’avait plus besoin de moi ?
Puis je sentis ses doigts se refermer sur les miens ; et sa pensée me murmurer : « Pardon ».
Mon trouble s’apaisa. Chemin faisant, je lui racontai par le menu tout ce que j’avais accompli durant l’été. Lui, qui avait pourtant le pouvoir de lire en moi, multiplia les questions, m’incita à parler sans relâche, et se comporta ainsi jusqu’à notre arrivée.
Par la suite, gracieux ainsi qu’il savait l’être, il charma maître Lorélo, les ouvriers, les apprentis de la forge, les incitant tous à détailler chacun de leurs travaux en cours – et je compris enfin son stratagème.
Mes bavardages, et puis les leurs, afin d’y cacher son silence. Tout plutôt que de parler du Séminaire… Que refuse-t-il donc de me dire ? »

Bois d’ombre – Le livre de l’énigme tome 2
Écrit par
Nathalie Dau
Édité par
Les moutons électriques

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