Bobo-bun (critique de Casse-tête chinois)

Bobo-bun (critique de Casse-tête chinois)

Note de l'auteur

Il est de retour, le film générationnel qui a vu ses personnages passer du statut d’étudiants à celui de trentenaires en vadrouille et qui les retrouve aujourd’hui au seuil de la quarantaine. On parie sur la midlife crisis au prochain épisode ?

Tout a commencé bien avant 2002 et L’Auberge espagnole. Pour être précis c’est en 1994 que Cédric Klapisch a rencontré son Antoine Doinel à lui en la personne de Romain Duris. Le film s’intitulait Le Péril jeune, et Klapisch et Duris allaient durablement s’inscrire dans le paysage de ce qu’on peut appeler – pardon mais c’est un tel bonheur de mettre des étiquettes – le cinéma d’auteur français tendance chorale bankable. Et dans ce paysage plus vaste qu’on l’imagine, il y a bien pire que L’Auberge espagnole, Les Poupées russes et Casse-tête chinois, c’est certain.

Tourisme

Après Barcelone et Saint-Pétersbourg on s’arrête cette fois dans le chinatown newyorkais, mais en terrain connu : les intrigues s’imbriquent, les situations sont souvent drôles, les élans burlesques assumés, le rythme soutenu et Klapisch fourmille d’idées de mise en scène, qu’on les trouve bonnes ou pas, au moins elles ne manquent pas. Comme on est à New York et que le parti pris consiste à exploiter la recette éprouvée de la série, on force un peu le trait, Ground Zero n’était sans doute pas nécessaire mais enfin on sait gré au réalisateur de ne pas sombrer dans le pittoresque en nous infligeant les pénibles scènes de la plupart des romcoms touristiques, Nous York en a fourni un exemple géographiquement proche il n’y a pas très longtemps. Quand on vous dit qu’on trouve bien pire que Klapisch !

D’un film à l’autre, l’histoire reste celle d’un marivaudage boulevardier qu’il ne nous paraît pas nécessaire de résumer autrement qu’en évoquant des couples qui se croisent, se chassent, se déforment et se reforment. Le temps a passé et, la quarantaine approchant, les questions ne sont plus celles de l’engagement et de la parentalité (ça c’était pour l’épisode précédent) mais de familles reconstituées. Les temps ont changé aussi et une mise à jour contextuelle s’impose. On se coltine donc les questions sociétales du moment, homoparentalité et procréation assistée, merci à Romain Duris de s’y coller et à Cécile de France d’en porter le fardeau.

Branlette

A ce propos une séquence de don de sperme nous donne l’occasion de faire un peu de branlette intellectuelle et surtout esthétique sur la différence de traitement entre deux types de comédie française. Dans l’insoutenable Fonzy d’Isabelle Doval, le personnage titre est caricaturé par des grimaces et une mullet ridicule qui sont censées véhiculer l’humour de la scène, hum. Cédric Klapisch, réalisateur de meilleur goût (remarquez c’est pas bien difficile), va plutôt essayer de matérialiser l’imagination de Xavier (Romain Duris). Les photos des magazines tenus à disposition du donneur pour favoriser son éjaculation dans un petit flacon pas particulièrement sexy vont prendre vie et accomplir les fantasmes de Xavier jusqu’à ce que le miracle de la branlette médicale se réalise. La scène glissante et casse-gueule par excellence est passée, ouf. Reste néanmoins cette impression d’assister comme ça, tout au long du film, à un parcours de scènes à faire et de thèmes à traiter.

En trois films Klapisch, Duris et les autres continuent donc de faire le job, sans plus, et finissent quand même par composer une sorte de saga des relations amoureuses de notre temps ; une allégorie du couple, chimère endogène d’une société en perpétuelle métamorphose culturelle et morale. De la comédie de mœurs quoi, comme on disait autrefois. Cela étant, Casse-tête chinois, annoncé comme le dessus du panier de la comédie française, ne nous rassure pas pour autant sur ce genre aujourd’hui sinistré, tant la recette est éventée et l’invention superficielle. Et sinon je suis bien content parce que, ça n’arrive pas tous les jours, ce film m’a permis d’écrire dans le même article trois fois le mot branlette. Quatre fois.

En salles le 4 décembre.

2013. France. 1h57. Réalisé par Cédric Klapisch. Avec Romain Duris, Audrey Tautou, Cécile de France, Kelly Reilly, Sandrine Holt…

Partager