#Critique Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot

#Critique Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot

Note de l'auteur

Suite à un accident de voiture, un tétraplégique lutte contre son alcoolisme et devient dessinateur humoristique. Résilience et rédemption : le nouveau Gus Van Sant, avec les performances exceptionnelles de Joaquin Phoenix et Jonah Hill.
Ce que l’on reproche à Gus Van Sant, c’est d’avoir été l’un des plus grands réalisateurs de sa génération. De fait, pendant une dizaine d’années, entre 1997 et 2008, il a plané au firmament, fait un hold-up dans tous les festivals, réinventé le 7e art avec des chefs op comme Harris Savides, Christopher Doyle, Jean-Yves Escoffier, offert leurs meilleurs rôles à Matt Damon, Ben et Casey Affleck, Robin Williams, Sean Penn, Michael Pitt, James Franco ou Josh Brolin. Depuis Harvey Milk, GVS a perdu sa magic touch, sa vista, son cinéma semble moins essentiel, plus anecdotique. Après l’échec de The Sea of Trees (retitré Nos souvenirs dans l’hexagone), GVS revient avec un projet de longue date, initié dans les années 90 par Robin Williams. Récit d’une transformation, Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot est inspiré d’une histoire vraie (comme Harvey Milk), celle de Joe Callahan, alcoolique de 21 ans qui va se retrouver cloué à une chaise roulante suite à un accident de voiture. Alors qu’il n’a pas la moindre envie d’arrêter de picoler, Joe va pourtant entamer une thérapie de groupe grâce à une femme, rejoindre les Alcooliques anonymes et bientôt se découvrir un talent inattendu de… dessinateur humoristique, malgré les difficultés de Joe à tenir un crayon. Il va même devenir un satiriste reconnu. Un long périple vers la lumière commence…

De cette histoire de renaissance, de résilience, GVS signe un film profondément honnête et doux. Le réalisateur semble avoir définitivement enterré le formalisme éthéré d’Elephant ou Gerry et la narration de Don’t Worry évoque des films plus mainstream, comme Harvey Milk ou le très sous-estimé Promised Land. C’est du bon, très bon cinéma, avec un Joaquin Phoenix tout en retenu et bien sûr absolument épatant.

 

 

Mais la révélation, la force tellurique du film, c’est Jonah Hill, dans un rôle de gourou mélancolique qui règne sur le groupe de parole où vient s’épancher le héros du film. Amaigri, barbu, il se métamorphose en bogoss magnétique, philosophe, délicat, terriblement humain, qui a échappé aux addictions mais pas au sida. Plusieurs fois, je me suis dit que Jonah Hill avait dû traverser l’enfer, toucher le fond de l’abîme, avant de revenir vers la lumière. Son personnage est tellement riche, sa performance tellement extraordinaire qu’elle déséquilibre le film. À chaque fois qu’il est présent à l’écran, on sent GVS plus intéressé par ce grand brûlé de la vie que par son tétraplégique de héros et il retrouve alors sa façon poétique de sublimer les acteurs, son regard magique. Et quand Jonah Hill disparaît, le film s’en retrouve pour le moins déséquilibré. Après SuperGrave, Le Stratège ou Le Loup de Wall Street et avant le nouveau Harmony Korine, Jonah Hill prouve qu’il est un des acteurs les plus excitants du moment.

 

Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot
Réalisé par Gus Van Sant
Avec Joaquin Phoenix, Ronney Mara, Jonah Hill, Jack Black
En salles depuis le 4 avril 2018

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