Apportez-moi les miettes de José Garcia (critique de Fonzy)

Apportez-moi les miettes de José Garcia (critique de Fonzy)

Note de l'auteur

Remake opportuniste d’un petit film québécois qui fut le succès surprise de l’été 2012, Fonzy est un bon exemple du désolant état dans lequel se trouve la comédie française. C’est aussi une vraie déception pour qui voyait en José Garcia un peu plus qu’un simple agitateur de plateau télé.

Producteurs et diffuseurs français laissent volontiers entendre aux auteurs qu’ils sont en recherche de projets de comédie innovante, originale, à l’américaine, ils évoquent les Farrelly ou Apatow, parlent de comédies visuelles qui n’ont pas froid aux yeux mais qui ont quand même du fond, du sens, qui envoient du pâté, quoi. Alors pourquoi, malgré les discours volontaires et les intentions affichées, Neuf mois ferme de Dupontel reste-t-il une exception ? Pourquoi la formule consacrée “comédie française à la con” est-elle plus que jamais d’actualité ? Est-ce parce que les enjeux financiers tempèrent toutes les audaces, que ces enjeux dépendent du renom des acteurs qui sont justement indispensables pour rassurer les investisseurs, et donc attirer le pognon, qui tempère les audaces, attirant le pognon ?

José Garcia semblait en mesure de briser ce cercle vicieux. Oui José Garcia, l’acteur capable du plus mainstream (Les Seigneurs, La Vérité si je mens) mais qui ose également les personnages atypiques dans des films qui ne le sont pas moins (Le Couperet, Extension du domaine de la lutte) ou qui ont au moins la dignité d’être correctement écrits (Quatre étoiles). Incontestable force comique, José Garcia dans le rôle de Starbuck, ce frénétique donneur de sperme québécois devenu le père biologique de 533 enfants, on pouvait donc (raisonnablement) y croire. On pouvait croire que les producteurs oseraient cette fois la comédie qui balance le pâté. On a eu tort.

© StudioCanal

Starbuck n’était certes pas un chef d’œuvre, loin de là. Mais son personnage se découvrait une conscience autour du rejet et de l’acceptation de la paternité, et le film de Ken Scott évoluait au fil d’interrogations plus profondes qu’en apparence tout en maintenant le cap, c’est important de le noter, du divertissement. Fonzy, au contraire, bascule très rapidement dans la gaudriole. Lui ne veut pas d’enfant, sa copine tombe enceinte et le défie d’être un vrai père, du coup il accepte d’être le papa de dizaines d’enfants biologiques dont il devient l’ange gardien, les aidant dans de petites tracasseries du quotidien qui sont autant de prétextes à de navrantes pitreries. Tu avais vraiment l’air de valoir mieux que ça, José, et tu te noies au milieu d’intrigues secondaires consternantes dont la plus insupportable (et elles sont nombreuses à se disputer la place) concerne Xavier, horripilante caricature de musico façon Tranxene 200. Personne derrière la caméra pour voir le désastre ? Pour dire stop à tous ces pathétiques effets vaguement burlesques, ces gags lourdingues, les wesh du livreur de pizza, les zyvas des éboueurs ?

Triste fin de nos maigres espoirs portés sur Garcia, donc, et humiliation méritée pour celui qui, face à tant de médiocrité de chaque côté de la caméra, se voit contraint de baisser son niveau de jeu afin que les scènes tiennent comme elles peuvent, le temps que l’histoire avance. Fonzy se prend une branlée en salles. Il y a une justice.

En salles le 30 octobre.

2013. France. 1h45. Réalisé par Isabelle Doval. Avec José Garcia, Audrey Fleurot, Lucien Jean-Baptiste, Gérard Hernandez, Arnaud Tsamère…

 

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