Hé Tom, la ferme ! (critique de Tom à la ferme, de Xavier Dolan)

Hé Tom, la ferme ! (critique de Tom à la ferme, de Xavier Dolan)

Note de l'auteur

Tom AfficheEst-ce en raison des violons calqués sur Bernard Hermann ou parce qu’une scène se déroule dans un champ de maïs qu’on peut lire ici ou là le qualificatif “hitchcockien” à propos du nouveau film de Xavier Dolan (Les Amours imaginaires, Laurence Anyways) ? Contre-sens absolu : Hitchcock a toujours privilégié l’image et l’action sur la psychologie, même quand elle n’était pas de bazar.

Concepteur publicitaire et citadin pur jus, Tom s’en va assister aux funérailles de son compagnon. Même s’il n’a pas été convié, il se rend dans la famille du défunt qui exploite une ferme au fin fond de la campagne québécoise, un autre monde quoi. Mais lorsqu’il débarque dans ce coin perdu, froid et mortifère, rien ne se passe comme prévu. Il découvre que personne ne connaissait son existence car, sous la pression d’un grand frère sadique, son amoureux cachait son homosexualité au reste de la famille, soit la gentille vieille femme un peu déjantée et radoteuse qui lui tenait lieu de mère. Et là, au lieu de repartir après la cérémonie comme il avait prévu de le faire, Tom décide de rester malgré l’attitude de Francis, le grand frère qui s’occupe seul de la ferme et qui menace de lui péter la gueule, voire plus, au moindre écart.

Et c’est alors que, tenez-vous bien, attiré par la violence de ce mâle dominant qui, dit-il, sent l’étable, le jeune pubard parfumé de Montréal se place sous la coupe de Francis et devient fermier, rêvant d’une trayeuse laser pour ses vaches et mettant bas les veaux en écrasant des larmes de joie… Doit-on vraiment y croire ? Oui, et c’est bien là le problème de cette adaptation théâtrale : les choix et les actions du personnage ne sont absolument jamais cohérents et demeurent incompréhensibles malgré les flots de paroles déversés pour les justifier. En cherchant à détricoter le lien sado-maso qui s’établit entre Tom et Francis, le réalisateur et interprète du rôle-titre se noie dans la métaphrase psychologisante là où une approche sur le flanc comportemental aurait été autrement plus parlante, et plus payante aussi côté pétoche puisqu’après tout Tom à la ferme se présente comme un thriller.

Il est vraiment dommage que Xavier Dolan n’utilise pas ses indéniables talents de metteur en scène formaliste et de monteur hors pair pour casser ce fond sursignifiant et sortir de cette psychologie bourrine dans laquelle il s’embourbe et qui nous empêche de croire en ce Tom pour lequel on est censé flipper. Comme si une bonne image valait moins qu’un long discours. Ce n’est pas vrai.

 

En salles depuis le 16 avril.

2013. France / Canada. 1h42. Réalisé par Xavier Dolan. Avec Xavier Dolan, Pierre-Yves Cardinal, Lise Roy, Evelyne Brochu

 

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