French Concon (critique de La French, de Cédric Jimenez)

French Concon (critique de La French, de Cédric Jimenez)

Note de l'auteur

FrenchAFFAmbitieux et aguicheur, déséquilibré et un peu con, La French est écrasé par ses modèles mais a le mérite de se distinguer du tout venant du polar français.

 

La French c’est un peu le contrechamp du French Connection de Friedkin, ce qui se passe à Marseille dans les années 70 où les cargos sont bourrés d’héroïne avant de partir pour New York. Le célébrissime Gaëtan Zampa gère ce bizness florissant entouré d’une bande de porte-flingues à la gâchette facile. Il est traqué par l’incorruptible juge Michel, interprété par Jean Dujardin, qui s’est fait un devoir de démanteler le réseau. Un devoir qui tourne à l’obsession et qui lui coûtera la vie. Car oui, Jean meurt à la fin, c’est pas du spoiler, c’est du fait-divers et même de l’Histoire, déjà adaptée par Philippe Lefebvre avec Le Juge en 1984. Peu de temps après les événements, Jacques Perrin y incarnait le rôle-titre d’un film sec, concentré sur son sujet, qui s’inscrivait dans la mouvance du cinéma politique façon Boisset des années 70 et n’hésitait pas à dénoncer la corruption de protagonistes alors encore en activité. Plus généreux, La French vise davantage le divertissement et l’action avec en ligne de mire le parrain des films de mafia, Martin Scorsese.

FrenchPIC1La première moitié du film, très scorsesienne justement dans sa débauche de tubes de l’époque et ses accès de violence un brin sadique, est assez réussie. On passe vraiment un moment agréable à s’installer dans cet univers foisonnant, jusqu’à la scène de la rencontre physique entre Zampa et Michel qui coupe exactement le film en deux par un fondu au noir appuyé. Si appuyé qu’il donne l’impression que Cédric Jimenez, réalisateur remarqué avec l’original premier long Aux yeux de tous, nous dit attention là, fini de rigoler. Et, effectivement, le film se ramasse ensuite en cherchant à se recentrer sur les enjeux familiaux. Pourquoi pas, mais pour que cela fonctionne il aurait fallu que la pauvre Céline Sallette ait quelque chose à faire de son personnage de sage épouse de juge. Et Mélanie Doutey en Madame Zampa n’est pas mieux lotie. C’est une grosse erreur – et la leçon mal digérée de Scorsese – que de cantonner les femmes à des rôles de potiches sous prétexte qu’on est dans un film de mecs. La French ne parvient dès lors plus à cacher ses défauts derrière l’apparat clinquant de la reconstitution – d’ailleurs bien chiadée – d’une période révolue, et devient même assez cucul lors de scènes comme celle où le juge Michel s’effondre en larmes au téléphone. Et lorsque le film essaie de reprendre la main, c’est ou trop tard ou mal exploité. A quoi bon en effet évoquer le Service d’Action Civique, la police parallèle de De Gaulle, et montrer que cette information excite le juge et ses acolytes comme une révélation de première importance, si c’est pour ne rien en faire ? Ça sent bêtement la caution “film politique” que n’est pourtant pas et ne cherche jamais à être La French.

FrenchPIC2Tandis que le devenir Bébel de Dujardin se dessine de plus en plus clairement, on trouve du côté de la pègre un beau panel de trognes patibulaires qui relèvent le film, même si Gilles Lellouche ne parvient pas à rendre son personnage inquiétant. Gaëtan Zampa manque trop de cette prestance, ce côté sympa et bon camarade d’un Joe Pesci qui donne envie de caresser la main du diable en espérant qu’il ne se réveille pas. Si l’intérêt peine à être maintenu à chaque scène de ses 2h15, l’ambition de La French le distingue néanmoins des habituels et interchangeables polars français. Et me donne une furieuse envie de revoir le Friedkin !

 

En salles le 3 décembre. 

France. 2h15. Réalisé par Cédric Jimenez. Avec Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Céline Sallette, Mélanie Doutey, Benoît Magimel…

Partager