Trois reufrés (critique de Les Trois frères, le retour)

Trois reufrés (critique de Les Trois frères, le retour)

Note de l'auteur

Ils sont de retour et ils ne sont pas contents. Et nous non plus. D’ailleurs le titre du nouveau film des Inconnus est particulièrement révélateur du manque total d’imagination qui préside à cette entreprise.

Par son seul titre, Les Trois frères, le retour a au moins le mérite d’afficher avec franchise son statut de séquelle simpliste, sans âme et jamais drôle du déjà pas drôle Les Trois frères, sorti en salles en 1995. A l’époque, le succès phénoménal du film (près de 7 millions d’entrées) assurait la reconversion au cinéma du trio comique formé par Didier Bourdon, Bernard Campan et Pascal Légitimus, qui avait fait fureur sur le petit écran du milieu des années 80 au début des années 90.

Comment ça pas drôle Les Trois frères ? me direz-vous, farouche contradicteur qui vous êtes bidonné sur les mésaventures de ces trois nigauds opposés en tout et qui se voyaient réunis par le fruit du hasard et de la paternité. Et vous aurez raison, libre à chacun d’apprécier un humour basé sur l’hyperbole et l’imitation d’accents. En revanche, comment justifier qu’une suite ne soit que la copie de l’original, alignant les mêmes gags éventés sur un scénario quasi identique ? Car l’histoire racontée ici n’est qu’un bégaiement du premier épisode, à coups de faillite personnelle, de promesse d’héritage et d’apparition d’enfant surprise. Imaginons pourtant que vous trouviez drôles certaines vannes, par exemple le fait que les deux avocats se nomment Maître Vaselin et Maître Assec, êtes-vous prêts à subir pendant 1h45 une réalisation aussi pauvre, une image aussi plate et un montage aussi mou que ceux des Trois frères d’autrefois ?

Rien de neuf donc, et pourtant une question qui, dès lors que l’aspect systématique de l’entreprise de recyclage est avérée, peut susciter l’intérêt : puisque l’humour évolue avec le temps et qu’on ne rit plus des mêmes blagues aujourd’hui qu’il y a vingt ans, comment Les Inconnus vont-ils aborder ce qui contribuait grandement à leur gloire, c’est-à-dire l’imitation post michel-leebienne d’accents arabes et asiatiques ? Eh bien, coup de génie politiquement correct, Bourdon et Campan se rabattent sur l’accent de nos cousins du Québec ! Câlice, les gars !

Si on peut comprendre qu’une équipe ayant connu les sommets du box-office ressente l’envie ou le besoin de se reformer, on peut quand même se demander à qui leur film est destiné. Autrement dit, Les Inconnus sont-ils has been ou un public rajeuni ira-t-il les voir en salle ? Le trio l’espère évidemment et, grâce à la fille ado de banlieue d’un des personnages, le film est justement saturé de gags sur des quinquas parisiens qui essayent de parler avec des morceaux de verlan dedans, comme sont supposés le faire des jeunes du neuf trois. Jamais drôle donc, et cependant n’écartons pas le risque d’un succès public sans tomber pour autant dans le délire absolu qui avait en 1996 conduit la grande famille du cinéma à décerner le César de la meilleure première œuvre aux Trois frères. Ce qui au passage, même lorsqu’ils ont la bonne idée de récompenser une comédie, en dit long sur les raouts auto-congratulatoires.

En salles le 12 janvier.

2014. France. 1h45. Réalisé par Didier Bourdon et Bernard Campan. Avec Didier Bourdon, Bernard Campan, Pascal Légitimus, Fatima Adoum, Antoine du Merle, Sofia Lesaffre

Partager