#Critique Extases de JeanLouis Tripp

#Critique Extases de JeanLouis Tripp

Note de l'auteur

JeanLouis Tripp éprouve le besoin de se raconter. Ses amours, ses emmerdes. Sa sexualité, ses sentiments. Tout, vous saurez tout sur son zizi. Mais pas que. Ce grand polisson joue les pornographes de sa propre existence. Cela donne un superbe document, bien construit, joyeux, joliment dessiné, sans tomber dans le vulgaire mais pour quoi faire ?

Mon avis : Si Brassens ne faisait voir à personnes ses organes procréateurs excepté à ses femmes et ses docteurs, JeanLouis Tripp a pris le parti inverse, celui de tout dévoiler. Cette mise à nu de sa vie tant sexuelle que sentimentale relève à la fois d’une forme de courage et d’exhibitionnisme. Pas sûr de bien maîtriser le pourquoi d’un tel besoin, même si la préface de l’auteur tente de nous éclairer. Bon, si on a bien perçu le rôle détonateur du complice Régis Loisel, on n’a toujours pas saisi la motivation ultime. Que l’auteur soit passé de l’onanisme au triolisme, de la bisexualité à la partouze, sans oublier le sexe un peu hardos, pourquoi pas. Mais pourquoi le coucher sur des planches ? Grand bien lui fasse si cela peut lui raccourcir une analyse introspective ou rassurer ceux qui ont des doutes par rapport à leur sexualité.

Cette autobiographie est cependant bien foutue. Tripp se demandait comment « raconter cette histoire sans la réduire à un vain étalage de bites et de culs… » Pari réussi, on est dans le domaine de l’intime un peu graveleux mais pas crado, de l’érotisme mais qui ne se prend pas trop au sérieux, du rapport à soi et à l’autre, de la morale qui contraint, ou pas… La construction de son récit laisse place à beaucoup d’humour et de recul par rapport à soi-même. Ce n’est pas un catalogue X, juste la libido un brin éruptive d’un quasi-sexagénaire. De là à verser dans l’universalisme ? Je ne suis pas convaincu, faites-vous votre idée mais à tout bien peser, cette nécessité de se raconter en vaut bien d’autres. Sans jugement moral. Jouissons sans entraves. Jusqu’à l’extase.

En accompagnement : Le Bulletin de santé du troubadour sétois qui rêvait d’être enterré sur la plage de la corniche.

Si vous aimez : La Vie sexuelle de Catherine M. de Catherine Millet dont l’auteur s’est inspiré pour croire à « un possible narratif à la première personne. »

Autour de la BD : Loisel est pour beaucoup dans le déclic de Tripp. Les deux sont les auteurs de la série Magasin général qui a connu le succès de la critique. Né à la BD, Tripp n’a pas hésité à faire au neuvième art des infidélités pour se consacrer à la sculpture et à la peinture avant de revenir à ses premières amours.

Extraits : « Ha ! mon jeune… ça t’a troublé tout ça, hein ? tout ce mélange… cette plongée dans les chairs. Puuutain !! c’était vertigineux, non ? les odeurs, les fluides, les doigts partout. Holàlà. Tu crois avoir tout vu, tout fait, toi, hein ? »

« Quoi ? »

« En attendant, tu veux pas raconter celle de la braguette ? »

Extases
Écrit et dessiné par JeanLouis Tripp
Édité par Casterman

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