#Critique Daniel Cavanagh – Monochrome (Kscope)

#Critique Daniel Cavanagh – Monochrome (Kscope)

Note de l'auteur

Pour Daniel Cavanagh, 2017 sera définitivement une année à marquer d’une pierre blanche (ou noire… ou de sa couleur préférée, peu importe). Après l’excellent The Optimist (avec Anathema) en juin dernier, il nous livre cet automne son premier véritable album solo, Monochrome. Comme on pouvait s’y attendre, au vu de son titre et d’après ce qu’on sait de son auteur, c’est un disque à l’écoute duquel on rit peu… et c’est fort heureux.

Le mercredi 4 octobre 2017, sur la désormais tristement célèbre scène du Bataclan à Paris, un Daniel Cavanagh visiblement ému, et entouré de son groupe Anathema, nous enjoignait à « essayer de générer un peu d’amour ». Une petite dizaine de jours plus tard, un vendredi 13, sortait son premier album solo, Monochrome.

Passé le premier constat (celui que l’album est très réussi et un brin tristounet), deux sentiments s’impriment en vous au fur et à mesure des écoutes successives du disque.

Le premier, évident, est qu’il est difficile de le dissocier complètement de la discographie d’Anathema, cette véritable petite « PME familiale » que gère Danny avec deux de ses frères depuis plus de vingt-cinq ans. Monochrome évoque A Natural Disaster (2003), dans son apparente simplicité et son atmosphère calme, presque atone.

Ainsi, et même si Monochrome est une œuvre à part entière, difficile de résister à l’envie de jouer au jeu des « sept erreurs ». D’autant plus que, si on juxtapose le dernier album du gang des frères Cavanagh paru au printemps, The Optimist, l’interprétation que ces derniers viennent d’en donner en tournée et l’écoute de Monochrome, l’effet produit est fascinant. On parvient presque à isoler, par soustraction, la contribution – certes majeure – de Daniel à la musique du groupe mais aussi celle des autres membres. Paradoxalement, cet album « à part » mettrait presque ses acolytes en valeur, par la magie du jeu des contrastes et des contre-formes.

The Optimist était peut-être l’album le plus « collectif1 » qu’Anathema ait jamais enregistré. En cela, il pouvait vraiment être considéré comme une œuvre participative : un tableau recouvert de multiples couches de pigments, de matières, de textures, laissées par des contributeurs divers. Monochrome, quant à lui tient davantage d’un carnet de croquis. Chaque chanson correspondrait à une page. Parfois, ce serait simplement un joli gribouillis (Dawn). À d’autres moments, on verrait se dessiner des lignes, tracées à la plume ou à la mine de plomb, esquissant une composition plus ambitieuse (The Silent Flight of the Raven Winged Hours, maginifique).

Parfois, nos yeux s’arrêtent sur quelques taches de couleur : une voix (celle d’Anneke van Giersbergen) par ici, le son d’un violon (joué par Anna Phoebe) par là.

Mais le plus clair de l’album reste d’un noir d’encre. Et c’est là que réside son autre caractéristique remarquable. Il porte en effet l’empreinte d’un passé lointain et révolu, où Anathema – avec Paradise Lost et My Dying Bride – était ce qui se faisait de so british dans le registre du doom metal.

À quelques ajustements près, nous ne sommes pas très loin d’un album comme The Silent Enigma (1995). Ça nécessite un petit effort d’imagination mais rajoutez de la distorsion sur les guitares, saturez la voix et montez le son et, par un drôle d’effet de perspective, on y est presque.

Monochrome est un album à l’image de son auteur : assez peu disert et plutôt effacé. On pourrait même avoir l’impression qu’il manque un peu d’éclat ou de personnalité, qu’il est un peu taciturne et ennuyeux. Mais ce n’est pas le cas. C’est simplement un album discret qui, même en pleine lumière conserve cet aspect un peu diaphane. La preuve qu’on n’échappe jamais complètement à son passé, sans doute.

Daniel Cavanagh - Monochrome - PochetteMonochrome,
de Daniel Cavanagh
Sortie le 13 octobre 2017
sur le label Kscope
(disponible ici)

 
 
 
 
 

1 C’est ce que nous disait, fin avril, Vincent Cavanagh (le frère de…) lors d’une interview accordée à l’occasion de la sortie de l’album.

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