#Critique Dreamfall Chapters

#Critique Dreamfall Chapters

Note de l'auteur

Dreamfall Chapters est le troisième volet d’une trilogie : The Longest Journey (1999), Dreamfall: The Longest Journey (2006) et enfin Dreamfall Chapters (2014-2017), divisé en chapitres. Si le département créatif n’était pas au top de sa forme au moment de choisir les titres, les deux premiers volets restent un modèle du genre point and click, et c’est avec une certaine nostalgie que l’on retrouve leur univers unique. Pour ceux ayant manqué les deux premiers volets, qui malgré leur qualité ont quand même pris un coup de vieux, on saluera la présence dans les extras d’un récapitulatif très bien fait, court et efficace, qui permettra même aux nouveaux venus de trouver leurs repères.

La sortie du jeu sur PC s’est faite chapitre par chapitre (cinq en tout), entre 2014 et 2016, avant que la version complète ne sorte sur PS4 en 2017. C’est cette version qu’il m’a été donné de tester.

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Le jeu est un mélange plutôt efficace de point and click old school, avec son lot d’énigmes à résoudre, et de scénario interactif plus contemporain façon Telltale, avec des choix moraux à faire tout au long de l’aventure. Comme pour les jeux précédents, on est alternativement aux commandes des deux personnages principaux : Zoë Castillo, et Kian Alvane, dont les destins finissent par se croiser. L’univers du jeu est assez original, avec son mélange de deux ambiances : une dystopie futuriste dans laquelle évolue Zoë, et un cadre médiéval fantastique pour Kian. Malheureusement, les ficelles sont assez grosses et on a du mal à vraiment s’attacher aux personnages. Après Red Faction, Half Life 2, Bioshock, Dishonored, Far Cry 4, et j’en passe, je parle pour moi, mais les dictatures Orweliennes sur fond de lutte des classes et les métaphores du nazisme commencent à franchement avoir un goût de réchauffé…

On l’a vu, Dreamfall Chapters a connu une sortie à rallonge depuis 2014 et le moteur du jeu accuse son âge et fait pâle figure devant les autres sorties actuelles. Pour autant, la direction artistique est convaincante, en particulier dans l’univers futuriste, l’univers médiéval ayant un peu perdu de sa superbe par rapport aux jeux précédents. Le mélange des deux reste étonnamment cohérent et original.

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L’un des plus gros défauts de cette version console est l’optimisation des contrôles. Le personnage est à la troisième personne, et les commandes sont assez raides à la manette. Le choix des dialogues se fait sous forme de « nuage », ce qui est assez contre-intuitif, en particulier sur console où l’on aurait préféré une roue à l’image des jeux Bioware. Combien de fois ai-je pesté contre les commandes pour des actions aussi simples qu’attraper un objet ou parler à un personnage… Le jeu étant long, je conseille vivement à quiconque ayant le choix de se tourner vers la version PC avec une bonne vieille souris.

Mais j’en viens à ce qui est pour moi le défaut le plus rébarbatif de ce jeu : ses dialogues. C’est long. Beaucoup trop long, et beaucoup trop explicatif. Et il n’y a pas que les dialogues car les monologues des personnages sont interminables. Zoë commente absolument toutes ses actions et ses pensées, parfois avec humour certes, mais c’est trop. Même Kian, censé être une sorte de figure masculine mutique, explique chacune des actions au point que parfois on a l’impression d’être devant un album de Tintin. Ce qui gâche la plupart des résolutions d’énigmes vu que l’on n’a jamais l’impression d’être seul à réfléchir à la solution. En tant que joueur je n’avais pas ressenti une telle frustration depuis Metal Gear Solid 4 et ses interminables cinématiques.

C’est un défaut malheureusement courant dans ce type de jeu, les développeurs confondent bien trop souvent scénario et dialogue, qualité et quantité. Ce n’est pas en multipliant les explications, les monologues, les dialogues, les éléments de background, le texte à lire, etc. que l’on a forcément un scénario riche et intéressant… Less is more (regardez The Last of Us).

Par ailleurs, comme pour beaucoup de jeux de ce type, on a trop souvent l’impression que nos choix n’ont pas de poids dans l’histoire. Je pense à un choix particulier dont l’une des issues est tout simplement le game over, résultat : on se sent comme pris en otage par le jeu. Autant ne pas donner le choix au joueur du tout. Heureusement que certains choix sont plus subtils, mais on est encore loin de pouvoir parler de véritable liberté.

Finalement, mon principal problème face à ce jeu est que je n’ai aucune idée du public auquel il s’adresse. Le scénario est assez complexe et aborde des sujets matures qui à mon avis ne touchent pas vraiment les plus jeunes. Pourtant le joueur a constamment l’impression qu’on le prend par la main et on a parfois l’impression de jouer à un jeu pour les très jeunes enfants. Sans doute est-ce pour les adolescents. Le problème, c’est que ceux qui étaient ados à la sortie des premiers volets ont grandi. Et on aurait souhaité que le jeu grandisse avec nous.

Malgré tout, Dreamfall Chapters apporte une conclusion satisfaisante à la trilogie. A réserver aux fans de la première heure donc. Et encore une fois, préférez la version PC (que j’espère mieux optimisée).

Dreamfall Chapters
Édité par Red Thread Games
Disponible sur Windows, Mac, Linux, PS4

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