#Critique Champs d’honneur : Camerone (avril 1863) de Gloris et Mouclier

#Critique Champs d’honneur : Camerone (avril 1863) de Gloris et Mouclier

Note de l'auteur

Découvrez comment le massacre d’un groupe de légionnaires français mais étrangers dans un Mexique surchauffé, après une bataille homérique, a pu constituer un mythe national. Le concept inversé d’une victoire à la Pyrrhus.

CHAMPS D'HONNEUR_CAMERONE_INT CC_C.inddL’histoire : ils partirent à 62 et ne revinrent qu’à trois ou six, selon les sources, en 1863. Ces soldats français, engagés dans une mission « civilisatrice » au Mexique, impérialiste diront d’autres, furent confrontés à 2 000 soldats indigènes. Ils résistèrent autant qu’ils purent pendant plus d’une journée, assoiffés et affamés. Ils repoussèrent les vagues ennemis pour une certaine idée de la France et du courage. Se firent atomiser mais, plein de panache, chargèrent même à quelques-uns. Cent fois, il leur fut demandé de capituler, cent fois, ils répondirent avec leurs fusils. Lors de leur dernière sortie près du village de Camaron de Tejeda, ils n’acceptèrent de rendre les armes qu’à la condition de pouvoir soigner leurs blessés et garder leurs pétoires. L’armée mexicaine accepta face à ce courage absolu. La légende était née, le prestige de la Légion étrangère aussi.

Mon avis : on vous l’a déjà dit, mais cette série Champs d’honneur, qui vise à expliquer comment le sentiment national français s’est construit au gré de batailles fondatrices, est ultra bien faite. Pour ce quatrième opus, avant Dunkerque, le dernier, je me suis intéressé à une part de notre histoire. Bien sûr, Camerone était pour moi un des grands faits de guerre du roman national. Un nom étrange et étranger, sauf que je ne voyais pas franchement à quoi il renvoyait, licencié d’histoire que je suis. Diable ! C’est aussi une des vertus de cet enchaînement de BD : nous en dire plus sur nous.

Sur la capacité qu’ont eue certains de donner leur vie pour un idéal ou une patrie qui n’étaient pas les leurs de primeCHAMPS D'HONNEUR_CAMERONE_INT CC_C.indd abord. Loin de moi l’idée de glorifier toute forme de colonisation mais, en l’espèce, c’est dans ce cadre-là que ce carnage se produit. Cette strophe de L’affiche rouge d’Aragon, écrite 90 ans plus tard pour d’autres, leur sied pourtant à merveille. « Ils étaient 23 (62 à Camerone) quand les fusils fleurirent, 23 qui donnaient le cœur avant le temps, 23 étrangers et nos frères pourtant, 23 amoureux de vivre à en mourir, 23 qui criaient la France en s’abattant. » Même s’il s’agit de soldats conventionnels, ce furent aussi des résistants à leur manière.

Camerone est donc une défaite victorieuse. Un succès aussi pour la Légion étrangère, qui mit bien en avant sa devise legio patria nostra (la légion est notre patrie). Ces képis blancs ont repoussé les limites humaines du sacrifice et du don de soi. « Ce ne sont pas des hommes mais des démons », siffla avec respect un haut-gradé mexicain à qui les survivants furent présentés. L’honneur ultime dans la défaite.

Bref, c’est à lire. À relire. Si le roman national français vous intéresse. Ou si vous êtes curieux. Tout simplement.

Si vous aimez : le don du sacrifice comme regarder le spectacles des Enfoirés. Par exemple.

CHAMPS D'HONNEUR_CAMERONE_INT CC_C.inddEn accompagnement : une petite visite au musée de la Légion étrangère à Aubagne. Nan, je plaisante. Les Héros de Camerone d’Eugène Lanusse pour en savoir plus.

Autour de la BD : les chaises « dessinales » fonctionnent très bien. Thierry Gloris tient toujours le manche du scénario. Normal, c’est lui qui a créé la série. Au crayon, ça tourne et ça marche pour les cinq tomes. Joël Mouclier n’y fait pas exception.

Extraits : « Morzycki est mort. »

« T’inquiète ! Il ne sera pas le seul bien longtemps. Quelqu’un a encore des cartouches ? »

« Non. »

« Plus qu’une. »

« Idem. »

« Pareil ! Et si nous restons ici, nous finirons comme cochons grillés. »

« Baïonnettes au canon ! Préparez-vous à charger ! »CHAMPS D'HONNEUR_CAMERONE_INT CC_C.indd

« Tant qu’à crever, autant le faire avec panache ! »

« Vive la France ! »

Champs d’honneur : Camerone (avril 1863)
Écrit par Thierry Gloris et dessiné par Joël Mouclier
Édité par Delcourt

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