Jake Gyllenhaal, seul dans la nuit (critique de Night Call)

Jake Gyllenhaal, seul dans la nuit (critique de Night Call)

Note de l'auteur

hr_Nightcrawler_2Vous l’avez sûrement repéré dans les rues, sur internet : le beau Jake Gyllenhaal est de retour.
Mais quel est ce film au titre kavinskiesque ? Vaut-il le détour où faut-il enclencher la seconde, accélérer et passer son chemin ?
Prenons le temps, avant de commencer, de dissiper tous malentendus :
Non, Night Call n’est pas la suite de Drive.
Night Call est en fait Nightcrawler dans sa version originale et n’a de commun avec Drive que ses producteurs, une belle voiture et la ville dans laquelle le film se déroule.

Le synopsis :

Lou, petit voleur à la sauvette, cherche désespérément un travail à la hauteur de ses espérances. Las d’attendre que quelqu’un veuille bien l’engager, il décide de créer son propre business en se spécialisant dans la prise de vue d’accidents et d’agressions. Il se branche sur les fréquences radios de la police et parcourt Los Angeles de nuit à la recherche d’images choc à vendre au networks locaux. C’est une descente vers la folie et l’engrenage dans laquelle Lou s’engage avec ce nouveau travail.

Dan Gilroy signe ici un film intelligent grâce à de nombreux ingrédients magiques qui viennent parfaire une histoire au potentiel fort.
À l’origine scénariste (Jason Bourne : L’Héritage, le merveilleux The Fall), il est ici en charge de la réalisation et s’en sort à merveille. Le rythme est excellent, la mise en scène intelligente. C’est un premier long très prometteur qui laisse présager de bonnes choses pour l’avenir de ce réalisateur en devenir. Mention spéciale à une scène de course-poursuite en voiture qui continue de me donner des frissons.

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La force de Night Call tient à plusieurs choses, la principale : son scénario. Le sujet est intéressant, pose de vraies questions sur les médias d’aujourd’hui et entraine le spectateur à s’interroger sur la nature de ce qu’il est en train de regarder. Dans la culture d’un internet qui montre tout, le film pose la question de l’audience télévisuelle. Jusqu’où peut-on aller pour garder un public, pour l’empêcher de zapper ?
La deuxième grande qualité de ce scénario ce sont ses personnages. De Lou, le « héros » complètement frappadingue, prêt à tout pour réussir et acquérir une notoriété et un certain pouvoir sur les autres à la productrice sur le déclin, Nina, en passant pas l’assistant Rick, tous sont parfaitement caractérisés. Chacun existe dans le film en tant que tel et provoque chez nous une certaine empathie.

K72A3451d.tifLe dernier grand intérêt de Night Call réside dans son casting, Rene Russo est magnifique en américaine cinquantenaire over-maquillée.
Mais surtout, il n’est plus laissé aucun doute au fait que Jake Gyllenhaal est sûrement un des meilleurs acteurs de sa génération. Transformé par la perte de ses 15 kilos, il affiche ici une mine inquiétante rappelant parfois un Donnie Darko flippant ou un Norman Bates malsain. On peut lire sur son visage la même folie que celle de Patrick Bateman, on ne sait pas où le personnage de Lou va s’arrêter et pourtant, on ne peut s’empêcher de se sentir proche de lui. Jake Gyllenhaal transperce l’écran et rayonne dans ce paysage nocturne américain.

Ce thriller rempli de tension ravira donc la majorité d’entre nous par sa qualité de forme et (pour une fois) de fond. À la manière d’un Michael Mann, d’un Nicolas Winding Refn, Dan Gilroy s’empare de la ville de Los Angeles pour la faire vivre et en faire le personnage principal de son film.

Night Call, réalisé par Dan Gilroy, avec Jake Gyllenhaal, Rene Russo, Riz Ahmed, Bill Paxton, Kevin Rahm (1h41). Sortie le 26 novembre 2014.

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