#Critique Forêt encombrante (Zone blanche / France 2)

#Critique Forêt encombrante (Zone blanche / France 2)

Note de l'auteur

Après la saison 2 de Les Témoins, dont le final était diffusé la semaine dernière, France 2 insiste sur le polar à l’ambiance oppressante. Cette Zone blanche se montre également de belle facture mais, comme son titre l’indique (fâcheusement), le message ne passe pas.

Au détour d’un trajet en voiture, un personnage de passage dans le coin interroge : « Ils ont vraiment quelque chose, ces arbres ? » Car à Villefranche – bourgade isolée des Vosges – la forêt est partout, à la fois menaçante et source de fierté pour une partie des habitants de la commune. Mais Villefranche, c’est aussi un taux de criminalité et d’accidents en tout genre bien plus élevé que la moyenne. De quoi dépêcher un nouveau procureur sur place afin de constater l’étendue du problème…

Bien que l’environnement soit théoriquement coupé du monde, Zone blanche est surtout un amalgame de références, à commencer par l’épouvantail Twin Peaks, un panneau d’entrée dans la ville signalant clairement le caractère assumé de cet emprunt. Pour autant, cette construction consciente apparaît rapidement artificielle. En plus du milieu forestier qui évoque singulièrement la suédoise Jordskott (vue sur ARTE), les auteurs ont tenté d’y greffer une symbolique vaguement inspirée du genre du western, qui ne fait finalement que lutter avec le seul enjeu (pseudo-écologique) tapi en toile de fond. On comprend alors que l’écriture est phagocytée par l’ombre de Les Revenants – ce vortex inévitable – et malgré un registre différent, Zone blanche ne parvient jamais à s’en émanciper. Une certaine impuissance ostensiblement admise si l’on en croit cet intervenant qui affirme : « On a beau parcourir la planète, on en revient toujours là où tout a commencé. »

Sans avoir une substance transcendante, ce nouveau polar du lundi soir est néanmoins soigneusement exécuté. La mise en scène installe l’ambiance nécessaire, même si la modeste La Trêve faisait preuve d’un peu plus d’audace dans la même case horaire. Par contre, la distribution est épatante. Dans le rôle principal, Suliane Brahim campe avec une belle conviction une flic à la fois autoritaire et fragile. À ses côtés, Laurent Capelluto et Samuel Jouy (déjà brillant dans Ainsi soient-ils) sont également à fleur de peau pour témoigner d’un niveau d’ensemble rare au sein d’une production vient de chez nous.

Tout ce talent s’exprime plutôt bien dans une structure qui insère adroitement des enquêtes limitées à l’épisode au sein d’un mystère à plus longue échelle. Mais le manque de sève s’avère bien trop rapidement rédhibitoire. En l’occurrence, la forêt noire, ce n’est pas du gâteau !

ZONE BLANCHE SAISON 1 (France 2)
8 épisodes (52 min.) à partir du 10 avril
Série créée par Mathieu Missoffe.
Série écrite par Mathieu Missoffe, Florent Meyer et Antonin Martin-Hilbert.
Série réalisée par Thierry Poiraud et Julien Despaux.
Avec Suliane Brahim, Hubert Delattre, Laurent Capelluto, Samuel Jouy, Renaud Rutten, Tiphaine Daviot, Camille Aguilar, Anne Suarez, Brigitte Sy, Samir Boitard, Olivier Bonjour, Thomas Doret, Dan Herzberg, Cyrielle Debreuil et Naidra Ayadi.
Musique originale de Thomas Couzinier et Frédéric Kooshmanian.

Vsuel : Zone Blance © Ego Production.

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