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#Critique Femmes d’argile et d’osier : magie au sommet du Machu Picchu

#Critique Femmes d’argile et d’osier : magie au sommet du Machu Picchu

Note de l'auteur

Inspirateur d’Indiana Jones, Hiram Bingham a découvert la cité de Machu Picchu en 1911. Saviez-vous que celle-ci l’intéressa beaucoup moins que la créature étrange, faite d’osier et d’argile et à peine vêtue de cuir rouge, qui se révéla à lui au même moment ? Voici les aventures picaresques et très écrites de l’explorateur américain, relatées et rêvées par un auteur français.

L’histoire : En 1911, au Pérou, l’explorateur américain Hiram Bingham et son équipe découvrent la cité inca de Machu Picchu dans les Andes péruviennes… mais surtout une troublante femme d’osier et d’argile, (très peu) vêtue de cuir rouge. Ce n’est pas la seule créature fantastique qu’il rencontrera, amies ou ennemies, au fil d’une suite d’aventures qui l’emmèneront au sommet du monde… et au-delà.

Mon avis : Hiram Bingham au sommet du Machu Picchu, c’est aussi le lecteur qui pénètre dans les contrées de rêves et de cauchemars tissées par Robert Darvel. Des lieux exotiques et étonnants où l’on abandonne tous ses repères. Mondes parallèles, territoires des esprits, passage convoité et disputé (l’ojo), conquistadors égarés dans les brumes, jeu du visible et de l’invisible… L’auteur emmène son lecteur en un pays décidément étrange, peuplé de femmes d’osier et d’argile, de pierres qui parlent (ou pas), de poupées de la taille d’une main humaine – la liste est longue.

Le « vrai » Hiram Bingham.

Le fantastique occupe dès lors une place centrale dans le récit, plus centrale encore que les faits avérés. Une portée illustrée par ce passage à mi-récit : « Et c’est ainsi que ces cinq hommes, Anacleto Alvarez, Hiram Bingham, le sergent Carrasco, Melchor Arteaga et le métis Ambrocio entamèrent, dans la matinée du 24 juillet 1911, l’ascension menant au Machu Picchu. Quoi qu’on ait relaté de l’affaire, voici la vérité. Entre l’explorateur et le paysan, Magdala avançait d’un pas léger et si tous peinaient plus ou moins, l’égarée de cuir et d’osier gravissait le sentier avec une grande facilité. Sous le pli de la fesse droite, Bingham remarqua l’ajout d’une argile de teinte différente, sur la balafre que la jeune femme avait soignée lors de sa halte dans le nid d’orchidées, peu de temps avant que ne vienne s’appuyer sur elle l’audacieux chicotillo [un serpent] dérangé par le tremblor. »

Darvel pratique la magie des mots, en un cocktail d’éléments populaires (il est aussi l’auteur d’aventures d’Harry Dickson et… de Jeanne d’Arc) et de termes espagnols multipliés. Il arrive que l’on s’y perde un peu, parmi ces mots italiques aux consonances étrangères. Mais la magie opère malgré tout, et la musique se met en place.

Une musique littéraire des plus maîtrisées. Peut-être même trop : on y sent presque le sacrifice du rythme sur l’autel de l’écriture. Cela donne une narration exigeante, chorale, et la nécessité, dans le chef du lecteur, d’une attention de tous les instants.

Cette quête envers et contre tout rappelle aussi des images fortes et sauvages, celles de Klaus Kinski, tant dans Fitzcarraldo (où il hisse un bateau sur une colline d’Amazonie pour rejoindre le cours supérieur de la grande rivière Ucayali) que dans Aguirre, la colère de Dieu (à bord d’un radeau sur le fleuve Amazone, à la recherche de l’Eldorado). Littérairement, certaines images évoquent Le Poids de son regard de Tim Powers, avec ces sommets montagneux où tout est possible, où l’air humain est partagé par des créatures improbables, où l’Histoire se mêle à la Fiction.

Robert Darvel

Autour de l’œuvre : Le Hiram Bingham historique a, avec d’autres, inspiré à George Lucas le personnage d’Indiana Jones.

Extrait : « Main baissée, phalanges recouvertes de sa drôle de mitaine évocatrice, il songea à la manière dont il avait retrouvé la première égarée et chercha en vain à se remémorer son nom. Il se souvenait de sa chair d’argile brune, du bracelet de fibres claires tressées autour de son poignet gauche et de ses yeux noirs brillant dans l’ajour du masque. La jeune femme se tenait assise sur un tas de terre, un peu déhanchée. Anacleto avait noté les nombreuses fourmis courant sur ses jambes sans qu’elle paraisse ressentir le moindre chatouillement. Il se rappela n’avoir été aucunement surpris de son allure, ni même de l’avoir dénichée aussi simplement. Elle sommeillait en lui, poupée lotissant jusqu’ici le terrier de son esprit, maintenant animée d’une vie propre… Mais il ne se souvenait plus de son nom. »

Femmes d’argile et d’osier
Écrit par Robert Darvel
Édité par Les Moutons électriques

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