On a lu…Flash – La Légende (T.1)

On a lu…Flash – La Légende (T.1)

Note de l'auteur

Alors qu’il remporte tous les suffrages à la télévision, le bolide écarlate de Central City revient dans les librairies dans un imposant tome contenant les débuts du super-héros le plus rapide du monde. Avec Flash – La Légende c’est tout un pan de l’histoire des comics qui nous ouvre ses portes.

 

Barry Allen, policier scientifique de Central City, est aussi rigoureux que perpétuellement en retard, au grand dam de sa fiancée, Iris West, jusqu’au jour où, victime d’un accident de laboratoire, il devient l’homme le plus rapide du monde, le justicier Flash !

 

Flash la légende T1 - 3Que ce soit au sein de l’univers DC qu’au sein de l’industrie du comic book, les débuts de Flash font partie de la légende. Après une période sombre où les comics furent accusés de tous les maux et où les super-héros tombèrent en désuétude, DC Comics sentit le vent tourner. C’est à Julius Schwartz que revient l’idée de relancer Flash, non en reprenant l’ancien personnage (Jay Garrick) mais en en créant un nouveau et en l’inscrivant dans une époque tournée vers la nouvelle frontière. Se doutait-il alors que ce personnage allait ouvrir la porte d’un nouvel âge, le fameux Âge d’Argent, qui durerait presque quinze ans¹ ? Probablement pas mais on peut toutefois affirmer sans trop se tromper que lui et ses petits copains savaient qu’ils allaient faire un bon comic book.

 

 

 

Car malgré l’âge un petit peu avancé du père Barry (soixante ans au compteur cette année), le temps ne fait rien à l’affaire. Quand on est bon, on est bon ! Les plus grands super-héros ont en commun une origine d’une limpidité absolue et d’une intemporalité à toute épreuve qui nécessite à peine un léger changement cosmétique pour être actualisé. En l’espace de quelques pages, Showcase #4 (septembre 1956) pose tous les éléments constitutifs du personnage sur lesquelles reposera la série. Cependant, si l’éclair dans le labo, l’accident avec les produits chimiques, la découverte des pouvoirs et le costume rouge font partie du décorum, d’autres aspects moins évidents au premier abord sont tout aussi fondamentaux.

 

Flash la légende T1 - 5

 

En premier lieu, on pense bien sûr au choix de Barry Allen de prendre le nom de Flash en hommage à Jay Garrick le personnage de bandes dessinées qu’il lisait étant gamin, ce qui s’apparente alors à un clin d’œil au héros des années 40. Il préfigure de manière fortuite l’idée que les anciens héros de l’âge d’or existent encore. Ce n’est pas encore Flash #123Flash of Two Worlds et la révélation des terres parallèles, mais cette prise en compte du passé est déjà quelque chose de détonant. Surtout, Flash arrive à une époque portée par l’envie de la connaissance et le désir de reconstruire. On peut y voir là l’influence du scénariste et écrivain de science-fiction John Broome. Ce dernier sera le créateur d’une majorité de personnages constitutifs de la mythologie de Flash. Captain Cold, le Maître des miroirs, Captain Boomerang, Gorilla Grodd, la cité des gorilles, Wally West alias Kid Flash, Ralph Dibny, Reverse-Flash etc. sont des créations (pour la plupart dès les premières années du titre) de celui qui allait également réinventer Green Lantern trois ans plus tard.

 

Flash la légende T1 - 4En lisant les premiers épisodes de Flash les uns à la suite des autres, on se rend rapidement compte qu’une structure narrative se met en place systématiquement. Une première page qui fixe la rétine avec notre héros confronté au danger et qui nous donne envie d’en savoir plus (cela en plus d’une couverture déjà généreuse en soi), un début d’histoire qui revient en arrière pour en expliquer les tenants et les aboutissants et un challenge pour un Flash dont l’alter ego (Barry Allen) désespère sa fiancée par les sempiternels retards à ses rendez-vous. Loin de provoquer l’ennui par sa récurrence, cette structure va être un solide roc sur lequel le dessinateur Carmine Infantino, le grand maître d’œuvre de la série, va pouvoir s’appuyer pour développer tout son talent.

 

 

 

S’il avait déjà dessiné les aventures du premier Flash, c’est bien avec Barry Allen que l’artiste va totalement laisser parler son dessin. Ce n’est d’ailleurs pas anodin que son nom soit sur la couverture de l’ouvrage. L’autre grand génie de cette époque, avec Jack Kirby, va effectuer un travail de titan pour rendre au mieux la sensation de vitesse essentielle au personnage et à la série. Cela même quand le défi est de montrer un personnage devenu un énorme bibendum (Flash #115), aussi petit qu’une fourmi (Flash #109), confronté à sa propre mort ou bien envoyé dans l’espace. Car l’intérêt de Flash réside moins dans la menace terrible de ses ennemis que dans les capacités physiques et intellectuelles du personnage à se sortir des différents pièges qui lui sont tendus. En ce sens, et malgré ses supers pouvoirs, Barry compte tout autant sur son cerveau que sur ses muscles pour vaincre ses adversaires.

 

Victime de censure assez ubuesque en France (ne devant pas montrer de héros masqué, un visage fut « collé » sur le personnage) et longtemps oublié, voila enfin l’écrin parfait pour découvrir ou redécouvrir une œuvre capitale de la bande dessinée américaine et un artiste de génie.

 

 

Flash la légende T1 - 1

 

 

Flash – La Légende – Tome 1 (DC Archives, Urban Comics, DC Comics) comprend les épisodes US de Showcase #4, #8, #13, #14 et The Flash #105 à #116

Écrit par Robert Kanigher et John Broome

Dessiné par Carmine Infantino

Prix : 35,00 €

 

 

¹ Si l’âge d’argent débute en 1956 avec Showcase #4, sa fin est par contre sujet à débat. Certains la situent en 1970 avec l’arrivée de Dennis O’Neil et Neal Adams sur Green Lantern/Green Arrow ; d’autres la poussent un peu plus loin, jusqu’en 1973 avec la mort de Gwen Stacy dans The Amazing Spider-man #121.

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