#Critique Dragon Ball Super (T. 1)

#Critique Dragon Ball Super (T. 1)

Note de l'auteur

9782344019887-GC’est très certainement l’un des événements de l’année pour de nombreux fans ! Vingt-deux ans après la fin de la série d’origine, voilà donc que Goku revient dans une suite format papier, écrite par le maître Akira Toriyama et dessiné par l’élève Toyotaro. Alors que l’anime Dragon Ball Super est déjà diffusé depuis bientôt deux ans, l’adaptation manga débarque tout juste en France par le biais de son éditeur historique, Glénat. Un retour forcément plaisant, jouant sur la fibre nostalgique mais dont les qualités sont aussi les défauts.

 

Pour aborder au mieux ce premier tome, il est préférable de revenir un peu en arrière. Le « revival » Dragon Ball a eu lieu en 2013 avec le film Battle of Gods (critique ici). Pas franchement inspiré, il reste néanmoins le point d’encrage de la prolongation de l’univers DBZ. En 2015, La Résurrection de F. (critique par là) surfe sur la vague, allant jusqu’à nous faire revenir l’emblématique Freezer dans une version boule à facettes, dite Golden Freezer. Sur le fond, le résultat est assez insignifiant. Mais sur la forme, le film s’en sort relativement bien, avec une animation assez léchée. Cette même année est annoncée en grande pompe, le retour de Dragon Ball Z, la suite officielle qui balaie définitivement d’un revers de la main, le mal-aimé Dragon Ball GT. Dragon Ball Super est né ! Cependant, avant d’avoir de l’inédit, il va falloir se retaper les deux films précédents, étalés sur les deux premières saisons de la série animée. C’était pas fameux sur un format de 1h20, ça ne sera pas mieux sur celui de vingt-cinq ou trente épisodes de 20 min… Ce qui nous amène enfin au manga DBS, développé en parallèle de l’anime. Là, on se dit que l’on ne va pas avoir la force de se retaper une troisième fois l’arc Beerus et l’arc Golden Freezer !

 

Sans-titre-3-660x330Pourtant, un premier constat s’impose. Dès qu’on a le tome entre les mains et qu’on le feuillette rapidement, on retrouve quasi instantanément le plaisir visuel de la série d’origine. Toyotaro qui a été adoubé par Toriyama, rend hommage à son travail graphique et son trait unique, de fort belle manière. Même s’il a encore du chemin à parcourir avant de faire jeu égal avec son mentor et malgré quelques approximations ci et là, le rendu reste fidèle aux canons esthétiques de la série. On retrouve un dessin toujours aussi vif dont les lignes sont claires. Concernant la mise en scène des combats, même chose. Là encore Toyotaro semble à l’aise, restituant bien les notions de vitesse et d’impact. Très respectueux de l’œuvre d’origine, le mangaka ne dénature pas le travail de Toriyama mais tente cependant d’y apporter quelques nouveautés, notamment lors des phases de baston, à travers, par exemple, la duplication d’un personnage pour signifier la vitesse. Ce n’est pas grand-chose, mais cela montre que le dessinateur essaye de nouvelles approches. Quoiqu’il en soit, dans l’ensemble, c’est un vrai plaisir de retrouver le style Toriyama, son univers ainsi que ses personnages.

 

Venons-en maintenant un peu au fond ! Si vous pensez qu’il va falloir se retaper cinq ou six tomes de Beerus et Golden Freezer, détrompez-vous ! Ce seul tome, du haut de ses 190 pages, survole deux saisons et demie de la série animée. Mais par quel prodige, me direz-vous ?! C’est plutôt simple. Il s’ouvre naturellement sur la fin de DBZ avec l’ultime combat contre Buu, puis embraye sur l’arrivée de Beerus à la recherche du Super Saiyan God. De quatorze épisodes pour l’anime, on passe à soixante-dix pages pour le manga et finalement, on ne s’en plaindra pas. Sauf que la sauce n’a pas franchement le temps de prendre et que les événements s’enchaînent un peu rapidement sans que l’on se sente réellement investi par ce qui se passe. Il existe un étrange paradoxe entre la satisfaction que cet arc soit synthétisé de la sorte et le manque d’immersion et d’implication qui découle de ce traitement de l’histoire. Les moments supposés intenses et épiques comme la transformation de Goku en Saiyan God, sont ici relégués à deux ou trois pauvres cases. Comme si les auteurs partaient du principe, sans doute vrai, que les lecteurs avaient vu les films et/ou l’anime DBS. De ce fait, ils ont opté pour une version presque résumée et séquencée pour ne pas dire saccadée et bien qu’elle allège le récit, elle manque de matière.

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On enchaîne donc logiquement avec le re-retour de Freezer et… en fait non ! L’arc en question n’a droit qu’à deux pauvres pages et sera juste relaté au détour d’une phrase. Là encore, personne ne s’en plaindra et rira même au petit gag entre deux chapitres où Sorbet, l’un des serviteurs de Freezer se désole: « Ils nous ont zappés. » À la place, les auteurs développent la relation entre Beerus, Dieu de la destruction de l’univers 7 et son frère Champa, celui de l’univers 6, en prévision du troisième arc de l’anime sur le tournoi opposant les deux univers. C’est aussi l’occasion d’approfondir la question du multiverse à la sauce Dragon Ball même si l’on sait par l’anime, qu’il ne sera pas utilisé de la meilleure manière qu’il soit. Du coup, on en arrive logiquement au fameux Tenkaichi Budokai, ce tournoi des arts martiaux emblématique de la série, opposant les meilleurs combattants des univers 6 et 7. Pour celles et ceux qui ont vu l’anime, pas de surprises.

 

11Voilà donc comment le manga, en un seul tome, parvient à condenser les trente-trois premiers épisodes de la série animée. En prenant le parti de survoler, voire de carrément virer des arcs, pour en arriver plus rapidement au cœur du récit. Une manière un peu contractuelle d’introduire Beerus, Whis et le multiverse. Si la démarche est louable aux yeux de quiconque s’est farci les films et la série, elle montre aussi ses limites dans sa capacité d’établir de nouvelles bases solidement ancrées pour cette suite. Il faut espérer que maintenant que l’introduction est passée, les auteurs prennent un peu le temps de faire monter la sauce et de nous laisser nous immerger de nouveau dans ce monde si familier. Même si certain(e)s connaissent l’histoire, il ne faut pas pour autant se contenter de résumer l’anime. C’est au contraire, l’occasion d’en gommer les défauts notamment graphiques (et ouais les gars, sur l’anime, faut faire des efforts, quand même !!!) mais également scénaristiques. Car en soit, les nouvelles données de cette suite ne sont pas foncièrement mauvaises. Que ce soit l’introduction de nouvelles entités divines ou l’arrivée du concept d’univers multiples, il y a là, matière pour relancer la série. Mais encore faut-il savoir quoi en faire ! Un come-back pas complètement réussi donc, même si indéniablement, une petite partie du frisson reste intacte. Dragon Ball Super a tout de la madeleine de Proust, ça chatouillera les papilles de certains, ça fera vomir les autres, toujours est-il que la mythologie créée par Akira Toriyama est toujours aussi vivace, presque 33 ans après sa création. Bref, Goku est définitivement increvable !

Dragon Ball Super (T. 1)
Écrit par Akira Toriyama
Dessiné par Toyotaro
Édité par Glénat

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