[Relecture] Civil War de Mark Millar et Steve McNiven

[Relecture] Civil War de Mark Millar et Steve McNiven

Note de l'auteur

C’était inévitable. Avec la sortie au cinéma de Captain America – Civil War, l’envie nous a pris de tenter un nouveau plongeon dans le célèbre comic book de Mark Millar et Steve McNiven. Malgré toutes les précautions prises et la connaissance de ce qui nous y attendait, il n’y a rien eu à faire, c’est toujours aussi mauvais.

 

Civil War - 5Publié à partir de juillet 2006 sous la forme d’une minisérie en sept épisodes, Civil War est l’expression finale de la renaissance Marvel entamée depuis quelques années. Construite en plusieurs temps depuis l’arrivée de Joe Quesada au poste d’éditeur en chef, celle-ci s’appuya sur l’élaboration d’une ligne de comics plus « adulte » avec les collections Max (dont Jessica Jones – Alias est le plus fier représentant) et Marvel Knights (avec notamment le Daredevil de Brian Bendis et le Punisher de Garth Ennis) et la mise en place de l’univers Ultimate proposant une réactualisation des héros les plus populaires de la firme.

 

C’est dans un second temps, et suite aux succès critiques et publics, que Quesada va confier à Brian Bendis (papa d’Alias et initiateur de la gamme Ultimate), la charge de remettre aux goûts du jour les Avengers. Créant une nouvelle équipe sur les cendres de l’ancienne en appliquant la même formule que Grant Morrison sur JLA, le scénariste va faire de l’équipe super-héroïque le grand succès de la firme en ce début de XXIème. Si les X-men dominaient tout durant les années 80 et 90, c’est dorénavant l’équipe de Captain America, Iron Man, Wolverine, Spider-man, Spider-Woman et Luke Cage qui est en pôle position.

 

Du reste, on peut alors voir le premier event du Marvel moderne, House of M, comme la passation de relais entre les mutants de Xavier et l’équipe de Steve Rogers. Écrit par Brian Bendis, l’histoire de cet univers parallèle, où les mutants dominent le monde et sa conclusion les éradiquant presque tous, est également un galop d’essai pour un éditeur revenant sur le devant de la scène artistique. Le succès de ce nouveau type de saga chez Marvel (une minisérie centrale et des prolongations dans les séries habituelles) confirmé, le scénariste place alors ses pions pour une suite qu’il veut épique et qui changera tout (comme d’habitude en somme). Ayant essaimé les graines de la dissidence dans la série New Avengers et pouvant compter sur le Iron Man de Warren Ellis et le Captain America d’Ed Brubaker, Brian Bendis met en branle l’événement Civil War en confiant les rênes de la série principale à un Mark Millar ayant déjà fait ses preuves avec The Authority et sa resucée The Ultimates.

 

Civil War - 4La mort de plus de 600 personnes (dont tous les enfants d’une école primaire) lors d’une bataille entre un groupe de super-vilains et des super-héros de seconde zone participant à une émission de télé-réalité est le dernier événement d’une suite de tragédies récentes impliquant les héros masqués. Pris à partie par la population, le gouvernement décide de promulguer une loi de recensement obligeant toutes personnes possédant des super-pouvoirs à s’enregistrer auprès des autorités et à être contrôlées par elle. Les super-héros ne seront plus libres de leurs actes mais deviendront des agents gouvernementaux. Soutenue par Iron Man et Red Richard des Quatre Fantastiques mais rejetée par Captain America, la loi va diviser toute la communauté super-héroïque et provoquer une guerre civile.

 

Par son postulat simple et une mise en place présentant clairement l’enjeu, les deux camps et les personnages, Civil War reste encore aujourd’hui une remarquable porte d’entrée pour quiconque veut s’intéresser aux super-héros de l’univers Marvel. Accordons cela à Mark Millar, s’il n’est pas le plus talentueux des scénaristes, il n’en reste pas moins efficace pour poser des concepts simples et vendeurs. Captain America contre Iron Man, c’est clair, posé et ça fait rêver n’importe qui.

