Critique d’Exodus : Gods and Kings de Ridley Scott

Critique d’Exodus : Gods and Kings de Ridley Scott

Note de l'auteur

Exodus 1Après l’échec critique de Cartel (rentable malgré tout, grâce à son budget réduit), Ridley Scott revient bien vénère avec un blockbuster biblique de 140 millions de dollars. Très ambitieux, Exodus oppose le pharaon Ramsès II à son ami d’enfance Moïse qu’il exile après la découverte de ses origines hébraïques. Une réussite… partielle.

De toute évidence, les chefs-d’œuvre du Britannique Ridley Scott sont à chercher au début de sa carrière : Alien en 1979 et Blade Runner en 1982. La suite de sa filmographie restera dans l’ombre de ces deux monuments, avec des hauts (Thelma & Louise, 1991) et des bas (Hannibal, 2001). Les fresques historiques y prennent une place importante, la plus célèbre étant le péplum Gladiator, immense succès de l’année 2000 (457 millions de dollars de recettes dans le monde). Exodus se veut au moins aussi ambitieux.

En s’attaquant à un mythe biblique archi-connu, Scott navigue en terrain balisé. Exilé du royaume d’Egypte, Moïse rencontre Dieu et décide de retourner libérer les esclaves hébreux. Le pharaon refuse d’abord de s’exécuter mais se ravise après s’être mangé les fameuses dix plaies d’Egypte dans la face. Moïse conduit alors son peuple vers la Terre Promise en traversant la mère Rouge. Rideau. Pas de grosse surprise dans le scénario donc, mais l’intérêt est ailleurs.

D’abord dans la représentation graphique de l’Egypte antique. Que ce soit la cité de Memphis – côté palais ou côté populace -, l’immense carrière fournissant les pierres de la ville ou les paysages désertiques environnants… Tout est magnifique et superbement filmé, sans fioritures de mise en scène (la 3D se montre discrète). Un gros boulot a aussi été accompli sur les costumes et les maquillages pour achever de rendre cet univers crédible, sans véritable faute de goût.

Exodus 3Voilà pour la forme. Sur le fond, c’est tout de suite beaucoup plus nuancé. La bande-annonce laissait présager un film articulé sur l’affrontement entre deux amis d’enfance : Moïse (Christian Bale) et Ramsès II (Joel Edgerton). C’est le cas, mais leur longue amitié est résumée en deux malheureuses scènes : des sourires complices lors d’une séance de lecture d’entrailles de poulet et une (chouette) scène de bataille où le futur prophète sauve la peau du pharaon. C’est tout. Rien sur leur jeunesse commune. Du coup, l’exil de Moïse n’est pas perçu comme un véritable déchirement et la rivalité qui s’en suit manque de piquant.

La représentation du Dieu en petit garçon irascible reste toutefois une bonne idée qui justifie la cruauté des dix plaies d’Egypte. On est loin de la figure du vieux sage barbu… Même l’emblématique Buisson Ardent et l’ouverture de la mer Rouge sont mis en scène sobrement, loin de tout mysticisme. Agnostique notoire, Ridley Scott a ainsi pris une appréciable distance avec son matériau religieux, y compris dans sa conception du personnage de Moïse, davantage homme que prophète.

Exodus 2Le souci, c’est que le spectateur a du mal à saisir d’où vient le caractère extrêmement charismatique de Moïse qui lui permet de constituer une rébellion contre Ramsès II et de mener l’exode de tout un peuple. Une simple prophétie semble légitimer son autorité. Difficile, donc, de comprendre de quelle façon il réussit à convaincre les milliers d’esclaves hébreux de le suivre aveuglément dans son délire…

Profondément humain, Christian Bale incarne un Moïse ténébreux qui n’hésite pas à disputer avec Dieu et doute sans cesse de sa mission qui le contraint à abandonner sa famille. Mais pour conter les terribles conséquences des plaies d’Egypte et l’incroyable histoire de l’Exode, n’aurait-il pas fallu s’intéresser au point de vue d’autres personnages secondaires, égyptiens et hébreux ? Si l’entêtement du pharaon est assez bien raconté – Edgerton se débrouille très bien dans le rôle de Ramsès II -, le reste des protagonistes s’avère souvent bien transparent. Des acteurs de qualité tels que Sigourney Weaver (saga Alien), Aaron Paul (Breaking Bad) ou Golshifteh Farahani (My Sweet Pepper Land) n’ont absolument pas l’occasion d’exprimer leur talent, alors que le film s’étend sur 2h30.

Doté d’un certain souffle épique, Exodus en met plein la vue mais manque d’ancrage humain pour que le spectateur se soucie vraiment du destin du peuple hébreu, narré avec froideur. Reste Christian Bale, impeccable comme souvent et parfait dans son rôle de prophète malgré lui.

Exodus 4

Exodus : Gods and Kings, en salles le 24 décembre 2014.

Un film américano-britanno-espagnol réalisé par Ridlet Scott, écrit par Adam Cooper, Bill Collage, Jeffrey Caine et Steven Zaillian, avec Christian Bale, Joel Edgerton, John Turturro, Aaron Paul, Ben Mendelsohn, María Valverde, Sigourney Weaver, Ben Kingsley, Hiam Abbass et Golshifteh Farahani.

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