Critique : Cavalerie rouge de Jean-Pierre Pécau et Djordje Milovic

Critique : Cavalerie rouge de Jean-Pierre Pécau et Djordje Milovic

Note de l'auteur

Peut-on écrire sans avoir vécu ? Eh bien non a décidé Gorki qui incite Isaac Babel, jeune impétrant de la littérature russe, à exister avant de prétendre à la plume. Donc signer un bail avec l’Armée rouge. En ressort un roman graphique pas facile d’accès qui mélange Histoire, onirisme et Révolution. Hasta la victoria siempre ? Euh, pas spécialement camarade.

L’histoire : Isaac Babel, écrivain russe, s’engage dans l’Armée rouge en 1920 comme correspondant de guerre. Avec ses notes, il forme des articles qui dépeignent la vie sous les drapeaux. Seize de ces nouvelles sont pour la première fois adaptées en bande dessinée.

Mon avis : Une difficulté extrême à rentrer dans ce récit. Manque probablement, de mon point de vue, de culture générale, de références historiques, malgré des études en la matière, d’appétence aussi pour le trait de Milovic. Je n’ai pas aimé, je n’ai pas accroché et j’ai eu toutes les peines du monde à le terminer.

Mon incurie en la matière est crasse, mais je ne connaissais Isaac Babel ni des lèvres, ni des dents comme dirait l’autre. C’est le gros point positif, j’ai découvert celui que l’on présente comme l’un des plus grands auteurs russes, du XXe siècle s’entend. Vu le niveau de la littérature des environs de Moscou à l’époque, cela situe le bonhomme cornaqué au début par Maxime Gorki, himself qui l’incita à s’engager pour savoir enfin de quoi il parlait.

Seize de ses trente quatre nouvelles, qui composent Cavalerie rouge, sont dans cette BD. L’œuvre d’Isaac Babel, décalée, narre par le menu la vie sous les drapeaux lors de la Première Guerre mondiale. La sortie de ce bouquin en 1926 fera scandale en URSS malgré le succès de librairie. Arrêté, passé à la question puis fusillé en 1940, il ne verra pas sa production, interdite jusqu’en 1954. Heureusement, celle-ci connut un réel succès de librairie.

Tout n’est évidemment pas à jeter, mais je n’ai pas été sensible au génie littéraire et à sa transcription sur les planches. À vous de voir.

En accompagnement : La Mère de Maxime Gorki ou la voie vers le socialisme.

Si vous aimez : La littérature russe dans son acception la plus large.

Autour de la BD : Pécau est un auteur à succès. L’Histoire n’est jamais loin dans ses récits. Un auteur aussi prolifique que talentueux avec des séries (Wonderball, Luftballons…) toujours bien construites. Un des piliers de Jour-J également. Milovic, très apprécié dans sa Serbie natale, n’est connu en France que pour cet album.

Extraits : Le vendredi, Babel avait repris sa place de solliciteur inquiet, parmi des dames et des messieurs, Gorki sort de sa « boîte » les bras chargés d’une pile de « papiers ». Il passe, il s’arrête devant chacun, à tour de rôle. Sentences brèves et nettes.

« Cela pourrait aller quelque part, mais ce n’est pas pour nous… »

« Intéressant en partie mais beaucoup trop long »

(…)

La nouvelle qu’il avait soumise au maître parut dans les Annales. Aussitôt, Babel entra de plain-pied dans les journaux.

Mais 1917 était déjà là. Babel écrivait toujours, tant et plus. Gorki lui fit signe.

« Votre production ne vaut plus rien du tout. Vous n’avez pas assez vécu… De quel droit parlez-vous d’une vie que vous ne connaissez pas ?  »

Babel cassa sa plume et alla s’engager dans l’armée. On l’expédia dans la cavalerie rouge de Boudienny.

Cavalerie rouge
Écrit par Jean-Pierre Pécau
Dessiné par Djordje Milovic
Édité par Soleil

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