 

Civil War - 3

 

Les défauts de l’histoire apparaissent néanmoins assez rapidement. Sautant rapidement d’un décor à un autre et d’une conversation à une autre, le premier épisode mettait en valeur le bouillonnement médiatique et politique d’une société connectée en permanence face à un drame. L’idée est astucieuse mais devient vite un problème quand le besoin de développement se fait nécessaire. Six épisodes plus tard, on a peine à se demander ce qui justifie les actes des personnages et ce qui les pousses à s’affronter. Présentée comme un véritable séisme médiatique au sein de l’histoire de Mark Millar mais également dans la réalité, la scène de la révélation au public de l’identité de Spider-Man ne dépassera jamais son statut de buzz. Le lecteur qui ne lira pas The Amazing Spider-Man ne saura donc rien des motivations de Peter Parker, des conséquences de son choix ou des raisons de son changement de camp au cour de l’histoire.

 

Il en va de même pour les autres protagonistes qui ne dépassent jamais leur statut d’icone et de représentant basique d’une idéologie pour devenir de véritables figures aux multiples facettes. Iron Man dérive dans une veine sécuritaire (la métaphore grossière du camp de Guantánamo), Steve Rogers fonce tête baissée sans réfléchir une seule seconde jusqu’à un final très gênant (Cap en larme ? Vraiment ?), le Punisher tue des gens et les X-Men passent faire un coucou rapidement avant de repartir jouer dans leurs coins. À trop compter sur les séries annexes (à quelques exceptions prêts toutes les séries Marvel furent liées à l’événement), Civil War devient de plus en plus bancal, grossier voir incompréhensible au fur et à mesure de la lecture. Millar aura beau tenté d’injecter de l’humanité dans son récit via ce qui arrive aux Quatre Fantastiques (la famille Marvel par excellence), rien n’y fera. Et, tandis que tous ces héros se mettent sur la tronche, le lecteur se demandera ce qu’attendent des gens comme Fatalis pour profiter du bazar ambiant.

 

Civil War - 7

 

Pas aidé par les dessins d’un Steve McNiven pas au mieux de sa forme, empilant les scènes de baston sans âme et « s’inspirant » de quelques dessins de copains, Civil War pourrait toutefois apparaître comme une œuvre intéressante au niveau de son propos. Hélas, à bien y regarder, celui-ci apparaît très vite comme du réchauffé dans un univers qui a déjà par le passé traité de ces questions au sein de séries régulières ou de miniséries avec bien plus de rigueur et de talent. L’ingérence du gouvernement sur les Avengers fut un point fort de la série au début des années 80. Quand aux luttes fratricides, elle reste à la fois un des socles des X-Men, mais également du trop méconnu Squadron Supreme de Mark Gruenwald.

 

Encensé en son temps par l’audace de ses événements, Civil War rejoint pourtant rapidement le rang des sagas événementielles qui ne changèrent rien malgré leur promesse. La révélation de l’identité de Spider-Man fut rapidement annulée avec le tristement célèbre One More Day et la mort de Captain America reste du fait d’Ed Brubaker qui avait déjà prévu cet événement dès les premières pages de son run trois ans auparavant. À bien y regarder, la minisérie fut surtout un moyen pour Brian Bendis d’avancer dans sa grande œuvre sur les Avengers et ouvrit la voit à une succession d’event tous plus mal torchés les uns que les autres (Secret Invasion, Siege, Fear Itself, Avengers vs X-men). Expression finale de la renaissance Marvel comme nous l’avons écrit plus haut, Civil War demeurera surtout comme le début d’une des périodes les plus médiocres de celle-ci.

 

 

 

Civil War - 6

 

 

 

Civil War – Minisérie de sept épisodes.

Écrit par Mark Millar

Dessiné par Steve McNiven

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