#Critique Free Fire

#Critique Free Fire

Note de l'auteur

Dans les années 70, des combattants de l’IRA et des trafiquants d’armes se flinguent dans les grandes largeurs. Hémoglobine, humour ravageur : le polar de l’été.

  

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Entre deux grosses machines insignifiantes made in Marvelhood (euh par hasard Wonder Woman ou La Momie), des réalisateurs qui croient encore au cinéma polissent de petits joyaux, ultra-codifiés : des exercices de style. Ces dernières semaines, le Coréen Kim Seong-hoon signait le très efficace Tunnel où un homme est pris au piège de sa voiture dans un tunnel complètement éboulé. La semaine dernière, Doug Liman abandonnait les grosses machines avec Tom Cruise pour livrer l’intense et minimal The Wall, avec un GI planqué derrière un mur en ruine, sous le feu d’un tireur d’élite irakien. Quant au Norvégien André Øvredal, il livrait avec The Autopsy of Jane Doe un huis clos ahurissant où deux médecins légistes explorent le corps d’un cadavre. Unité de lieu, d’action, pas beaucoup de pognon (sauf pour Tunnel), mais beaucoup d’idées et de beaux moments de cinéma…

Aujourd’hui, c’est le talentueux britannique Ben Wheatley (Kill List, High Rise) qui s’y colle et qui revisite le polar en huis clos façon Tarantino période Reservoir Dogs. Dans les années 70, des combattants de l’IRA débarquent à Boston afin d’acheter des armes pour la Cause. Trafiquants et militants se dirigent dans une usine désaffectée d’où ils ne sortiront plus. Le deal commence, la tension monte, mais la bande de bras cassés s’embrouille, une bagarre commence, avant que le premier coup de feu éclate. Et c’est parti pour un Mexican Stand off XXL, un déluge d’acier, peut-être le plus long gunfight de l’histoire du cinéma.

FF043C’est tout pour le scénario. Sauf que le premier quart d’heure d’exposition est remarquablement ciselé, l’humour au top niveau et les personnages parfaitement caractérisés. De plus, Ben Wheatley a casté une superbe bande d’acteurs : Cillian Murphy en chef de bande cool, Sam Riley (Control) en junkie bas de plafond, Sharlto Copley (District 9) en trafiquant d’armes pathétiquement stupide, Armie Hammer en beau gosse ringard. Tout ce beau petit monde porte des rouflaquettes et de belles moustaches vintage (la moitié du budget a dû passer dans les postiches) et balance des répliques irrésistibles comme le déjà culte « J’ai oublié dans quel camp je suis » ou encore « Je ne suis pas mort, je récupère ». Mais surtout les acteurs jouent frénétiquement, comme si leur vie en dépendait, un peu comme des enfants jouent aux cowboys. Et c’est magnifique !

 

FF011De l’autre côté de la caméra, Ben Wheatley organise le chaos. Avec un style cartoonesque, entre ballet chorégraphié et comédie déviante, le cinéaste fait tout péter : le scénario, le décor, les corps malmenés, troués de toutes parts, écrasés. Entre Sam Peckinpah et John Woo, il se livre à un jeu de massacre jubilatoire, comme dirait nos amis du journal Studio. Wheatley est au sommet de son art et l’action est toujours fluide, lisible, rigoureusement mise en scène, grâce notamment à une science du découpage étonnante et une belle spatialisation. Les balles volent, le sang pisse, tout le monde se met à tirer sur tout le monde pendant plus d’une heure et le spectateur se recroqueville dans son fauteuil, entre peur et grosse rigolade. Wheatley parvient à garder la tension au maximum, notamment grâce à la musique (les tubes de John Denver) et la sublime Brie Larson, oscarisée pour Room, pas la dernière à défourailler dans ce massacre de mâles en chaleur. Elle est la part d’érotisme, forcément torride, de ce thriller inventif, shoot them up miraculeux produit par Martin Scorsese.

J’en suis quant à moi ressorti excité comme Sarko au festival de la talonnette ou Marine Le Pen à celui de la cheminée (oups, mauvais goût).

 

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Free Fire
Réalisé par Ben Wheatley
Avec Brie Larson, Cillian Murphy, Sam Riley, Sharlto Copley, Armie Hammer.
Sortie le 14 juin 2017

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