#Critique : Die Toten Hosen – Laune der Natur

#Critique : Die Toten Hosen – Laune der Natur

Note de l'auteur

La semaine passée, nous causions d’ouverture sur le monde et de lutte contre le fascisme au travers de la musique. Quelle meilleure façon de prolonger le débat (et accessoirement de fêter la victoire sur la peste brune) que de vous faire découvrir un groupe qui réunit les deux concepts ?

Die Toten Hosen est un groupe allemand originaire de Düsseldorf, emmené par le charismatique chanteur Campino, affichant au compteur trente-cinq années d’existence au service d’un punk rock très engagé politiquement et pas moins de seize albums studio dont le petit dernier, Laune der Natur (littéralement « nature capricieuse ») qui nous intéresse aujourd’hui.

die-toten-hosen-156447À titre de comparaison, c’est un peu comme si nos Bérurier noir avaient fusionné avec Téléphone en termes de popularité et d’accessibilité au grand public !

Inlassables défenseurs des droits sociaux, antifascistes militants (ce qui, dans un pays comme l’Allemagne dont les plaies nazies n’avaient pas encore cicatrisé, revêtait presque un caractère de mission d’utilité publique), avocats des immigrés et des réfugiés sans oublier une implication sans faille dans le combat écologique et les droits des animaux, il y a peu de causes humanitaires que Die Toten Hosen n’aient pas embrassées.

D’un point de vue plus intime, il est à noter que Die Toten Hosen n’est pas qu’un groupe de rock à messages, ses membres formant une véritable tribu sur scène comme en dehors, au point qu’ils ont prévu d’être enterrés ensemble dans le même cimetière où ils ont d’ores et déjà réservé une concession de… dix-sept places ! Et ce lien très fort qui unit les musiciens ajoute beaucoup au caractère punks next door (« les punks du voisinage », surnom qui leur est souvent donné pour illustrer leur image de gens normaux) qui les définit parfaitement.

Avant d’aller plus loin et histoire de se mettre dans le bain, rejoignons donc les p’tits gars sur scène pour une version énergique de leur Sascha… Ein Aufechter Deutscher (« Sascha, un allemand d’extrême droite »), énorme succès paru en 1992 qui raconte les errements d’un jeune skinhead paumé dans l’Allemagne nouvellement réunifiée du début des années 90.

Vous mordez l’esprit ? Au lieu d’aborder un sujet grave et assez révoltant sur un ton agressif, Die Toten Hosen privilégie la légèreté et la dérision, une manière bien plus efficace de faire passer des messages au plus grand nombre… Il est à noter que les bénéfices de la vente du single furent intégralement reversés au fond de L’appel de Düsseldorf contre le racisme et la xénophobie, parce que tant qu’à faire, hein !

Maintenant que le décor est posé, Laune der Natur donc… Démarrant bille en tête en mode NOFX, Urknall (traduisible par « Big Bang ») nous prouve qu’on n’a pas besoin d’être né en Californie et de pratiquer la langue de Shakespeare pour balancer du bon punk à roulettes ! Une recette reprise sur Pop & Politik, l’excellent Wie Viele Jahre (Hasta La Muerte) qui enterre les dix dernières années de production de Green Day ou encore Lass Los (« Laisse tomber ») le bien nommé.

Dans le même temps, Energie et Laune der Natur nous emmènent sur un terrain plus léger avec leurs clins d’œil ska tout en conservant ce qui fait la marque de fabrique du groupe, des chœurs entraînants propres à faire se lever les stades, à l’image du surfisant et héroïque Die Schöne und das Biest (« La Belle et la Bête ») calibré pour faire trembler les gradins.

Wolfgang « Wölli » Rohde, au centre avec une veste jaune

Mais Die Toten Hosen s’y entend également question ballades, comme le prouve l’émouvant Alles passiert dont la mélodie ferait pâlir de jalousie les Stereophonics, sans parler de Kein Grund zur Traurigkeit, écrite et interprétée de manière posthume par Wolfgang « Wölli » Rohde, le premier batteur du groupe, décédé d’un cancer en 2016.

Pour la petite histoire, ce dernier avait quitté Die Toten Hosen en 1999 suite à un accident de voiture qui l’avait laissé dans l’incapacité de tenir son rôle et d’assurer les concerts. Bien que remplacé, il faisait toujours partie de Die Toten Hosen en tant que membre honoraire. Des mousquetaires on vous dit…

Cerise sur le Apfelstrudel, la version deluxe de l’album comporte un second disque, Learning English, Lesson Two, suite logique du Learning English, Lesson One enregistré en 1991 par Die Toten Hosen avec derrière la tête une idée simple et assez réjouissante, apprendre l’anglais aux jeunes allemands au travers de standards du punk, prétexte génial pour inviter les musiciens originaux à rejoindre le groupe afin de livrer une série de reprises de leurs propres titres !

dth_learning_800x800Si le premier volume nous proposait déjà un casting de rêve, du regretté Johnny Thunders aux Ramones en passant par Sham 69, le volume 2 n’est pas en reste puisque l’on peut y retrouver Jello Biafra des Dead Kennedys sur une reprise incendiaire du classique California über alles, mais aussi Cheetah Chrome (Dead Boys), Jake Burns (Stiff Little Fingers), Steve Diggle (Buzzcocks) ou encore Hugh Cornwell (The Stranglers) ! Un véritable who’s who du punk en somme, qui justifierai à lui seul l’achat de l’album !

Une bonne pioche donc pour les vétérans de Düsseldorf qui démontrent avec classe que le temps, la langue et la culture ne font rien à l’affaire, quand on est punk, on est punk ! No Future? Connais pas ! De quoi continuer à espérer en l’Europe en somme.

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