#Critique : Death Note

#Critique : Death Note

Note de l'auteur

Ça y est, l’adaptation de Death Note « made in Netflix » est enfin disponible sur la fameuse plate-forme de streaming et ce que l’on pouvait redouter de pire a bien eu lieu. Sous la caméra d’Adam Wingard, le célèbre manga de Tsugumi Ohba et Takeshi Obata perd tout son sel, tout son piquant, bref toute sa saveur et plus encore. Entre des personnages mal définis et inconsistants, des coupures scénaristiques grossières et des enjeux totalement sous-exploités, ce Death Note n’a rien ou presque à proposer aux fans du manga et/ou de l’anime, mais il n’a rien à proposer non plus aux spectateurs, tout court. Les adaptations de mangas sont définitivement très casse-gueules et celle du best-seller Death Note ne fait pas exception à la règle. Un sacré gâchis… On n’est pas non plus au niveau de la purge intergalactique qu’était Dragon Ball Evolution mais quand même…

 

Le travail d’adaptation est un exercice difficile et périlleux… Il faut savoir faire des choix, prendre le risque de s’éloigner quelque peu de l’œuvre originale, tout en conservant ce qui fait son essence et les questionnements qui en découlent. Parfois, cela ne suffit pas mais au moins l’effort de respecter au mieux le matériau d’origine est bien là. Pour ma part, le Ghost in the Shell de Rupert Sanders rentre dans cette catégorie. Oui, le film est imparfait mais il tente, tant bien que mal, de préserver l’idée de la saga SF de Masamune Shirow. De son côté, sur Death Note, Adam Wingard a préféré reprendre le concept et quelques personnages sans vraiment s’occuper du reste. En résulte un teen movie quelque peu insipide et inoffensif qui aligne pas mal de contre-sens par rapport au manga.

 

On suit donc Light Turner, un ado lambda, solitaire et brimé par ses camarades de classe, qui voit sa vie basculer lorsqu’il trouve le Death Note, un étrange bouquin tombé du ciel. Dès lors, il devient une sorte de dieu de la mort. Visualiser la personne, inscrire son nom complet et les circonstances de sa mort dans le cahier et le tour est joué. Là où dans le manga, Light était un personnage froid, impassible, manipulateur et à l’intelligence redoutable, il devient ici sous les traits d’un Nat Wolff insipide, un ado victime et faussement malin, bref un Light un peu trop naïf et effacé, bien loin de celui du manga. Sa « love story » avec Mia, interprétée par Margaret Qualley vu dans la série The Leftovers, manque cruellement de profondeur et là encore, cette dernière ne colle pas du tout avec son personnage. Exit l’ado « so girly », futur mannequin, un peu insupportable et totalement éprise de Light. Ici, Mia est une ado calculatrice un peu transparente. Le pire, c’est que dans un sens, son personnage est plus bien proche du Light du manga (tout est relatif) que ne l’est le Light du film. Très vite, beaucoup trop vite d’ailleurs, les deux tourtereaux filent le parfait amour et jouent à la Grande Faucheuse en couple et en deux temps, trois mouvements, c’est l’avènement de Kira (pseudo de Light) aux yeux du monde entier.

 

L’un des gros problèmes du film, c’est qu’il enchaîne les scènes à toute allure, sans jamais prendre le temps d’installer quoique ce soit, de poser les enjeux et d’entamer une quelconque réflexion. Au passage, quid du questionnement éthique autour des agissements de Kira ?! Bref, en vingt minutes de film, le voilà propulsé au rang de quasi-divinité adulé par de nombreux supporters à travers le monde. Malheureusement, cette idée de fanatisme sectaire célébrant une forme de justice divine, bien que particulièrement d’actualité à notre époque, n’est absolument jamais exploitée. Pour contrer et démasquer Kira/Light, les auteurs du manga l’avaient opposé à L, un personnage énigmatique et atypique, lui aussi doté d’une intelligence et d’une logique remarquable. De ce détective de génie ne reste que deux ou trois tics comme sa manière de s’asseoir ou le fait de s’empiffrer de bonbons. Lakeith Stanfield que l’on peut apercevoir dans Get Out et l’excellente série Atlanta, tente de donner corps au personnage mais en vain. L’impassibilité du personnage et son inquiétante sérénité et décontraction, ont laissé place à de l’impulsivité et de la précipitation. D’autant qu’il est particulièrement mal introduit dans l’histoire, faisant de lui une sorte de pièce rapportée de nulle part et dont on ne sait pas bien ce qu’il fait là. D’ailleurs, il identifie Light comme étant Kira en un temps record sans que l’on sache vraiment comment, mais bon bref… De coup, compte-tenu du manque d’enjeux et de la bien piètre caractérisation des personnages, le face-à-face psychologique tant attendu entre Light et L n’a pour ainsi dire pas lieu. La partie d’échecs, de manipulation et de faux-semblants à laquelle s’adonnent les deux personnages dans le manga, se résume dans le film, à une brève engueulade entre lycéens et à une course-poursuite poussive et sans intérêt. Le jeu du chat et de la souris si jouissif auquel nous avons pu assister dans le manga, tourne vite court ici.

 

Un petit mot sur le personnage de Ryuk, Dieu de la Mort pour qui Willem Dafoe a prêté ses traits et sa voix. Eh bien, une fois encore, son rôle est réduit à peau de chagrin et en définitif, il pourrait aussi bien être une petite voix dans la tête de Light, le poussant à tuer, que cela aurait été pareil. L’ambiguïté du personnage d’origine a complètement disparu au profit d’apparitions inutiles où Ryuk ricane sournoisement. Mouais… Je ne parlerai pas de Rem, Near ou Mello puisque, comme on pouvait s’en douter, ils n’apparaissent pas dans l’adaptation d’Adam Wingard, ce qui n’est pas vraiment un mal. Si le réalisateur avait surpris son monde avec son film You’re Next, ici il ne semble pas franchement inspiré par son sujet et n’a clairement pas su capturer l’essence du manga. Il manque à son film le poison insidieux du manga, son affrontement psychologique de haute volée et la complexité de ses personnages… Il manque un peu tout, quoi… !

 

Au final, ne reste qu’un produit assez mal branlé, un film sans envergure et sans profondeur dans lequel les acteurs tentent d’exister sans grande conviction. Parmi les nombreuses adaptations de mangas et d’animes en projet, Death Note n’était pas la plus facile à mettre en œuvre mais elle paraissait bien plus abordable que d’autres, tant au niveau thématique qu’esthétique. Du coup, le pire est vraiment à craindre quant aux futurs adaptations live de titres comme Cowboy Bebop, One Piece ou encore Saint Seiya ! Si Hollywood ne parvient pas à mettre en place un portage convenable de Death Note au cinéma, que va-t-il faire avec des titres aussi inadaptables que ceux-là ?! Car oui, mes amis, l’avènement du manga à la sauce américaine commence tout juste et c’est de nombreuses séries chères à nos yeux qui risquent de se faire dépouiller, mal digérer et recracher à la face des spectateurs. Je serai tenté de dire que le pire est à venir mais franchement, peut-on faire pire que Dragon Ball Evolution ?! Les paris sont ouverts… En attendant, ce Death Note n’a rien compris à son modèle et se rapproche finalement plus d’un Destination Final, en beaucoup moins fun que du manga culte de Ohba et Obata.

 

Death Note
Réalisé par Adam Wingard
Avec Nat Wolff, Margaret Qualley, Lakeith Stanfield
Disponible sur Netflix depuis le 25 août 2017

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