#Critique Elementary Saison 05, Attentes Rompues

#Critique Elementary Saison 05, Attentes Rompues

Note de l'auteur

Étrange saison que cette saison 5 d’Elementary qui rompt totalement avec les attentes, mais pas forcément pour le meilleur…

elementary-01Elementary a toujours été un procedural, une de ces machines à enquêtes bien huilées qui font la routine des programmations de network, CBS en l’occurrence. Et comme toutes les séries de ce genre, elle fonctionne selon un modèle figé (une litanie d’épisodes unitaires ponctuée par quelques incursions dans la mythologie en début, milieu et fin de saison). Au cours des quatre premières saisons, la place de la mythologie s’est accentuée, et dans la saison 4, le fil rouge Morland Holmes (père de) s’est déroulé sur quasiment tous les épisodes. À l’image de Person of Interest, passée progressivement d’un format « enquête de la semaine avec fil rouge The Machine » à un statut de série mythologique dense, on pouvait s’attendre à ce que cette 5ème saison d’Elementary rejoue une partition au moins identique à la précédente. Et pourtant… rien. Ou presque.

Avec l’arrivée d’un nouveau personnage, Shinwell l’ex-prisonnier ex-membre de gang, les scénaristes ont tenté de recréer une continuité mais la mayonnaise n’a jamais vraiment pris, ce n’était pourtant pas faute d’avoir un acteur convaincant. La thématique « gang » de cette saison a été mal exploitée, diluée dans des enquêtes hebdomadaires souvent poussives comparées à ce à quoi la série nous avait habitués, avant d’être ressortie du chapeau pour les épisodes conclusifs. Si bien que le spectateur n’a pas été conduit à identifier le fil rouge pour ce qu’il était et n’y a vu qu’une thématique récurrente mais qui ne construisait pas véritablement une mythologie.

elementary-02Outre le problème de construction, cette saison a énormément souffert d’un manque : les relations entre les personnages. Jusqu’ici, les fils rouges étaient émotionnellement engageants pour Sherlock et/ou Watson : Moriarty, Morland, dans une moindre mesure la famille de Watson. En saison 5, tous ces éléments ont disparu, presque comme si rien de tout cela n’avait eu lieu ! Il en résulte pour le spectateur une désagréable impression d’avancer sur du vide. La perte de repères peut dans certains cas être fertile mais encore faut-il qu’elle serve un objectif fort. Rien de tout cela ici. Les interactions entre Sherlock et Watson sont trop souvent réduites à de stricts échanges fonctionnels (« tiens, j’ai trouvé ça comme indice ») si bien que l’on en arrive à bénir les rares moments où la saison nous offre des échanges humains, même plus anecdotiques : l’arc moyen de Marcus qui offre quelques belles conversations entre Sherlock et lui, un geste de réconfort offert à Watson par Gregson, une discussion sur un canapé… Les seuls rapports que les deux détectives entretiennent encore se jouent autour du gimmick du réveil (la série aurait dû s’appeler « 1001 façons de réveiller Watson »), alors que la série avait coutume d’offrir des moments d’introspection soignés à chaque épisode. Mais même l’addiction de Sherlock semble ennuyer les scénaristes qui nous offrent à cette occasion un épisode presque méta : le maintien de la sobriété est une routine ennuyeuse et Sherlock s’ennuie comme les scénaristes semblent être ennuyés d’une thématique qu’ils ont pourtant jusque-là traitée avec un réalisme et une finesse rares à la télévision. Il va sans dire que dans ce contexte de désert émotionnel, le bref retour de Kitty agit comme une immense goulée d’eau fraîche et surtout comme un rappel de ce que la série a pu être…

elementary-03La fin de saison est curieuse et fait penser à ces élèves qui se sont vautrés dans la paresse tout le trimestre avant de se reprendre pour le dernier devoir surveillé… Tout à coup, les enjeux s’emballent, Sherlock et Watson se reparlent mais pour mieux s’affronter. On aimerait penser que tout cela était construit à dessein, que l’écriture de l’éloignement dû à la routine avait été savamment réfléchie pour mener à cette fin où aucun des deux n’est plus capable de comprendre les besoins de l’autre et d’y répondre (sur le modèle de la saison 4 de Buffy par exemple) mais ce serait créditer les scénaristes de trop d’ingéniosité. Et si c’était voulu, alors ça n’était pas assez organique pour fonctionner et de toute façon le cliffhanger vient apporter une autre explication.

La série a été renouvelée pour une 6ème saison de 13 épisodes qui sera donc sûrement la dernière. Il reste à espérer que d’ici là, Elementary aura retrouvé ce qui a fait d’elle, durant quatre saisons, une série intelligente et sensible. Car si cette année, le spectateur ne s’est pas senti insulté (comme ça peut être le cas dans certaines séries…), il n’a pu être que profondément déçu. Et c’est peut-être pire.

Amandine SRS

Elementary, saison 05 (CBS) (M6)
Créé par Robert Doherty
Avec Johnny Lee Miller, Lucy Liu, Aidan Quin,…

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