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Les parents pas terribles (critique de Papa ou maman, de Martin Bourboulon)

Les parents pas terribles (critique de Papa ou maman, de Martin Bourboulon)

Note de l'auteur

PapaoumamanAFFComédie pas drôle et terriblement moche pratiquant allègrement le remplissage de scénario entre deux gags laborieux.

 

En dressant le bilan ciné de l’année 2014, on se disait que la comédie française ne se portait pas trop mal. Qu’elle allait mieux en tout cas. Les valeurs sûres avaient livré des produits de qualité (Salvadori, Klapisch, Anspach…), il y avait eu de belles découvertes (Les Combattants, Jacky au royaume des filles) et même une divine surprise de la part d’un auteur réputé austère (P’tit Quinquin de Bruno Dumont, oui c’est sorti en salle). Mais là, ça se gâte. C’est même inquiétant de constater la réelle incapacité de concrétiser à l’écran le mauvais esprit qu’on annonce sur le papier. Visait-on la comédie de divorce à l’américaine, où chacun finit par révéler l’ignoble monstre qui se cache sous l’apparente correction du parent vertueux ? La Guerre des Rose avec les enfants en victimes collatérales ? Louables intentions, mais intentions seulement. Ce prétendu mauvais esprit n’est qu’une pose, une imposture. La faute à qui, à quoi ? A un peu tout, en fait.

Les animaux ne vous ont rien fait !

PapaoumamanPIC1En premier lieu, Papa ou maman a le défaut majeur du film trop content de son pitch. Aussi solide soit-il, un pitch ne suffit pas. Ici par exemple, on raconte l’histoire d’un couple interprété par Marina Foïs et Laurent Lafitte qui, après avoir réussi quinze années de mariage, pense réussir son divorce en pratiquant la garde alternée de leurs trois enfants. Sauf que leurs vies professionnelles prennent simultanément un nouvel essor. Du coup, pour pouvoir profiter de la promotion qui leur est offerte, au Danemark pour elle, à Haïti pour lui, chacun cherche à refiler les enfants à l’autre, qui bien sûr n’en veut pas. Chaque parent va alors rivaliser d’astuce pour se faire détester des gamins en leur pourrissant la vie, notamment en leur filant la tehon devant leurs potes. Bon postulat de comédie à partir duquel les auteurs Mathieu Delaporte et Xavier de La Patellière, qui s’en étaient plutôt bien sortis avec l’adaptation de leur pièce Le Prénom (2012), brodent des situations de remplissage entre les rouages d’un scénario cousu de fil blanc, et alignent des gags de plus en plus pitoyables au fur et à mesure que le film se traîne, le sommet étant atteint avec le coup du hamster. Quand on a recourt, qui plus est de manière récurrente, à la souffrance animale pour faire rire, n’est-ce pas le signe flagrant d’un manque d’inspiration ? La souffrance humaine est pourtant tellement plus drôle ! Et ce n’est pas du côté des rares tentatives d’humour surréaliste (la pierrade) que le film se rattrape.

 Action / Réaction / Confusion

PapaoumamanPIC2L’autre faux pas magistral de Papa et maman est de croire que la vitesse sert le comique. Comme si, de Blake Edwards à Gérard Oury, les génies de la comédie moderne n’avaient pas passé leur temps à démontrer que le plus important dans la mise en scène du gag, c’est la li-si-bi-li-té. Sur ce point, il y a deux catégories de réalisateurs, ceux qui comprennent dès le premier film – Thomas Cailley avec Les Combattants pour ne prendre que cet exemple récent – et ceux qui rament. Martin Bourboulon, il rame. Certes la production de Papa et maman, avec ses stars à l’affiche et Pathé au porte-monnaie, devait être infiniment plus lourde que celle des Combattants, et le réalisateur a pu s’en trouver pressé d’aller plus vite et d’éviter les temps morts. Eh bien, c’est raté. Après avoir balancé d’entrée de jeu un plan séquence rapide et virtuose mais lisible, il nous essouffle tout le reste du film avec un montage particulièrement confus basé sur le principe d’action/réaction, recourant avec un sens de la répétition qui n’a rien du running gag aux yeux ronds de Laurent Lafitte en mode cabot supérieur (fais gaffe Laurent, depuis 16 ans ou presque on est en train de te perdre) et aux bafouillements (voulus ?) de Marina Foïs. D’ailleurs la pathétique scène de l’explication des spaghettis est peut-être ce que l’actrice a fait de pire dans sa carrière, RRRrrrr!!! compris. Alors oui c’est vrai, le film est rapide. Il en devient d’ailleurs très vite pesant, et ça n’a rien de paradoxal. Ah, si au moins il était drôle…

En salles depuis le 4 février.France. 1h25.

Réalisé par Martin Bourboulon. Avec Marina Foïs, Laurent Lafitte, Michel Vuillermoz, Anne Le Ny, Yves Verhoeven

 


Papa ou maman – Bande Annonce par Blurayphile

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