#Critique Champs d’honneur – La Bérézina (novembre 1812)

#Critique Champs d’honneur – La Bérézina (novembre 1812)

Note de l'auteur

BEREZINA.inddTroisième opus de Champs d’honneur, qui revisite la construction du sentiment national à travers les grandes batailles de notre histoire, La Bérézina, une victoire à la Pyrrhus, part du plus petit, le destin de deux amis, pour évoquer le plus grand, la France et son identité. Toujours intéressant. 

L’histoire : le début de la fin. La Bérézina est le point de départ de la décrépitude de l’Empire français et de son aigle. À travers elle, deux destins se croisent et s’entremêlent. Celui d’un noble français, exilé, qui a choisi de combattre Napoléon avec l’armée tsariste et celui d’un médecin fidèle au « Petit caporal ». Une amitié que les turpitudes de l’Histoire n’altéreront pas.

Mon avis : Valmy, Castillon, déjà parus, Camerone et Dunkerque pour ce début d’année, et entre les quatre, La Bérézina. Le parti pris est novateur. Comprendre le sentiment national français à travers cinq des batailles symptomatiques de l’Hexagone. Car, pour vouloir vivre ensemble, il a fallu d’abord vouloir mourir ensemble. « Un Français doit vivre pour elle ; pour elle, un Français doit mourir. » Ce vers, emprunté au Chant du départ, qui, s’il s’adresse à la République, peut plus généralement embrasser l’idée de patrie.

Nos ancêtres n’étaient pas pour tous les citoyens français les Gaulois mais pour l’ensemble de la communauté nationale, nos ancêtres se sont battus pour que la France vive. C’est le cas dans ce coin perdu de Biélorussie en plein automne glacé de 1812. La Grande armée règne sur l’Europe et s’avance dans un piège infernal tendu par les troupes d’Alexandre 1er. Les tsaristes feront table rase derrière eux et n’hésiteront pas à mettre le feu à Moscou pour affamer les troupes napoléoniennes. Contraintes d’opérer un repli stratégiques, elles se feront décimer autant par la maladie et la malnutrition que par les incessantes attaques tsaristes. Le franchissement de la rivière Bérézina fut fatal et est passé à la postérité dans notre langage commun comme une sévère déroute.

Cette défaite dans les cœurs préfigure Waterloo trois ans plus tard et la fin du Corse.

Mieux se comprendre pour mieux s’accepter. Savoir où on veut aller ensemble en sachant d’où on vient. Vaste programme.BEREZINA.indd

L’amitié entre Amaury de La Buissonnière, un nobliau exilé pendant la Révolution et qui rêve du retour dans la monarchie, et le docteur François Berget, qui soigne les grognards mais qui est un soutien relatif de l’Empereur. La famille du second a investi le château du premier en Normandie en rachetant ce bien national. Les deux ont donc vécu une enfance semblable. Le parcours divergera ensuite mais les batailles ne les sépareront pas alors qu’ils sont dans deux camps opposés.

Si vous aimez : le tourisme un peu excentrique autour de Gomel, Brest ou Bobrouïsk en fin d’année s’entend. Histoire d’aller se tremper le séant dans la Bérézina.

En accompagnement : Histoire de la Grande armée 1805-1815 d’Alain Pigeard, un spécialiste de la période napoléonienne.

Autour de la BD : comme les deux premiers épisodes, le scénario est confié à Thierry Gloris, qui commence à avoir une belle carte de visite en la matière. Son comparse au crayon change à chaque fois. Andrea Mutti s’y colle et ça marche. Ligne claire, trait précis.

BEREZINA.inddExtraits : « La Grande armée n’existe plus. Une page est définitivement tournée. »

« Tu as raison, l’Empire est mortellement blessé. »

« Le Corse est en fuite. Nous allons le traquer jusque dans les couloirs de Fontainebleau. »

« Napoléon hors-jeu, la France ne reviendra jamais à l’Ancien régime. Tu le sais ? »

« Malheureusement, oui ».

Champs d’honneur – La Bérézina (novembre 1812)
Écrit par Thierry Gloris et dessiné par Andrea Mutti
Édité par Delcourt

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