#Critique : et maintenant ? (The Leftovers s3 / HBO / OCS)

#Critique : et maintenant ? (The Leftovers s3 / HBO / OCS)

Note de l'auteur

Le récit sériel a ceci d’extraordinaire qu’il peut se muer en miracle après avoir débuté sous le signe de la désolation (ou inversement d’ailleurs). Sa structure au long cours lui permet d’approcher la substance même du concept de l’évolution. De Mapleton (New York) à Jarden (Texas) jusqu’à l’Australie désormais, The Leftovers embrasse totalement ce principe et pas uniquement sur une base géographique.
Avec cette troisième et dernière saison plus resserrée, Damon Lindelof et Tom Perrotta prolongent leur effort dans la continuité de la précédente. Ils nous laissent surtout en présence d’un drôle de chef-d’œuvre !

Alors pourquoi l’Australie ? Vous ne l’apprendrez pas dans les lignes qui suivent. Dans un bilan de la première saison de la série, Sullivan Le Postec soulignait déjà son caractère imprévisible appuyé sur une “narration non-linéaire épousant les personnages plutôt que les intrigues”. À l’approche de son dénouement, cet état de surprise constante est plus que jamais la fondation de The Leftovers. Il serait donc dommage de dévoiler ne serait-ce qu’une inflexion.

Avec le recul, il faut bien reconnaître que les débuts de la série auront été un cauchemar pour cartésien. Il est non seulement question d’un phénomène absolument invraisemblable, pour ne pas dire absurde, comme point de départ la disparition brutale de 2% de la population, mais surtout, le récit qui en découle ignore complètement toute tentative rationnelle de comprendre. Il y aura bien eu une micro-séquence (en saison 2) durant laquelle quelques scientifiques prétendaient faire des analyses d’éventuelles traces du “départ” mais c’est à peu près tout. On ne l’attendait plus et pourtant, la science fait son retour durant cette saison 3. Seulement voilà, elle ne soulèvera que circonspection…

Cette vacuité rationnelle n’est pas vaine. Elle sert bien entendu un dessein. Celui de concentrer l’attention sur l’enjeu principal de la série ; à savoir établir toutes les manifestations de la foi, les multiples croyances et autres constructions très humaines que l’on érige pour expliquer l’impalpable. En construisant un univers dominé par la cruauté de l’aléatoire, les auteurs peuvent justement mettre en lumières les mécanismes qui conduisent l’homme et la femme à se réfugier derrière une conviction forgée de toute pièce.
En cela, The Leftovers rejoint The Path (Hulu/Amazon), autre grande réflexion actuelle sur les mysticismes. L’approche de Lindelof et Perrotta est bien moins frontale mais, ces derniers épisodes soulignent avec justesse l’ouverture d’esprit et les vertus d’une prise de conscience d’autres points de vue.

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Le renoncement et le fatalisme des débuts de la série – qui en auront découragé plus d’un – laisse donc la place à des prises de position, des convictions et des attitudes courageuses face aux peurs qui nous assaillent. L’évolution est remarquable et sera très largement commentée à l’heure des bilans. Il faut néanmoins s’arrêter sur l’expertise narrative à l’œuvre tout au long de The Leftovers. Durant vingt huit épisodes, Damon Lindelof a constamment réinventé sa série, qui pourrait être considérée comme une anthologie à bien des égards. En plus du changement de lieu entre chaque saison, tout le talent du showrunner s’affirme au grand jour alors qu’il fait systématiquement table rase d’un épisode sur l’autre en basculant de point de vue. Les mauvaises langues diront qu’il avait le bon casting. Amy Brenneman, Christopher Eccleston et Scott Glenn sont à nouveau fantastiques cette saison. En vérité, Lindelof a su façonner ses histoires avec une maestria sans cesse renouvelée, tout en les reliant par un fil conducteur – parfois ténu – avec ce dosage parfait entre mystère et incompréhension dont il a le secret. Après trois saisons, il sort incontestablement comme l’un des maîtres du genre dans une année qui démontre combien le détour narratif est tendance (Legion, Twin Peaks).

Après avoir vu sept des huit épisodes que compte cette ultime saison, ce mystère savamment sculpté est insoutenable. Malgré tout, la fin en tant que telle importe peu. Le sériephile espère surtout retrouver le maestro aux commandes d’une série dans les plus brefs délais. Alors Monsieur Lindelof, et maintenant ?

 

Une question à laquelle nous aurons peut être rapidement une réponde puisque Damon Lindelof participera à une rencontre exceptionnelle samedi 15 avril (18h30) au Forum des Images à Paris dans le cadre de la huitième édition du Festival Séries Mania.

 

THE LEFTOVERS (HBO) Saison 3 en 8 épisodes
Diffusée sur OCS à partir du 17 avril
Série créée par Damon Lindelof et Tom Perrotta.
D’après un roman de Tom Perrotta.
Saison écrite par Damon Lindelof, Tom Perrotta, Tom Spezialy, Tamara Carter, Haley Harris, Lila Byock, Patrick Somerville, Carly Wray et Nick Cuse.
Saison réalisée par Keith Gordon, Mimi Leder, Daniel Sackheim, Nicole Kassell, Carl Franklin et Craig Zobel.
Avec Justin Theroux, Amy Brenneman, Christopher Eccleston, Chris Zylka, Carrie Coon, Kevin Carroll, Jovan Adepo, Regina King, Scott Glenn, Janel Moloney, Margaret Qualley, Lyv Tyler et Ann Dowd.
Musique originale de Max Richter.
Supervision musicale de Liza Richardson.

Visuels : The Leftovers © 2017 Home Box Office, Inc. All rights reserved. HBO ¬Æ and all related programs are the property of Home Box Office, Inc.

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